Gabon : Électricité à Libreville, le coût invisible du vandalisme
Libreville, Lundi 5 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le problème électrique du Grand Libreville ne se résume plus aux contraintes techniques de production ou de distribution. Il prend désormais une dimension sécuritaire et économique.
En seulement deux jours, 117 fusibles ont été dérobés et six postes électriques endommagés dans plusieurs quartiers de la capitale gabonaise, notamment à Louis, Bas de Gué-Gué, Haut de Gué-Gué et Kalikak. Pour la Société d’énergie et d’eau du Gabon, ces actes répétés compromettent directement la continuité du service et compliquent les efforts engagés pour stabiliser l’alimentation des populations.
Quand le réseau devient une cible
Le vol de fusibles pourrait apparaître comme un incident technique parmi d’autres. Il révèle en réalité une vulnérabilité plus profonde. Chaque équipement soustrait ou détérioré provoque une rupture dans une chaîne électrique déjà soumise à de fortes contraintes. Derrière un poste hors service, ce sont des ménages privés d’électricité, des commerces ralentis, des activités interrompues et des services qui doivent fonctionner avec davantage d’incertitude.
La difficulté ne consiste d’ailleurs pas uniquement à remplacer le matériel disparu. Avant toute remise sous tension, les techniciens doivent contrôler les installations, sécuriser les postes forcés et s’assurer que les conditions sont réunies pour rétablir le courant sans exposer les usagers ou les agents à un accident.
Cette répétition des dégradations change la nature du problème. Lorsque des équipements essentiels sont régulièrement ciblés, la question n’est plus seulement celle de la maintenance du réseau, mais celle de sa protection. Une infrastructure électrique constitue un actif stratégique. Sa dégradation produit un coût qui dépasse largement la valeur marchande du matériel volé.
Le phénomène soulève également la question des circuits informels susceptibles d’alimenter ce type de marché. La SEEG appelle les usagers à la prudence face aux équipements électriques dont l’origine n’est pas clairement établie. Sans débouchés pour le matériel dérobé, l’incitation économique au vol serait nécessairement réduite.
Une menace pour les habitants autant que pour le réseau
Le danger est aussi immédiat pour les populations. Un poste électrique forcé et laissé ouvert n’est pas simplement une installation endommagée. Il peut devenir un piège pour les riverains, particulièrement pour les enfants et les personnes qui ignorent les risques liés aux équipements sous tension.
La SEEG demande donc de ne pas s’approcher des installations dégradées et de ne jamais tenter d’y pénétrer. Cette consigne prend une importance particulière dans des quartiers densément peuplés où les infrastructures électriques côtoient directement les habitations, les commerces et les voies de circulation.
Face à la succession des incidents, l’entreprise travaille avec les autorités compétentes afin de contribuer à l’identification des responsables. Elle invite également les habitants à signaler les comportements suspects autour des postes électriques, notamment les ouvertures forcées ou la présence inhabituelle de personnes à proximité des installations. Les signalements peuvent être effectués aux numéros 077 64 91 08 et 077 37 49 28.
Cette mobilisation des riverains peut devenir un élément important du dispositif de protection. Dans une capitale où les infrastructures sont largement intégrées au tissu urbain, la sécurité du réseau ne peut être assurée par les seuls techniciens ou les forces de l’ordre. Elle dépend aussi de la capacité des communautés à considérer ces équipements comme un patrimoine collectif.
Protéger le réseau devient une priorité économique
L’épisode intervient surtout à un moment où la qualité et la continuité de l’approvisionnement électrique constituent des conditions essentielles de l’activité économique. Une entreprise peut difficilement produire, conserver ses marchandises, assurer ses paiements numériques ou maintenir ses services lorsque les coupures deviennent imprévisibles. Pour les ménages, elles affectent également le quotidien, la conservation des aliments, l’accès aux services numériques et les conditions de travail.
Le coût réel du vandalisme est donc largement supérieur au prix des 117 fusibles volés. Il comprend les interventions techniques, les pièces de remplacement, les pertes d’exploitation, les perturbations commerciales et, surtout, l’érosion de la confiance dans la fiabilité du service public.
La réponse doit dès lors dépasser la simple remise en état. Elle suppose de mieux sécuriser les postes sensibles, d’identifier les filières susceptibles d’écouler les équipements volés et de renforcer la coopération entre opérateur, autorités et populations. Elle implique aussi de traiter la question des matériaux et équipements électriques vendus sur les circuits informels lorsque leur provenance est douteuse.
Le véritable enjeu pour le Grand Libreville est désormais de faire en sorte que chaque réparation ne soit pas suivie d’une nouvelle dégradation. Restaurer le courant est une urgence. Protéger durablement les infrastructures qui le distribuent relève, lui, d’une politique de sécurité économique.
À l’heure où le Gabon cherche à renforcer ses infrastructures et à améliorer son environnement d’investissement, la protection du réseau électrique ne peut plus être considérée comme une question secondaire. Une infrastructure qui peut être régulièrement sabotée est une infrastructure qui fragilise toute l’économie autour d’elle. La lutte contre le vandalisme électrique devient ainsi un impératif de continuité du service public, mais aussi de souveraineté et de développement.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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