Economie

Le Gabon veut sécuriser sa terre

Libreville, Jeudi 28 Mai 2026 (Infos Gabon) – Le foncier est depuis longtemps l’un des grands foyers de tensions silencieuses au Gabon. Derrière les conflits de parcelles, les doubles attributions, les procédures interminables et les titres contestés, c’est une question centrale qui se pose depuis des années : celle de la sécurité juridique de la propriété.

Jeudi 28 mai, devant les députés réunis au Palais Léon Mba, le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a défendu l’ordonnance fixant le nouveau régime de la propriété foncière au Gabon. Une réforme présentée par les autorités comme l’un des chantiers juridiques majeurs de la nouvelle phase institutionnelle engagée depuis 2023.

Face à la Commission des Lois, des Affaires administratives et des Droits de l’Homme, le ministre a dressé un constat sévère de l’ancien système foncier gabonais. Selon lui, l’ordre juridique jusque-là en vigueur a progressivement installé une insécurité chronique devenue l’une des principales sources de fragilité sociale et économique du pays.

Superposition de titres sur une même parcelle, faiblesse des garanties juridiques, multiplication des litiges, lenteurs administratives, confusion entre juridictions administratives et judiciaires, prolifération des actes sous seing privé sans réelle valeur probante. Le tableau présenté devant les élus révèle l’ampleur du désordre foncier accumulé au fil des décennies.

Une réforme pour sortir du chaos

À travers cette ordonnance, le gouvernement entend profondément réorganiser la gestion de la propriété foncière afin de restaurer la confiance des citoyens dans les mécanismes d’acquisition et de sécurisation des terrains.

Pour Mays Mouissi, l’ancien système a entretenu un climat d’incertitude permanent pour des milliers de familles gabonaises. Obtenir un titre foncier était devenu, selon ses propres termes, un véritable « parcours du combattant » marqué par des conflits de compétences entre administrations et tribunaux.

Cette confusion institutionnelle a progressivement favorisé les abus, les fraudes documentaires et les contentieux sans fin. Dans plusieurs villes du pays, des citoyens se sont retrouvés détenteurs de titres concurrents sur les mêmes parcelles, alimentant des batailles judiciaires parfois interminables.

Le nouveau dispositif présenté devant l’Assemblée nationale ambitionne donc de simplifier, clarifier et sécuriser l’ensemble de la chaîne foncière.

L’un des changements majeurs réside dans le transfert de la compétence pleine des contentieux fonciers au juge judiciaire. Une évolution que le gouvernement considère comme essentielle pour réduire les incohérences procédurales et offrir aux citoyens un cadre plus lisible et plus protecteur.

Cette orientation marque une rupture importante dans la doctrine juridique gabonaise du foncier. L’objectif affiché est désormais de rendre les décisions plus rapides, plus cohérentes et juridiquement plus solides.

La terre au cœur de la stabilité nationale

Au-delà du droit, cette réforme touche à une réalité profondément politique et sociale. Dans de nombreux pays africains, le foncier reste l’une des principales sources de tensions entre citoyens, administrations, collectivités et opérateurs économiques.

Au Gabon, ces fragilités ont longtemps freiné les investissements immobiliers, compliqué l’accès à la propriété et alimenté un climat de méfiance autour des procédures administratives. Le gouvernement cherche aujourd’hui à transformer cette réforme en instrument de stabilisation nationale.

Car derrière chaque titre foncier se jouent des enjeux économiques majeurs. Accès au crédit bancaire, valorisation immobilière, investissements privés, développement urbain, projets agricoles ou industriels. Sans sécurité foncière, aucune politique de modernisation durable ne peut réellement prospérer.

Les députés ont d’ailleurs largement interrogé le ministre sur les conséquences concrètes de cette réforme pour les populations, notamment sur les délais d’obtention des titres et les garanties apportées aux citoyens confrontés à des situations litigieuses.

Les échanges ont également porté sur la nécessité d’accélérer la modernisation administrative du secteur afin de réduire les lenteurs qui pénalisent depuis des années les usagers.

Un test politique majeur

L’ordonnance défendue par Mays Mouissi dépasse donc largement le simple cadre technique. Elle constitue l’un des tests majeurs de la capacité des autorités gabonaises à réformer durablement des secteurs historiquement marqués par l’opacité, les lenteurs et les conflits administratifs. Car le foncier touche directement à la crédibilité de l’État.

Dans un pays où les litiges immobiliers empoisonnent parfois des familles pendant des années, restaurer la confiance dans la propriété devient un enjeu de stabilité autant que de développement économique.

Le gouvernement semble désormais vouloir faire de cette réforme un marqueur fort de sa volonté de modernisation institutionnelle. Reste désormais une épreuve décisive. Celle de l’application concrète. Car au Gabon, les citoyens n’attendent plus seulement des textes. Ils attendent enfin une sécurité réelle sur la terre qu’ils possèdent.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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