Economie

Gabon : le pari de l’autonomie économique des jeunes

Libreville, Lundi 24 Août 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon veut changer de méthode face au chômage et à l’insertion économique des jeunes. Plutôt que de miser uniquement sur l’emploi salarié, le gouvernement cherche désormais à rapprocher trois leviers qui ont longtemps fonctionné séparément, la formation, l’accompagnement et le financement.

Présenté le 19 août 2026 à Libreville par la ministre du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, Zenaba Gninga Chaning, un nouveau dispositif doit accompagner 400 jeunes Gabonais dans la création d’activités économiques, avec une enveloppe pouvant atteindre 180 millions de francs CFA.

Le programme cible cinq filières considérées comme porteuses, la petite restauration, la pâtisserie, la décoration événementielle, l’informatique et l’intelligence artificielle, ainsi que la vente de lubrifiants automobiles. Le choix est révélateur. Il ne s’agit pas uniquement de former dans des secteurs prestigieux ou fortement capitalistiques, mais de sélectionner des activités pouvant démarrer à une échelle relativement accessible tout en répondant à une demande réelle du marché.

L’originalité du dispositif réside surtout dans son articulation financière. Le ministère s’est associé à la Société de Garantie du Gabon et à l’établissement de microfinance Épargne et Développement du Gabon afin de rapprocher les jeunes du crédit. La SGG doit faciliter la couverture du risque, tandis qu’EDG intervient sur le financement, avec des modalités annoncées comme adaptées aux petites structures. Les bénéficiaires doivent également bénéficier d’un accompagnement avant, pendant et après le lancement de leur activité, sur une période pouvant aller jusqu’à un an.

Cette architecture répond à une faiblesse bien connue des politiques d’insertion. Former un jeune sans lui donner les moyens de transformer sa compétence en activité ne suffit pas. À l’inverse, distribuer du financement sans préparation entrepreneuriale expose les projets à l’échec. Le véritable pari consiste donc à construire une chaîne complète allant de la compétence au crédit, puis du crédit à la pérennité.

Passer de l’aide au capital entrepreneurial

Le montant annoncé, jusqu’à 180 millions de francs CFA pour 400 bénéficiaires, représente environ 450 000 francs CFA en moyenne par jeune si l’enveloppe était répartie uniformément, ce qui n’est manifestement pas nécessairement le mécanisme retenu. La donnée doit donc être lue comme une capacité globale de financement et non comme une subvention individuelle garantie.

Cette nuance est importante. L’objectif affiché n’est pas de créer une génération de bénéficiaires permanents, mais des entrepreneurs capables de produire des revenus, de rembourser leurs financements, de créer éventuellement des emplois et d’élargir progressivement leur activité. La garantie publique prend alors son sens économique lorsqu’elle permet à des projets viables d’accéder au crédit malgré l’insuffisance de garanties personnelles.

Le succès du programme dépendra donc moins du nombre de jeunes sélectionnés que de leur devenir à douze, vingt-quatre ou trente-six mois. Combien d’entreprises survivront ? Combien d’emplois seront créés ? Quelle part des crédits sera remboursée ? Combien de projets entreront dans les chaînes de valeur nationales ou accéderont au marché régional ?

Ces indicateurs devraient devenir les véritables instruments de mesure de la politique publique.

La jeunesse gabonaise face au marché africain

La seconde initiative annoncée le même jour ouvre une perspective encore plus large. Le ministère a relancé la deuxième édition du Défi d’innovation numérique de la ZLECAf, avec une date limite de candidature fixée au 4 septembre 2026. Le concours recherche des solutions numériques capables de faciliter le commerce intra-africain et d’améliorer l’accès des micro, petites et moyennes entreprises aux marchés du continent.

Le dispositif cible notamment le commerce électronique, la logistique transfrontalière et les services financiers numériques. Il permet aux jeunes Gabonais de ne plus penser seulement leur entreprise à l’échelle de Libreville ou du marché national, mais dans la perspective d’un espace économique continental.

C’est probablement là que se trouve la dimension la plus stratégique de cette politique. Le Gabon ne pourra diversifier son économie durablement en multipliant uniquement les petites activités individuelles. Il devra faire émerger des entreprises capables de monter en gamme, d’intégrer le numérique, de vendre au-delà des frontières et de créer des emplois qualifiés.

La politique publique doit donc franchir un second seuil. Après la formation et le financement vient celui de l’accès au marché. Sans clients, sans commandes et sans débouchés, même le meilleur entrepreneur reste vulnérable.

Le programme des 400 jeunes constitue ainsi un laboratoire à petite échelle d’une ambition beaucoup plus vaste. Il teste la capacité de l’État à devenir un facilitateur plutôt qu’un employeur de dernier ressort, à orienter le capital vers les compétences et à accompagner les jeunes jusqu’à l’autonomie économique.

La réussite ne sera pas d’avoir formé 400 jeunes. Elle sera d’avoir créé 400 trajectoires économiques capables de durer, de produire de la valeur et, pour certaines, de franchir les frontières du Gabon. C’est à cette condition que le financement de l’entrepreneuriat cessera d’être une politique sociale pour devenir ce qu’il doit être au cœur de la transformation économique du pays, un investissement dans son futur capital productif.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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