Gabon : La bataille de l’inclusion commence par les chiffres
Libreville, Lundi 28 Septembre 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, une nouvelle campagne veut s’attaquer à l’un des angles morts de la politique d’inclusion : l’absence de données suffisamment précises sur les élèves et étudiants en situation de handicap.
Lancée à Libreville par l’Association des étudiants handicapés du Gabon, la caravane qui sillonnera le Grand Libreville pendant deux mois entend identifier les apprenants concernés, comprendre leurs réalités et faire de leur présence dans le système éducatif une donnée visible, exploitable et impossible à ignorer.
L’initiative intervient dans un contexte où le pays dispose déjà d’un recensement national des personnes vivant avec un handicap, mais où la question de leur parcours scolaire et universitaire demeure un enjeu spécifique. Le recensement réalisé en 2023 et publié en 2024 avait identifié 15 694 personnes vivant avec un handicap, dont 4 345 enfants de moins de 18 ans. D’autres données issues du même processus font état de 15 967 personnes recensées selon le périmètre retenu.
Ces chiffres disent une chose essentielle : compter ne suffit pas. Il faut désormais savoir qui étudie, où, dans quelles conditions et avec quels obstacles.
Passer de l’invisibilité à la connaissance
C’est précisément le pari de l’AEHG. Réunis le 25 septembre à l’Université Omar Bongo, ses responsables ont préparé la mise en place du comité chargé de conduire l’opération. Sous la présidence de Roosevelt Mouele Malonga, le Bureau directeur élargi a travaillé sur l’organisation de la caravane, les questions de trésorerie et la préparation de la conférence de presse prévue le 1er octobre à 10 heures, à la Salle de Musique de l’UOB.
Le comité d’organisation associe plusieurs acteurs du monde étudiant et de la jeunesse. Nyoundou Souza Dariss, président du Conseil national de la jeunesse du Gabon, en assure la présidence d’honneur. Il est accompagné notamment de la Direction générale des Affaires sociales de l’UOB, de représentants de l’UNEG et de la Mutuelle des étudiants. Le bureau exécutif reste conduit par Roosevelt Mouele Malonga, avec Evrard Mbadinga comme adjoint, Naomie Tolet à la trésorerie et Stive Mapaga Mapaga à la coordination générale.
Au-delà de cette architecture associative, l’enjeu est surtout méthodologique. L’AEHG veut disposer d’une photographie plus précise des apprenants handicapés dans le Grand Libreville. Il s’agit de savoir combien ils sont, dans quels établissements ils se trouvent, quelles difficultés ils rencontrent et quels dispositifs leur permettent — ou non — de poursuivre leur scolarité et leurs études.
Cette démarche rejoint une préoccupation déjà identifiée dans le recensement national. Les données disponibles montrent des écarts importants dans la scolarisation des personnes handicapées selon les provinces et les territoires. Dans l’Estuaire, par exemple, la proportion de personnes handicapées recensées comme ayant été ou étant scolarisées en milieu ordinaire atteignait 50,2 %, contre des niveaux nettement plus faibles dans plusieurs autres provinces.
La question n’est donc plus seulement celle de l’accès théorique à l’éducation. Elle porte sur la capacité réelle du système à maintenir les apprenants dans les parcours scolaires et universitaires.
Une caravane, mais surtout un outil d’action publique
Le choix de commencer par le Grand Libreville n’est pas anodin. La capitale concentre une part importante des établissements d’enseignement, des administrations et des organisations susceptibles d’agir sur l’accessibilité. C’est aussi dans l’espace urbain que se trouve la plus grande concentration des personnes handicapées recensées au niveau national.
Pendant deux mois, les volontaires devront donc aller au contact des établissements et des apprenants. Cette proximité peut permettre de faire émerger une réalité que les statistiques générales ne suffisent pas toujours à restituer : celle des obstacles quotidiens, des déplacements, de l’accessibilité des bâtiments, des supports pédagogiques, de l’accompagnement humain ou encore de la continuité des études.
La portée de l’opération dépendra toutefois de la qualité des informations recueillies. Une campagne de recensement n’a de valeur que si ses données sont fiables, vérifiables, protégées et suffisamment structurées pour permettre ensuite des décisions concrètes. C’est ici que l’initiative associative peut prendre une dimension supérieure à celle d’une simple mobilisation.
Le Gabon a déjà expérimenté l’intérêt d’une connaissance statistique plus fine du handicap. Le recensement national avait précisément été conçu pour améliorer l’identification des besoins et renforcer les mécanismes de protection sociale. Les résultats ont notamment permis d’intégrer 4 345 enfants vivant avec un handicap dans les dispositifs de protection sociale.
La nouvelle caravane peut prolonger cette logique dans un domaine plus ciblé : celui de l’éducation.
Le véritable test sera l’après-recensement
Pour financer son lancement, l’AEHG a prévu une contribution interne de 3 000 FCFA minimum pour les membres actifs et de 5 000 FCFA pour les membres du bureau. Les sommes collectées doivent notamment couvrir les déplacements des volontaires, la collation et les supports de communication. Ces moyens restent modestes au regard de l’ambition affichée, mais ils traduisent une volonté de construire l’opération à partir de la mobilisation du mouvement étudiant lui-même.
Le véritable enjeu commencera cependant une fois les données collectées. Identifier un apprenant handicapé ne constitue pas une politique d’inclusion. C’est son point de départ. La donnée devra ensuite permettre d’orienter les établissements, d’identifier les besoins d’accessibilité, de mesurer les ruptures de parcours et de déterminer les moyens nécessaires à l’accompagnement. Elle devra surtout éviter que les personnes recensées ne disparaissent à nouveau dans les statistiques générales.
Le Gabon dispose désormais d’une base nationale de connaissance sur le handicap. La caravane de l’AEHG ouvre une autre question, plus précise et plus opérationnelle : que devient cette connaissance lorsqu’elle atteint les salles de classe et les amphithéâtres ?
C’est là que cette initiative prendra tout son sens. L’inclusion ne peut rester une déclaration de principe. Elle exige des chiffres, des visages, des parcours identifiés et des réponses mesurables. En choisissant de partir à la recherche de ceux qui restent parfois invisibles dans les systèmes éducatifs, l’AEHG pose un préalable simple mais décisif : on ne construit pas une politique publique efficace pour une population que l’on ne sait pas précisément identifier.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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