Economie Environnement

Eau à Libreville : la bataille des pertes

Libreville, Vendredi 27 Mars 2026 (Infos Gabon) – À Libreville et dans tout le Grand Libreville, la crise de l’eau n’est plus une simple gêne quotidienne : elle devient un test majeur de gouvernance.

Face à une demande en forte croissance et à un réseau à bout de souffle, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) dévoile un plan d’urgence qui pourrait redéfinir l’accès à l’eau potable d’ici 2027.

Un système sous pression

Le diagnostic posé par Claudia Ognanha Opepet sur Gabon 24 au moment de la célébration de la journée mondiale de l’eau est sans détour : la capitale gabonaise fait face à une équation devenue intenable. Une population estimée à 1,5 million d’habitants, une production d’eau stagnante et un réseau vieillissant incapable d’absorber la demande.

Mais le chiffre qui interpelle le plus reste celui des pertes : près de 60 % de l’eau produite disparaît dans les failles du réseau. Autrement dit, plus de la moitié des ressources mobilisées n’atteint jamais les ménages. Un gaspillage structurel qui transforme chaque pénurie en crise amplifiée.

Une réponse technique à l’urgence

Pour contenir la situation, la SEEG mise sur une stratégie immédiate. Il consiste à réhabiliter 14 forages répartis entre le nord et le sud du Grand Libreville. Objectif affiché : injecter rapidement 600 m³ supplémentaires par heure dans le réseau.

Cette approche pragmatique vise à répondre à l’urgence sans attendre les grands projets structurants, souvent longs à concrétiser. Elle traduit une volonté de produire plus mais surtout de produire mieux.

Réparer avant de produire davantage

Au-delà de l’augmentation de la capacité, le véritable enjeu réside dans l’amélioration du rendement. Car produire plus dans un réseau défaillant reviendrait à perdre davantage. La stratégie de la SEEG repose donc sur un double levier : Réduire les fuites en modernisant les infrastructures existantes ; Augmenter progressivement la capacité de production.

Les objectifs sont ambitieux : atteindre 280 000 m³ par jour d’ici 2027, puis 320 000 m³ à terme. Une trajectoire qui, si elle est respectée, permettrait de stabiliser durablement la desserte en eau dans la capitale.

Une question de modèle urbain

Derrière cette crise technique se cache une réalité plus profonde : celle d’un développement urbain plus rapide que les capacités d’anticipation des infrastructures. Libreville grandit, mais son réseau d’eau, lui, vieillit.

Ce décalage pose une question essentielle pour l’avenir : comment planifier des villes africaines capables d’absorber leur propre croissance ? Car l’accès à l’eau n’est pas seulement un service, c’est un pilier de la santé publique, de la stabilité sociale et du développement économique.

L’heure des résultats

Le plan de la Société d’énergie et d’eau du Gabon marque une prise de conscience tardive, mais nécessaire. Il ouvre la voie à une transformation attendue depuis des années. Reste désormais à passer de l’intention à l’impact. Car dans le domaine de l’eau, les promesses ne se mesurent pas en annonces, mais en robinets qui coulent.

Si ce plan réussit, il pourrait restaurer la confiance des usagers et repositionner la gestion de l’eau comme une priorité nationale. Dans le cas contraire, il confirmerait une réalité plus inquiétante : celle d’une capitale où l’accès à un besoin vital reste encore incertain.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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