Gabon : 65 milliards FCFA au cœur d’un bras de fer judiciaire international
Libreville, Lundi 1er Juin 2026 (Infos Gabon) – Dans un contexte de redéfinition de la gouvernance économique, le Gabon rouvre un dossier sensible qui engage à la fois sa crédibilité financière et sa stratégie de redressement budgétaire.
Plus de 65 milliards de francs CFA sont aujourd’hui au centre d’un contentieux opposant l’État à deux groupes internationaux, Webcor et Santullo Sericom. Selon des informations rapportées le 28 mai 2026 par Africa Intelligence, Libreville a engagé une nouvelle offensive juridique devant la justice française pour tenter de faire annuler des protocoles transactionnels signés en 2024. Ces accords, désormais contestés, cristallisent un débat plus large sur la gestion passée des engagements publics et la discipline financière de l’État.
Des accords financiers désormais contestés devant la justice française
Au cœur du dossier, des conventions d’indemnisation liées à d’anciens marchés publics, aujourd’hui remises en cause par les autorités gabonaises. L’un des volets les plus sensibles concerne Webcor, impliquée dans le projet du Grand Marché de Libreville, avec un accord estimé à environ 100 millions d’euros, soit plus de 65 milliards de francs CFA.
Ces engagements, conclus dans le cadre de règlements transactionnels signés en 2024, sont désormais attaqués sur le terrain juridique. Le gouvernement estime que certaines décisions auraient été prises sans fondement légal solide, notamment en raison de la compétence contestée de certains acteurs de l’Agence judiciaire de l’État au moment de la signature.
Cette remise en question introduit une dynamique juridique complexe, où l’État cherche à démontrer que ces accords ne lient pas définitivement ses finances publiques.
Maîtrise budgétaire et redéfinition des engagements de l’État
Au-delà du contentieux, l’enjeu est profondément budgétaire. Dans un contexte de pression sur les finances publiques, ces montants représentent des passifs potentiels considérables susceptibles d’affecter les marges de manœuvre de l’État.
La stratégie actuelle de Libreville s’inscrit dans une volonté affichée de rationalisation de la dépense publique et de renforcement de la discipline budgétaire. En contestant ces accords, les autorités cherchent à réduire l’exposition financière du pays et à réévaluer des engagements jugés excessifs ou juridiquement fragiles.
Cette approche traduit une inflexion importante dans la gestion des contentieux internationaux, où la logique de protection des ressources publiques prend désormais le pas sur la continuité stricte des accords hérités.
Un signal économique surveillé par les investisseurs internationaux
Cette offensive juridique n’est toutefois pas sans conséquences sur la perception du risque pays. En remettant en cause des accords déjà conclus, le Gabon s’expose à une phase d’incertitude susceptible d’être scrutée de près par les investisseurs internationaux et les partenaires économiques.
Dans un environnement où la stabilité contractuelle constitue un pilier essentiel de l’attractivité économique, ces procédures pourraient être interprétées comme un moment de recomposition des règles encadrant la commande publique. Le pays se retrouve ainsi à la frontière entre redressement financier et risque de fragilisation de la confiance juridique.
Le dossier connaîtra une étape décisive en septembre prochain devant les juridictions françaises, où les arguments des différentes parties seront examinés. L’issue de cette phase pourrait peser lourdement sur les finances publiques gabonaises et sur la lecture internationale de la stratégie économique de l’État.
Au-delà des cas Webcor et Santullo Sericom, ce contentieux révèle une tension structurelle plus large entre la nécessité de sécuriser les engagements contractuels passés et l’impératif de redressement budgétaire. Il illustre surtout une recomposition en cours de la gouvernance économique gabonaise, où chaque décision judiciaire devient un signal adressé aux marchés comme aux institutions internationales.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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