Gabon : Makokou, la bataille du panier
Libreville, Lundi 24 Août 2026 (Infos Gabon) – À Makokou, la lutte contre la vie chère quitte les bureaux pour investir le terrain. Depuis ce lundi 24 août et jusqu’au mercredi 26 août 2026, le stade Alexandre Samba accueille le Méga Marché de la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG).
À quelques jours de la célébration du 30 août, l’opération prend une portée particulière. Elle constitue à la fois une réponse immédiate aux préoccupations des ménages et un test de la capacité de l’État à rapprocher ses dispositifs de soutien au pouvoir d’achat des populations de l’intérieur du pays.
L’initiative n’est pas isolée. Lancée officiellement en avril à Angondjé, la CEAG a depuis multiplié les opérations de proximité à Nzeng-Ayong, Owendo et Port-Gentil, avec une ambition clairement affichée de faire des grands marchés temporaires un instrument de lutte contre le coût de la vie. Le dispositif a rencontré une forte mobilisation lors de ses premières étapes, notamment à Angondjé où des milliers de consommateurs avaient répondu présents.
À Makokou, l’enjeu est cependant différent. L’éloignement des grands centres d’approvisionnement et le poids du transport peuvent contribuer à renchérir les produits avant même leur arrivée sur les étals. Aller directement à la rencontre des consommateurs revient donc à agir sur un maillon essentiel du prix final, celui de la distribution.
Pendant trois jours, les habitants de Makokou et des localités environnantes peuvent ainsi accéder à une gamme de produits de première nécessité comprenant notamment riz, huile, sucre, volailles, conserves, pâtes alimentaires, produits laitiers et articles d’hygiène. Les prix sont annoncés comme plus accessibles que dans les circuits traditionnels.
Rapprocher l’offre pour réduire la pression
La stratégie de la CEAG repose sur une idée simple. Lorsque la distance, les intermédiaires et les coûts logistiques s’accumulent, le consommateur finit par payer la facture. En rapprochant l’offre des bassins de consommation, la centrale cherche à réduire une partie de ces coûts et à créer une alternative aux circuits classiques.
Cette logique constitue l’un des fondements du dispositif depuis son lancement. Le ministère de l’Économie présente la CEAG comme un outil destiné à améliorer l’approvisionnement du marché national et à contribuer à la stabilisation des prix.
La démarche possède donc une dimension économique autant que sociale. Un ménage qui dépense moins pour son panier de première nécessité dispose mécaniquement de davantage de ressources pour le logement, la scolarité, les transports ou d’autres besoins essentiels. La bataille contre la vie chère devient ainsi une bataille pour la préservation du revenu disponible.
Le choix de Makokou renforce cette logique. La capitale de l’Ogooué-Ivindo accueille cette opération au moment où la province connaît une visibilité nouvelle avec les projets d’infrastructures et les perspectives liées au développement du gisement de fer de Bélinga. Le marché populaire introduit, dans cette dynamique de transformation, une dimension immédiatement tournée vers les besoins quotidiens des habitants.
Un test pour la politique de proximité
Mais l’intérêt de cette opération se situe aussi dans ce qu’elle révèle de l’évolution de la politique publique. Jusqu’ici, les initiatives contre la vie chère étaient souvent perçues à travers les mécanismes de régulation, les négociations avec les opérateurs ou les mesures de soutien. Le modèle des Méga Marchés ajoute une dimension très concrète, celle de la présence directe de l’acteur public auprès du consommateur.
Le succès de cette formule ne pourra toutefois pas être mesuré uniquement à l’affluence. Il faudra observer la régularité des approvisionnements, la profondeur des écarts de prix, la disponibilité des produits et surtout la capacité de la CEAG à maintenir une offre accessible en dehors des périodes événementielles.
Car un marché itinérant peut offrir une bouffée d’oxygène. Il ne peut, à lui seul, régler durablement les causes structurelles de la vie chère. La baisse des prix sur le long terme suppose d’agir simultanément sur la production locale, les infrastructures de transport, les coûts logistiques, les capacités de stockage, la concurrence et les circuits d’importation et de distribution.
C’est d’ailleurs toute l’ambition affichée derrière la montée en puissance de la CEAG. Après Angondjé, Nzeng-Ayong, Owendo, PK9, Minvoul et Port-Gentil, l’étape de Makokou confirme que la centrale cherche à construire un maillage territorial et non à concentrer son action dans le Grand Libreville.
La proximité devient ainsi un outil de politique économique. À Makokou, pendant trois jours, le consommateur est placé au centre du dispositif. C’est un signal important dans une province où le coût d’acheminement peut peser lourdement sur le prix final.
Mais la véritable bataille commencera après le démontage des stands. Pour être crédible, la lutte contre la vie chère doit transformer les opérations ponctuelles en mécanismes durables d’approvisionnement et de distribution. Le Méga Marché de Makokou peut soulager immédiatement des centaines ou des milliers de ménages. Sa véritable réussite sera toutefois de contribuer à démontrer que, partout au Gabon, la distance géographique ne doit plus devenir une condamnation économique.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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