Gabon : Makokou, la BCEG ouvre le crédit sur le territoire
Libreville, Dimanche 30 Août 2026 (Infos Gabon) – À Makokou, la « libération économique » change désormais de nature. En inaugurant samedi 29 août la nouvelle succursale de la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat du Gabon, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a franchi un seuil important dans sa stratégie de rapprochement des instruments financiers avec les provinces.
Première implantation de la BCEG dans l’Ogooué-Ivindo, cette ouverture vise à répondre à une faiblesse structurelle du territoire gabonais, l’accès encore inégal au financement, notamment pour les petites entreprises, les jeunes et les porteurs de projets.
La cérémonie, organisée à Makokou en présence de la Première Dame Zita Oligui Nguema et de plusieurs membres du gouvernement, a été accompagnée de la remise de financements à des entrepreneurs locaux. Ce détail est essentiel. La BCEG n’arrive pas seulement avec des guichets. Elle veut s’inscrire dans une chaîne qui va de la formation au crédit, puis du crédit à la création d’activité. Entre le 26 et le 28 août, l’établissement et ses partenaires avaient d’ailleurs organisé des sessions de formation destinées aux porteurs de projets afin de mieux les préparer aux mécanismes de financement.
L’enjeu est considérable dans une province appelée à connaître une accélération de son activité économique. L’Ogooué-Ivindo dispose d’importants atouts miniers, forestiers, agricoles et commerciaux, tandis que le projet de fer de Bélinga doit progressivement renforcer son poids dans l’économie nationale. Le forum économique organisé à Makokou avant les célébrations du 30 août a précisément insisté sur la nécessité de transformer cette richesse en valeur ajoutée locale plutôt que de rester dans une logique d’extraction brute.
La présence d’une banque dédiée au commerce et à l’entrepreneuriat prend donc une dimension stratégique. Une ressource minière peut créer des revenus, mais sans entreprises locales capables de fournir des services, d’assurer la sous-traitance, de transformer les produits ou d’investir, une grande partie de la valeur peut continuer à circuler en dehors du territoire. Le crédit devient alors un outil de souveraineté économique.
Le financement comme levier de transformation
Le modèle revendiqué par la BCEG repose précisément sur cette logique. La banque indique disposer d’un capital de 17 milliards de FCFA, avec un actionnariat entièrement gabonais, et affiche quatre axes stratégiques autour de la diversification, du renforcement, du développement et de l’adaptation. Elle affirme également vouloir cibler les secteurs considérés comme prioritaires et élargir progressivement sa base de clientèle.
Son implantation à Makokou intervient ainsi au moment où l’État cherche à multiplier les instruments permettant aux Gabonais de devenir eux-mêmes acteurs de la croissance. La banque a déjà noué des partenariats destinés à réduire le risque du financement des PME. Une convention avec la Société de Garantie du Gabon prévoit notamment une garantie de portefeuille de 5 milliards de FCFA, destinée à faciliter l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises tout en sécurisant les financements de la BCEG.
Cette architecture est particulièrement importante pour les entrepreneurs provinciaux. L’obstacle n’est pas toujours l’absence d’idée ou de marché. Il peut être l’incapacité à présenter un projet bancable, à fournir les garanties nécessaires ou à accéder physiquement à l’institution financière. L’arrivée de la BCEG dans la province réduit au moins cette dernière contrainte.
Elle pourrait surtout créer un effet d’entraînement. Un crédit correctement orienté peut permettre l’achat d’équipements agricoles, le lancement d’un commerce, la création d’un atelier ou le développement d’une petite entreprise de services. Si les bénéficiaires investissent localement, une partie du financement se transforme alors en emplois, revenus et fiscalité sur le territoire.
Le gouvernement a déjà commencé à articuler expertise technique et financement. En janvier, le ministère de l’Agriculture et la BCEG avaient travaillé sur le financement d’exploitations agricoles identifiées sur le terrain, avec l’idée de soumettre les projets à un « visa technique » permettant d’en apprécier la viabilité.
Cette méthode pourrait être particulièrement pertinente dans l’Ogooué-Ivindo. L’enjeu sera désormais de financer des projets réellement connectés aux besoins de la province et aux chaînes de valeur appelées à se développer autour des grands investissements.
Une banque ne crée pas seule une économie
L’installation de la BCEG est donc une étape importante, mais elle ne garantit pas automatiquement la transformation économique annoncée. Le véritable test commencera après l’inauguration. Il faudra mesurer le nombre de crédits accordés, les secteurs financés, les entreprises créées ou consolidées, les emplois générés et, surtout, le taux de survie des projets.
La banque devra également maintenir une discipline de risque rigoureuse. Le financement facile peut devenir une fragilité s’il repose sur des projets insuffisamment étudiés ou sur des remboursements mal suivis. L’objectif n’est pas de distribuer de l’argent, mais de transformer le crédit en capital productif.
C’est aussi pourquoi le parcours de formation mis en place avant l’ouverture de l’agence revêt une telle importance. L’entrepreneur financé doit savoir gérer sa trésorerie, tenir ses comptes, maîtriser ses coûts et honorer ses échéances. La responsabilisation des bénéficiaires sera déterminante pour la crédibilité du modèle.
Pour l’État, la question est tout aussi stratégique. La banque doit pouvoir devenir un intermédiaire entre les projets provinciaux et les grands donneurs d’ordre, les programmes publics et les nouveaux investissements. Avec l’essor attendu de Bélinga, la priorité sera notamment de faire émerger des entreprises gabonaises capables d’intégrer les chaînes de sous-traitance et de capter une part réelle de la valeur créée.
L’ouverture de la BCEG à Makokou marque donc davantage qu’une nouvelle adresse bancaire. Elle constitue un test pour une politique de décentralisation économique qui cherche à rapprocher le financement des territoires. Mais une banque ne peut devenir un moteur de développement que si le crédit rencontre des entrepreneurs formés, des projets viables, des marchés et une administration capable de sécuriser l’environnement des affaires. La BCEG apporte désormais l’outil financier. À l’Ogooué-Ivindo de transformer cet outil en entreprises, en emplois et en valeur ajoutée. C’est à ce niveau, bien plus qu’au moment de la coupure du ruban, que se mesurera la portée réelle de la nouvelle succursale de Makokou.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : 30 août, Oligui Nguema fixe le cap de la Vème République

















