Gabon – France : N’Tchoréré, l’honneur en héritage
Libreville, Lundi 8 Juin 2026 (Infos Gabon) – Quatre-vingt-six (86) ans après son exécution par l’armée nazie, le capitaine Charles N’Tchoréré continue d’occuper une place singulière dans l’histoire militaire mondiale et dans la mémoire collective du Gabon.
Le 7 juin, à Libreville comme à Airaines en France, deux nations se sont retrouvées autour d’un même devoir de mémoire pour célébrer celui qui, jusqu’à son dernier souffle, refusa de renoncer à sa dignité d’officier. Plus qu’une commémoration, cet hommage illustre la volonté du Gabon contemporain de réhabiliter ses grandes figures historiques et de les inscrire au cœur de son récit national.
L’événement revêt une portée particulière. Sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema, le capitaine Charles N’Tchoréré a été élevé récemment au rang de héros national. Une décision qui dépasse le simple symbole. Elle marque une étape importante dans la réappropriation de l’histoire gabonaise et dans la reconnaissance du rôle joué par les Africains dans les grands bouleversements du XXe siècle.
Un officier gabonais devenu symbole universel
Au mausolée de Libreville, les autorités militaires gabonaises et françaises ont rendu un hommage solennel à cet officier d’exception. La cérémonie, présidée par le général de division Sylvain Florient Pango Mbembo, secrétaire général du ministère de la Défense nationale, s’est déroulée en présence du colonel Jean-Côme Journé, attaché de défense de l’ambassade de France.
Le général de brigade Bruno Ewingui, directeur de l’Office national des anciens combattants, a rappelé à cette occasion la dimension universelle du combat de N’Tchoréré. Car son histoire dépasse largement les frontières du Gabon.
Né à Libreville en 1896 au sein d’une famille mpongwè, Charles N’Tchoréré s’engage volontairement dans l’armée française durant la Première Guerre mondiale. Par son courage, sa discipline et son sens du commandement, il devient l’un des premiers officiers africains de carrière de l’armée française et le premier Gabonais à atteindre le grade de capitaine.
Éducateur, formateur et homme de réflexion, il contribue à la formation de plusieurs générations de tirailleurs africains avant de retourner volontairement au front lors de la Seconde Guerre mondiale alors qu’il aurait pu bénéficier d’une affectation plus confortable.
Le refus qui a défié l’idéologie nazie
L’histoire retient surtout les circonstances de sa mort.
En juin 1940, à Airaines dans la Somme, le capitaine N’Tchoréré dirige la 7e compagnie du 53ème Régiment d’infanterie coloniale mixte sénégalais. Face à l’avancée de la redoutable division blindée allemande du général Rommel, ses hommes opposent une résistance acharnée.
Lorsque la position devient intenable, l’officier gabonais accepte la reddition afin de préserver la vie des survivants. Mais une fois capturé, il refuse catégoriquement d’être séparé des officiers blancs et exige le respect du statut correspondant à son grade.
Ce refus frontal de la hiérarchie raciale imposée par l’idéologie nazie lui coûte la vie. Exécuté d’une balle dans la tête puis mutilé sous les chenilles d’un char allemand, il entre ce jour-là dans l’Histoire comme l’un des symboles les plus puissants de la résistance à la discrimination raciale.
Sa mémoire demeure aujourd’hui vivante des deux côtés de la Méditerranée. À Airaines, une rue et plusieurs lieux publics portent son nom. Au Gabon, son monument de Libreville est devenu un lieu majeur de mémoire nationale.
Une mémoire devenue enjeu de souveraineté
La portée politique de cet hommage dépasse largement le cadre militaire. Le déplacement effectué par Brice Clotaire Oligui Nguema à Airaines en juin 2024 avait déjà marqué une rupture dans la manière dont le Gabon valorise son patrimoine historique. En se rendant personnellement sur le lieu du sacrifice du capitaine N’Tchoréré, le chef de l’État avait envoyé un signal fort quant à la nécessité de réconcilier la nation avec ses grandes figures.
Cette stratégie s’inscrit dans un mouvement plus large observé à travers le continent africain. De nombreux États cherchent aujourd’hui à remettre en lumière des héros longtemps relégués aux marges des récits officiels. Dans ce contexte, Charles N’Tchoréré apparaît comme une figure particulièrement contemporaine. Son combat pour la dignité, l’égalité et le respect transcende les générations et trouve un écho dans les débats actuels sur la mémoire, l’identité et la justice.
À Libreville comme à Airaines, les cérémonies organisées cette année rappellent une vérité fondamentale. Certains hommes meurent une fois. D’autres continuent d’exister à travers les valeurs qu’ils incarnent. Huit décennies après sa disparition, Charles N’Tchoréré appartient désormais à cette seconde catégorie.
Son sacrifice ne relève plus seulement de l’histoire militaire du Gabon ou de la France. Il constitue un héritage universel qui rappelle qu’aucune puissance, aussi redoutable soit-elle, ne peut triompher durablement de la dignité humaine.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Kobe-Kobe, le pari maritime du Gabon

















