Economie

Carburant : le Gabon verrouille le transport à la pompe

Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Alors que les tensions sur l’approvisionnement en carburant poussent certains usagers à chercher des solutions de fortune, les autorités gabonaises veulent éviter qu’une difficulté logistique ne se transforme en risque domestique. Le ministère du Pétrole et du Gaz vient ainsi d’enjoindre aux stations-service de ne plus remplir les contenants alimentaires ou tout récipient non homologué pour le transport des hydrocarbures.

La directive, adressée aux responsables de plusieurs sociétés du secteur pétrolier par la Direction générale de l’Aval pétrolier et gazier, intervient dans un contexte où les difficultés d’approvisionnement ont favorisé le recours à des contenants improvisés. Bidons alimentaires, récipients ayant servi à l’eau ou à d’autres produits : ces pratiques, devenues plus visibles avec les tensions sur le marché, exposent désormais leurs utilisateurs à un risque que l’administration entend encadrer.

L’enjeu dépasse donc la simple réglementation des stations-service. Il touche à la sécurité des ménages, à la circulation des produits pétroliers et, plus largement, à la capacité de l’État à maintenir des standards de sécurité lorsque l’offre devient plus difficile à sécuriser.

Quand la pénurie favorise les pratiques à risque

La logique de la circulaire est d’abord préventive. Lorsque l’accès au carburant devient moins fluide, les comportements changent : les consommateurs cherchent à constituer des réserves, à transporter davantage de produit ou à contourner les contraintes rencontrées dans les stations. C’est précisément dans ces moments que les règles de sécurité risquent d’être reléguées au second plan.

La Direction générale de l’Aval pétrolier et gazier rappelle ainsi qu’un récipient conçu pour contenir de l’eau ou une boisson n’est pas automatiquement compatible avec le stockage et le transport d’un hydrocarbure. Solidité du matériau, étanchéité, résistance et dispositif de fermeture sont des éléments déterminants lorsqu’il s’agit d’un produit hautement inflammable.

Le danger ne se limite d’ailleurs pas au moment du remplissage. Un contenant inadapté peut fuir pendant son transport, être exposé à une source de chaleur ou provoquer une manipulation dangereuse au sein du domicile. Dans un environnement urbain dense, une mauvaise pratique individuelle peut rapidement devenir un problème collectif.

La mesure vise donc à remettre la sécurité au centre d’une chaîne qui commence à la station-service et se poursuit jusqu’au lieu où le carburant est utilisé ou stocké.

Des jerricans homologués, pas une interdiction générale

La circulaire ne ferme pas pour autant la possibilité d’acheter du carburant dans des jerricans. Elle établit une distinction entre les récipients destinés aux hydrocarbures et ceux qui ne présentent pas les garanties requises.

Sont notamment autorisés les jerricans en polyéthylène haute densité (PEHD) homologués, d’une capacité comprise entre 5 et 20 litres, ainsi que les modèles homologués équipés d’un bec verseur sécurisé. Une illustration annexée au document permet aux professionnels et aux usagers d’identifier les contenants considérés comme conformes et ceux qui doivent être proscrits.

Cette précision est importante : le problème identifié par l’administration n’est pas le transport de petites quantités de carburant en lui-même, mais l’utilisation de récipients dont la conception n’est pas adaptée aux hydrocarbures.

Pour les stations-service, la responsabilité devient dès lors plus nette. Elles doivent refuser le remplissage des contenants alimentaires et de tout autre récipient dont la résistance ou la sécurité ne peut être garantie. Le non-respect de la directive expose les contrevenants aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur, même si la circulaire ne précise pas la nature exacte de ces sanctions.

La sécurité, nouvel indicateur de gestion de la crise

Cette décision révèle surtout une conséquence moins visible des tensions d’approvisionnement : lorsque le carburant devient difficile à obtenir, la crise ne se mesure plus uniquement aux files d’attente ou à la disponibilité des stocks. Elle se mesure aussi aux comportements qu’elle provoque.

C’est pourquoi l’application de cette directive devra aller de pair avec une information claire des consommateurs et une disponibilité suffisante des contenants homologués. Interdire les récipients dangereux sans rendre facilement accessibles les solutions conformes risquerait en effet de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.

La responsabilité est donc partagée. Aux stations de faire respecter les règles, aux distributeurs de contribuer à la disponibilité des équipements adaptés, aux transporteurs de sécuriser la circulation du produit et aux usagers de ne pas transformer les difficultés d’approvisionnement en prise de risque domestique.

Dans une période de tension, la sécurité ne peut devenir une variable d’ajustement. La nouvelle consigne du ministère du Pétrole et du Gaz traduit ainsi une exigence plus large : préserver la continuité de l’approvisionnement tout en empêchant que la recherche de carburant ne crée une seconde crise, cette fois sanitaire et sécuritaire. Le véritable test sera désormais la capacité de l’ensemble de la chaîne pétrolière à faire respecter cette règle sans rupture avec les réalités quotidiennes des consommateurs.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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