ONU : Madagascar veut déplacer le centre de gravité
Libreville, Dimanche 27 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À New York, Madagascar n’a pas simplement demandé une place supplémentaire pour l’Afrique. Le pays a posé une question plus dérangeante pour l’ordre international actuel. Qui décide encore, au XXIe siècle, des règles qui organisent la paix, la sécurité et le financement du développement mondial ?
Dans son premier grand discours à la tribune de l’ONU, le colonel Michaël Randrianirina a choisi d’attaquer le problème par son architecture, en réclamant une représentation africaine permanente au Conseil de sécurité et une refonte plus profonde du système multilatéral. Une prise de parole qui intervient alors même que l’ONU reconnaît elle-même la nécessité de restaurer la confiance dans une organisation confrontée à des crises multiples.
L’Afrique veut enfin peser là où se décide la sécurité
Le chef de l’État malgache a repris à New York l’une des revendications historiques de l’Union africaine. Selon lui, le continent, fort d’environ 1,4 milliard d’habitants, ne peut continuer à être sous-représenté dans l’instance qui concentre les décisions les plus sensibles en matière de paix et de sécurité internationales.
Cette position s’inscrit dans le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte, qui constituent depuis 2005 le socle de la demande africaine. Le projet défendu par l’Union africaine prévoit notamment deux sièges permanents pour l’Afrique, avec les mêmes prérogatives que les autres membres permanents, ainsi qu’une représentation accrue parmi les membres non permanents.
L’enjeu dépasse cependant le symbole. Le Conseil de sécurité demeure structuré autour d’un équilibre issu de l’après-Seconde Guerre mondiale, alors que la géographie politique, démographique et économique du monde a profondément changé. L’Afrique représente aujourd’hui un espace central dans les questions de sécurité, de ressources, de climat, de migrations et de développement, mais son poids institutionnel reste limité.
La revendication malgache rejoint ainsi un débat plus large sur la capacité des institutions internationales à refléter le monde contemporain. À l’ouverture de la 81e session, le président de l’Assemblée générale, Khalilur Rahman, avait lui-même placé la restauration de la confiance et la réforme de l’Organisation au cœur de son agenda.
De la réforme du Conseil à celle du système
Randrianirina ne s’est toutefois pas arrêté au Conseil de sécurité. Son discours dessine une vision plus globale du multilatéralisme. Madagascar souhaite notamment redonner à l’Assemblée générale une influence politique accrue, au motif qu’elle demeure l’espace où tous les États disposent formellement d’une voix, indépendamment de leur puissance militaire ou économique.
La Grande Île demande également une architecture financière internationale davantage adaptée aux réalités des pays vulnérables. L’idée avancée est de mieux prendre en compte la vulnérabilité multidimensionnelle des États dans les mécanismes de financement, plutôt que de réduire leur situation à quelques indicateurs économiques.
Cette revendication prend une résonance particulière pour les pays exposés aux catastrophes climatiques, à l’endettement, à l’insécurité alimentaire ou aux chocs extérieurs. Madagascar veut ainsi déplacer le débat du simple accès au financement vers la reconnaissance des contraintes structurelles qui empêchent certains États de transformer leurs ressources en développement durable.
Le troisième axe concerne l’efficacité du système international face aux urgences climatiques et humanitaires. Le président malgache réclame notamment la concrétisation des engagements de financement climatique pris par les pays développés et souhaite que le multilatéralisme puisse jouer un rôle de garantie et de catalyseur.
Le propos rejoint une préoccupation devenue centrale à l’ONU. Le dérèglement climatique, les conflits et les crises humanitaires sont désormais traités comme des phénomènes étroitement liés, tandis que les débats de la 81e session ont placé la montée du niveau des mers, le développement et les vulnérabilités au premier plan.
Madagascar mise sur le retour du politique
Le message de Randrianirina tient finalement en une ambition. Réformer l’ONU pour qu’elle soit capable non seulement de discuter des crises, mais d’agir sur leurs causes et leurs conséquences.
La critique malgache part d’un constat simple. Lorsque les conflits s’enlisent, que les engagements climatiques tardent à produire leurs effets et que les populations vulnérables accumulent les chocs, la légitimité du multilatéralisme finit par se mesurer à ses résultats. Le secrétaire général António Guterres a lui-même averti, lors de l’ouverture du débat général, que les fractures internationales s’élargissaient et appelé à faire prévaloir le droit et la coopération sur la force et la fragmentation.
Le choix de prononcer son intervention en malgache ajoute une dimension politique et identitaire à cette première apparition internationale. Il ne s’agit pas seulement de prendre la parole dans une enceinte mondiale, mais de revendiquer le droit de parler depuis son propre référentiel.
Reste désormais le passage du discours à la négociation. Obtenir une réforme du Conseil de sécurité suppose de franchir des obstacles institutionnels et politiques considérables. La revendication africaine est ancienne, largement formulée, mais sa traduction concrète dépendra de la capacité du continent à maintenir une position commune et à construire des alliances au-delà de ses frontières.
C’est là que le discours de Madagascar prend toute sa portée. Le véritable sujet n’est plus seulement de savoir si l’Afrique doit être mieux représentée. Il est de déterminer si l’ordre international acceptera de partager davantage le pouvoir avec les régions qui ont longtemps été présentes dans les débats sans l’être suffisamment dans la décision. À New York, Antananarivo a choisi de placer cette question au centre du jeu. Reste au continent à transformer cette revendication en rapport de force diplomatique durable.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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