Gabon : Le pari de l’eau et de l’énergie
Libreville, Mercredi 3 Juin 2026 (Infos Gabon) – Derrière les promesses présidentielles, le ministère dirigé par Philippe Tonangoye mène l’un des plus vastes chantiers de reconstruction des infrastructures publiques depuis plusieurs décennies.
L’eau et l’électricité ne sont plus de simples services publics au Gabon. Ils sont devenus les deux piliers autour desquels se joue une part essentielle de la transformation économique et sociale du pays.
Lors de son intervention dans l’émission consacrée aux cent premiers jours du gouvernement, le ministre de l’Accès universel à l’eau et à l’énergie, Philippe Tonangoye, a dressé un constat particulièrement lucide de la situation nationale. Selon lui, le pays paie aujourd’hui le prix de plusieurs décennies de sous-investissement, d’insuffisance de maintenance et de vieillissement progressif des infrastructures stratégiques.
Face à cette réalité, le gouvernement entend engager ce qui ressemble à une véritable refondation du secteur.
Un système à reconstruire
Le diagnostic présenté par le ministre est sans appel. Certaines installations énergétiques et hydrauliques affichent aujourd’hui plus d’un demi-siècle d’existence. Le taux de maintenance ne dépasserait pas 10 %, tandis que plusieurs infrastructures fonctionnent bien au-delà de leur durée normale d’exploitation.
Cette situation explique une partie des difficultés observées dans l’ensemble du pays.
Pour le gouvernement, la question ne consiste plus simplement à réparer des équipements défaillants. Il s’agit désormais de reconstruire un système capable d’accompagner durablement le développement national.
Des investissements massifs
Afin d’augmenter les capacités de production, plusieurs projets ont déjà été engagés. Le réseau énergétique national a bénéficié de nouveaux apports de puissance grâce aux installations de Bongolo et de Mayumba ainsi qu’à l’importation d’électricité depuis la Guinée équatoriale.
Parallèlement, trente-et-un groupes électrogènes ont été installés dans vingt-cinq localités afin de réduire les déficits les plus urgents. L’un des projets les plus attendus reste la centrale hydroélectrique de Kinguélé Aval, dont la mise en service devrait intervenir entre 2026 et 2027.
Dans le secteur de l’eau, les autorités ont lancé la réhabilitation de bornes-fontaines, la remise en exploitation de plusieurs forages et un partenariat stratégique avec le groupe Suez afin d’améliorer l’alimentation du Grand Libreville.
Réformer pour durer
La stratégie gouvernementale ne se limite pas aux infrastructures. La séparation de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG) en deux entités distinctes constitue l’une des principales réformes structurelles engagées par les autorités.
L’objectif consiste à améliorer la gouvernance, renforcer la spécialisation des opérateurs et accroître l’efficacité de la gestion. La commande de 127 000 compteurs dans le cadre du programme « Un Gabonais, un compteur » traduit également cette volonté d’élargir l’accès aux services tout en modernisant les outils de gestion.
L’ambition 2030
Le véritable horizon stratégique fixé par le ministère se situe en 2030. À cette date, le gouvernement vise un taux d’accès à l’électricité de 95 % de la population et un taux d’accès à l’eau potable de 90 %.
Pour atteindre cet objectif, un programme d’investissement estimé à 2 000 milliards de francs CFA a été élaboré sur sept ans. Cette feuille de route repose sur plusieurs axes majeurs, notamment la réhabilitation des infrastructures existantes, la diversification du mix énergétique, l’amélioration de la gouvernance et l’extension des réseaux à l’ensemble du territoire.
Le chantier du siècle
Rarement un ministère aura porté une responsabilité aussi déterminante pour l’avenir du pays. L’accès universel à l’eau et à l’énergie conditionne la réussite des politiques industrielles, agricoles, éducatives et sanitaires. Il influence également la compétitivité économique du Gabon et son attractivité auprès des investisseurs.
Le défi reste immense. Les attentes sont considérables. Les délais sont serrés. Mais pour la première fois depuis longtemps, le gouvernement dispose d’une vision chiffrée, d’un calendrier précis et d’une stratégie globale.
La véritable question n’est donc plus de savoir si la crise existe. Elle est désormais de savoir si le Gabon réussira à transformer cette ambition en résultats mesurables. Car de cette bataille dépend une grande partie du développement national des prochaines décennies.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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