Economie

Gabon : Mays Mouissi accélère la révolution foncière

Libreville, Mardi 26 Mai 2026 (Infos Gabon) – En cent jours, le ministère gabonais du Logement affirme avoir accompli davantage que certaines administrations en plusieurs années.

Face aux critiques sur les lenteurs historiques du foncier, à la crise persistante du logement et aux tensions urbaines qui traversent Libreville et sa périphérie, Mays Mouissi a choisi une ligne offensive. Lors de l’émission spéciale « La Nuit des 100 jours » diffusée sur Gabon Première, le ministre a défendu une stratégie qu’il qualifie lui-même d’« urbanisme de vérité », fondée sur la régularisation massive du foncier, la modernisation administrative et l’augmentation de l’offre de logements.

Derrière ce bilan présenté comme inédit, c’est une bataille beaucoup plus profonde qui se joue pour le Gabon. Celle de la reconstruction d’un système foncier longtemps paralysé par la lenteur administrative, l’insécurité juridique et les occupations anarchiques, dans un pays où l’accès à la propriété demeure encore un privilège difficilement accessible pour une grande partie de la population.

Le ministre a rappelé que les priorités fixées par le président Brice Clotaire Oligui Nguema reposaient sur trois axes stratégiques. Faciliter l’accès au foncier, sécuriser juridiquement les propriétaires grâce aux titres fonciers et développer des logements accessibles à la classe moyenne et aux ménages modestes.

Le choc des chiffres

Pour illustrer l’ampleur du retard accumulé, Mays Mouissi a livré un constat saisissant. Depuis 1905, le Gabon n’a produit qu’environ 33 000 titres fonciers sur l’ensemble du territoire national. Un chiffre extrêmement faible pour un pays engagé depuis plusieurs décennies dans une urbanisation rapide.

Le ministre affirme vouloir rompre avec cette inertie historique. En seulement cent jours, 16 811 décisions de cession en toute propriété auraient déjà été établies et transmises à la Conservation foncière. À titre de comparaison, l’Agence nationale de l’urbanisme, des travaux topographiques et du cadastre n’avait produit qu’environ 1 000 décisions sur l’ensemble de l’année 2025.

Au-delà du volume administratif, le gouvernement cherche surtout à restaurer la confiance des citoyens dans la capacité de l’État à garantir la sécurité foncière. Car au Gabon, les conflits liés aux terrains, les doublons administratifs et les occupations irrégulières alimentent depuis des années les tensions sociales et les blocages économiques.

Le ministère met également en avant une accélération des opérations d’aménagement urbain. Plus de 4 300 parcelles auraient déjà été aménagées et commercialisées dans plusieurs zones stratégiques du Grand Libreville, notamment à Bikélé, Igoumié et Sassa. L’objectif affiché est désormais d’atteindre 10 000 parcelles d’ici octobre 2026.

Une politique sociale sous pression

Sur le front du logement, le gouvernement veut également afficher des résultats concrets. Selon les chiffres présentés, près de 1 400 logements sont actuellement en construction à travers le pays et plus de 1 100 unités supplémentaires doivent être lancées prochainement sur les sites de Mikélé et Sassa.

Mais cette politique se heurte à une réalité économique difficile. Le coût élevé des matériaux de construction, l’absence d’un véritable marché du crédit immobilier et la faiblesse du pouvoir d’achat compliquent fortement l’accès au logement pour de nombreux Gabonais.

Mays Mouissi a d’ailleurs défendu les prix pratiqués par la Société nationale immobilière (SNI), régulièrement critiqués par l’opinion publique. Selon lui, il est devenu impossible de construire des logements modernes à des coûts extrêmement bas compte tenu des contraintes actuelles du marché. Il souligne toutefois que l’État continue de subventionner massivement certaines opérations foncières, notamment les parcelles de 500 mètres carrés proposées à des prix largement inférieurs à leur valeur réelle.

Le ministre plaide désormais pour le développement du crédit immobilier de long terme, estimant que l’accession à la propriété passe nécessairement par des mécanismes de financement étalés sur quinze à vingt ans, comme dans de nombreux pays émergents.

Entre régularisation et tensions urbaines

Le dossier foncier reste cependant explosif dans plusieurs quartiers du Grand Libreville. Interrogé sur les déguerpissements controversés de Plein Ciel et Plein Orety, le ministre a reconnu que l’État ne dispose pas encore suffisamment de logements pour reloger toutes les familles concernées.

Une partie des ménages aurait déjà été indemnisée ou relogée à Bikélé. À Esasa, où les occupations irrégulières se multiplient depuis plusieurs années, le gouvernement annonce également la régularisation progressive de 1 500 familles à travers un mécanisme forfaitaire destiné aux habitations effectivement construites.

Derrière ces opérations, le gouvernement cherche à imposer une nouvelle doctrine urbaine basée sur la régularisation encadrée plutôt que sur le laisser-faire administratif qui a longtemps favorisé l’expansion anarchique de certains quartiers.

Le chantier reste immense. Modernisation du cadastre, digitalisation des procédures, réduction des fraudes et amélioration des délais administratifs figurent parmi les priorités affichées par le ministère.

Mais au-delà des annonces et des statistiques, le véritable défi sera celui de la durabilité. Car dans un pays où la pression urbaine s’intensifie chaque année, la réforme du foncier et du logement ne représente pas seulement une question administrative. Elle constitue désormais un enjeu central de stabilité sociale, de croissance économique et de crédibilité de l’État.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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