Economie

Gabon : Oyem, le nouveau visage de la formation agricole

Libreville, Lundi 28 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, la bataille pour l’autosuffisance alimentaire pourrait se gagner bien avant les récoltes. Elle commence dans les centres de formation, là où se prépare la génération appelée à produire, transformer et commercialiser ce que le pays importe encore massivement.

À Oyem, l’École Nationale de Développement Rural s’apprête à accueillir ses apprenants pour une nouvelle rentrée qui donne une dimension concrète à cette équation. Pour les autorités, l’enjeu n’est plus seulement de disposer de terres ou de financer des projets agricoles. Il faut désormais disposer des femmes et des hommes capables de les faire fonctionner durablement.

Cette orientation intervient alors que le gouvernement cherche à faire de l’agriculture un levier de diversification économique et de souveraineté alimentaire. En février 2026, la création projetée d’AGROPAG a notamment été présentée comme un instrument destiné à structurer les filières, développer des pôles de production intégrés, accompagner les producteurs et réduire la dépendance aux importations.

Dans cette architecture, l’ENDR occupe une place moins spectaculaire mais potentiellement décisive. Car aucune politique agricole ne peut produire des résultats durables sans compétences locales.

Former avant de produire

À Oyem, la formation est conçue pour rapprocher l’enseignement des réalités du terrain. Productions végétales, productions animales et développement rural constituent les principaux domaines d’apprentissage. L’établissement dispose de salles de cours, d’une bibliothèque, de laboratoires et d’une salle multimédia équipée, avec une connexion internet destinée à compléter l’enseignement.

Mais c’est surtout l’articulation entre théorie et pratique qui donne à l’école sa portée stratégique. Poulaillers, porcheries et dix hectares de terres cultivables permettent aux apprenants de se confronter aux contraintes concrètes de la production. L’objectif est de sortir d’une formation purement académique pour faire de l’école un espace d’apprentissage professionnel, où les futurs techniciens peuvent expérimenter les techniques, mesurer les rendements et comprendre les exigences d’une exploitation.

Les infrastructures d’hébergement, avec des internats pour filles et garçons, un réfectoire et des logements destinés aux personnels, renforcent cette vocation. Un complexe sportif en cours de réalisation doit compléter l’ensemble.

La démarche s’inscrit dans une politique plus large qui fait du capital humain un élément central de la transformation économique. Le Plan national de croissance et de développement 2026-2030 identifie notamment la formation, l’insertion et l’employabilité des jeunes comme des leviers de développement, avec l’agriculture parmi les secteurs à fort potentiel.

Le vrai test sera après l’école

La construction d’infrastructures de formation ne suffira toutefois pas à transformer le modèle agricole gabonais. Le véritable défi commencera lorsque les apprenants sortiront de l’ENDR.

Il faudra alors leur permettre d’accéder aux terres, au financement, aux équipements, aux intrants, aux marchés et aux infrastructures de transformation. Le gouvernement a lui-même identifié l’accès au crédit agricole, les mécanismes de garantie, le financement du secteur et le suivi des projets comme des questions déterminantes pour la transformation des systèmes agroalimentaires.

C’est là que se joue la cohérence de la stratégie. Former des agriculteurs sans leur donner les moyens d’entreprendre créerait des diplômés supplémentaires sans résoudre le déficit de production. À l’inverse, investir dans des exploitations sans techniciens qualifiés risquerait de reproduire les fragilités déjà observées dans de nombreux programmes agricoles.

La logique recherchée est donc celle d’un écosystème. La formation doit alimenter les exploitations, les exploitations les unités de transformation, celles-ci les marchés, et l’ensemble créer des emplois dans les territoires.

Oyem comme laboratoire du nouveau modèle

Le choix d’Oyem n’est pas anodin. Dans le Woleu-Ntem, les autorités ont récemment associé infrastructures, développement local et formation aux métiers agricoles dans leur stratégie pour la province. Lors d’une visite en juillet 2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait notamment inspecté des complexes agricoles et lancé des initiatives de formation destinées aux jeunes dans les métiers du secteur.

L’ENDR peut ainsi devenir davantage qu’un établissement scolaire. Elle peut servir de laboratoire à une nouvelle conception de la politique agricole gabonaise, où l’État ne mesure plus seulement son action au nombre de projets annoncés, mais à la capacité de ces projets à générer des compétences, des productions et des revenus.

Le signal est d’autant plus important que le Gabon cherche parallèlement à renforcer ses filières d’élevage et de production locale. Le projet de développement de l’élevage du poulet de chair, par exemple, est présenté comme un moyen de contribuer à l’autosuffisance alimentaire et de réduire la dépendance extérieure.

La rentrée de l’ENDR dépasse donc le simple calendrier scolaire. Elle pose une question centrale pour le Gabon des prochaines années : le pays veut-il seulement investir dans l’agriculture ou construire enfin les compétences et les chaînes de valeur capables d’en faire une véritable industrie nationale ?

La réponse se mesurera moins dans les discours que dans les rendements, les entreprises créées, les emplois ruraux, la transformation locale et, surtout, dans la capacité du pays à réduire durablement ses importations alimentaires. À Oyem, le pari commence dans les salles de classe. Mais sa réussite se jouera sur les terres, dans les fermes, les marchés et les entreprises qui devront accueillir cette nouvelle génération.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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