Economie

Or, forêt et souveraineté : le Gabon ouvre le chantier de la régulation minière

Libreville, Vendredi 17 Juillet 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon possède l’un des sous-sols les plus riches du continent africain. Manganèse, fer, métaux stratégiques et désormais or artisanal ou industriel dessinent les contours d’une économie minière appelée à jouer un rôle croissant dans la diversification nationale.

Mais cette promesse économique se heurte à une réalité devenue impossible à ignorer. Derrière l’essor de l’activité aurifère, la pression exercée sur les écosystèmes forestiers atteint désormais un niveau qui oblige l’État à reprendre fermement la main sur la gouvernance du secteur.

Les chiffres publiés cette semaine par l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales constituent à cet égard un signal politique autant qu’environnemental. Sur les six premiers mois de l’année 2026, plus de 95 pour cent des pertes forestières liées aux activités minières proviennent directement de l’exploitation de l’or. Une réalité qui place désormais la filière aurifère au cœur des débats sur le modèle de développement du pays.

L’or, nouveau moteur économique mais principal facteur de déforestation minière

Selon les données issues de la surveillance satellitaire réalisée par l’AGEOS grâce aux systèmes Landsat et Sentinel, l’exploitation aurifère est responsable de la disparition de 752 hectares de couvert forestier entre janvier et juin 2026.

À titre de comparaison, l’extraction du manganèse n’a généré que 33 hectares de pertes forestières tandis que les activités de recherche liées au fer représentent moins de six hectares sur la même période.

La disproportion est considérable.Elle révèle avant tout la montée en puissance rapide d’un secteur aurifère porté par une multiplication des permis de petites mines et des exploitations dispersées sur le territoire national. Cette dynamique répond à une demande mondiale soutenue pour les métaux précieux, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les incertitudes monétaires et la recherche de valeurs refuges.

Mais elle souligne également les limites d’un développement minier qui, faute d’encadrement suffisant, risque d’affaiblir l’un des principaux actifs stratégiques du Gabon, sa forêt équatoriale, deuxième massif forestier tropical de la planète après l’Amazonie.

Le paradoxe gabonais apparaît ainsi dans toute sa complexité. Comment devenir une puissance minière émergente tout en demeurant une référence mondiale en matière de préservation des forêts et de lutte contre le changement climatique.

L’État choisit la voie de la fermeté réglementaire

La réponse du gouvernement ne s’est pas fait attendre. Le ministère des Mines et des Ressources géologiques a convoqué l’ensemble des sociétés aurifères opérant sur le territoire national à une vaste opération de vérification administrative, technique, environnementale et financière de leurs titres miniers. Cette session obligatoire de régularisation marque un changement de doctrine.

Les opérateurs titulaires de permis de recherche comme d’exploitation doivent désormais démontrer leur conformité juridique, la régularité de leurs paiements, le respect de leurs obligations environnementales ainsi que la cohérence de leurs programmes techniques. Le message du ministre Sosthène Nguema Nguema est sans ambiguïté.

Toute entreprise absente, incapable de produire les justificatifs exigés ou présentant un dossier incomplet s’expose à une suspension immédiate de son titre minier ainsi qu’à une interdiction temporaire d’accès à ses sites d’exploitation ou de recherche.

Une telle décision dépasse largement le simple contrôle administratif. Elle traduit la volonté des autorités gabonaises d’inscrire le développement minier dans une logique de responsabilité, de transparence et de traçabilité des activités extractives.

Dans un contexte international où les investisseurs exigent des garanties environnementales de plus en plus fortes, la crédibilité du secteur minier gabonais dépend désormais autant de la qualité des gisements que de la qualité de leur gouvernance.

Le défi d’une nouvelle génération minière africaine

La séquence actuelle pourrait bien constituer un tournant majeur pour le Gabon. Longtemps considéré comme un pays pétrolier et forestier, le pays entre progressivement dans une nouvelle phase de son histoire économique où les ressources minières joueront un rôle déterminant dans la création de richesse, d’emplois et d’infrastructures.

Mais cette transition impose de nouvelles règles. Le temps des exploitations faiblement contrôlées et des externalités environnementales ignorées appartient désormais au passé. Les États africains cherchent aujourd’hui à transformer leurs ressources naturelles en instruments de souveraineté économique plutôt qu’en simples sources de rente.

Le Gabon semble vouloir s’inscrire pleinement dans cette évolution. L’objectif n’est plus uniquement d’extraire davantage mais d’exploiter mieux. Produire davantage de valeur nationale tout en préservant le capital naturel qui constitue l’un des principaux avantages compétitifs du pays. Le véritable enjeu dépasse donc la seule question de l’or.

Il concerne la capacité du Gabon à démontrer qu’au XXIe siècle, l’ambition minière et l’exigence écologique ne sont plus incompatibles mais indissociables.

C’est probablement sur cette équation que se jouera une partie de la crédibilité économique et environnementale du pays au cours des prochaines décennies.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : Djoutou, la ruche qui transforme l’économie locale

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *