Le modèle gabonais fait école : Madagascar s’en inspire
Libreville, Lundi 8 Juin 2026 (Infos Gabon) – En moins de trois ans, le Gabon est passé du statut de pays observé avec prudence après le changement de régime d’août 2023 à celui d’exemple étudié par plusieurs transitions africaines. La visite officielle à Libreville du président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, les 5 et 6 juin, marque une nouvelle étape dans cette évolution.
Après la Guinée du général Mamadi Doumbouya, c’est désormais Madagascar qui se tourne vers le Gabon pour comprendre les mécanismes ayant permis de conduire une transition politique tout en maintenant la stabilité institutionnelle, en lançant des réformes structurelles et en poursuivant des projets de développement à grande échelle.
Au-delà de la dimension diplomatique, cette visite révèle une réalité plus profonde. Le Gabon est progressivement devenu un laboratoire politique africain dont l’expérience attire l’attention de plusieurs États confrontés aux défis de la refondation institutionnelle.
Une transition devenue référence continentale
L’entretien entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Michaël Randrianirina a largement dépassé le cadre protocolaire. Le dirigeant malgache a clairement indiqué être venu étudier une expérience qu’il considère comme un modèle de réussite.
Confronté depuis octobre 2025 à la conduite d’une transition complexe à Madagascar, après la chute du régime d’Andry Rajoelina dans un contexte de fortes tensions sociales liées aux pénuries d’eau et d’électricité, le colonel Randrianirina cherche aujourd’hui des repères concrets. Or le Gabon présente un cas singulier sur le continent.
La transition gabonaise a débouché sur l’adoption d’une nouvelle Constitution, la réorganisation des institutions, l’organisation d’élections jugées transparentes, crédibles, non contestées et l’élection du président Oligui Nguema le 12 avril 2025. Surtout, elle a réussi à éviter les blocages politiques, les violences et les crises institutionnelles qui accompagnent souvent ce type de processus.
Avant Madagascar, la Guinée avait déjà engagé la même démarche. À plusieurs reprises, le président de la transition guinéenne, le général Mamadi Doumbouya, a manifesté son intérêt pour l’expérience gabonaise. Une équipe technique avait même été dépêchée à Libreville afin d’étudier les mécanismes institutionnels ayant permis au Gabon de conduire sa transition jusqu’au retour à l’ordre constitutionnel.
Cette influence grandissante transforme progressivement Libreville en centre d’expertise politique africain sur les questions de transition et de refondation institutionnelle.
Les chantiers du renouveau comme vitrine
Pour illustrer cette transformation, les autorités gabonaises ont conduit la délégation malgache sur plusieurs sites emblématiques du nouveau visage du pays.
Accompagné du Vice-président du gouvernement Hermann Immongault, le président malgache a visité la Cité Émeraude, symbole des efforts entrepris pour améliorer les conditions de vie des agents publics et moderniser l’administration.
La délégation s’est ensuite rendue à la Baie des Rois, l’un des plus ambitieux projets urbains d’Afrique centrale. Destinée à devenir un centre économique, touristique et résidentiel de premier plan, cette zone représente la volonté du Gabon de diversifier son économie et de renforcer son attractivité internationale. Sur place, Michaël Randrianirina a procédé à une plantation symbolique d’arbre, geste hautement symbolique traduisant la volonté de voir s’enraciner une coopération durable entre les deux pays.
La visite s’est achevée à la Cité de la Démocratie, précisément au Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, entièrement reconstruit. Ce complexe est devenu l’un des symboles du renouveau institutionnel gabonais et accueille désormais les grands rendez-vous politiques, économiques et diplomatiques du pays.
Pour les autorités malgaches, ces réalisations démontrent qu’une transition ne doit pas être une période d’attentisme. Elle peut au contraire constituer une phase de transformation accélérée lorsque la stabilité politique et la vision stratégique sont réunies.
Une diplomatie de l’influence africaine
Cette visite confirme également l’émergence d’une nouvelle diplomatie gabonaise. Loin de se limiter à la gestion des affaires internes, Libreville entend désormais jouer un rôle actif dans les grands débats africains.
En promettant de plaider auprès de la communauté internationale pour une meilleure prise en compte de la situation malgache, Brice Clotaire Oligui Nguema a affirmé sa volonté de défendre une approche africaine des transitions politiques. Une position qui s’inscrit dans une vision plus large du panafricanisme fondée sur la solidarité entre États confrontés aux mêmes défis de gouvernance, de développement et de stabilité.
La convergence observée entre le Gabon, la Guinée et Madagascar témoigne ainsi de l’apparition progressive d’une nouvelle génération de dirigeants africains cherchant à construire leurs trajectoires institutionnelles à partir d’expériences continentales plutôt qu’à travers des modèles importés.
Le véritable enseignement de cette visite réside sans doute là. Le Gabon n’exporte pas seulement une méthode de transition. Il exporte une idée. Celle qu’une refondation politique peut s’accompagner d’une modernisation économique, d’une reconstruction institutionnelle et d’une ambition de développement. Une équation longtemps considérée comme impossible sur le continent et qui, aujourd’hui, commence à inspirer au-delà de ses frontières.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : Libreville, nouveau laboratoire des transitions africaines

















