Politique

Gabon : Mamboundou, le temps de la mémoire

Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Quinze ans après sa disparition, Pierre Mamboundou pourrait enfin disposer à Ndendé d’un mausolée achevé à la hauteur de la place qu’il occupe dans l’histoire politique gabonaise. En décidant de relancer le chantier, Brice Clotaire Oligui Nguema ne remet pas seulement en route un ouvrage resté inachevé : il réactive une question plus profonde, celle de la manière dont une République regarde son passé, honore ses figures contradictoires et transforme la mémoire politique en patrimoine national.

Le calendrier donne à cette décision une portée particulière. Le 15 octobre 2026 marquera les quinze ans de la disparition de l’ancien député-maire de Ndendé et fondateur de l’Union du peuple gabonais (UPG), décédé à Libreville en 2011 à l’âge de 64 ans. À quelques jours de cet anniversaire, le chantier de son mausolée, interrompu depuis plusieurs années, doit reprendre avec un objectif annoncé de trois mois pour achever l’ouvrage.

Selon les informations communiquées par Mays Mouissi, secrétaire général de l’Union démocratique des bâtisseurs, les fonds nécessaires auraient été directement transférés à l’entreprise chargée des travaux. L’objectif affiché est cette fois d’éviter une nouvelle prolongation d’un chantier devenu, au fil des années, le symbole d’une mémoire en suspens.

Un opposant qui appartient désormais à l’histoire

Pierre Mamboundou n’est pas une figure politique ordinaire. Fondateur de l’UPG en 1989, député de la Dola et ancien maire de Ndendé, il s’est imposé pendant plusieurs décennies comme l’une des principales voix de l’opposition gabonaise. Son parcours politique s’est construit dans une confrontation durable avec le pouvoir, notamment sous Omar Bongo Ondimba.

Cette trajectoire explique la dimension particulière du mausolée. Il ne s’agit pas seulement de donner une sépulture monumentale à un ancien responsable politique. Il s’agit de préserver la trace d’un acteur qui a contribué, avec ses propres positions et ses propres combats, à l’histoire du pluralisme politique gabonais.

Le geste d’Oligui Nguema intervient d’ailleurs dans une continuité. En décembre 2023, lors de son passage à Ndendé, le chef de l’État s’était recueilli devant les mausolées de Pierre Mamboundou et de Paul-Marie Yembit, ancien vice-président de la République. Cette visite avait déjà inscrit la mémoire de ces deux personnalités dans une démarche de reconnaissance historique.

L’enjeu dépasse donc les appartenances partisanes. Une République mature ne sélectionne pas uniquement les mémoires qui lui sont politiquement confortables. Elle conserve également celles de ceux qui ont contesté le pouvoir, porté d’autres visions du pays ou incarné des périodes de tension et de débat.

Ndendé veut retrouver son lieu de mémoire

Pour la famille comme pour les populations de la Dola, la reprise du chantier possède une dimension beaucoup plus concrète. Quinze ans après la disparition de l’ancien maire, voir son lieu de sépulture demeurer inachevé constitue une attente difficilement dissociable de l’histoire locale.

Ndendé entretient avec Pierre Mamboundou un rapport particulier. Il y fut maire, député et l’une des personnalités politiques les plus identifiées au département de la Dola. La ville dispose également d’un complexe sportif portant son nom, inauguré dans le cadre des investissements récents réalisés dans la localité. Le mausolée pourrait ainsi devenir une pièce supplémentaire d’un patrimoine mémoriel appelé à dépasser le cercle familial ou partisan.

La question de la main-d’œuvre locale ajoute une dimension économique au projet. L’appel à privilégier les compétences de Ndendé permettrait de faire de ce chantier un investissement directement utile au territoire, au-delà de sa vocation symbolique.

Mais le véritable enjeu est désormais celui de l’exécution. Après plusieurs années d’attente, un délai de trois mois a été annoncé. La crédibilité de la démarche dépendra donc moins de l’annonce que de la livraison effective du monument.

Une mémoire politique à reconstruire

La relance du mausolée intervient dans un moment où le Gabon cherche également à redéfinir son récit national. La reconnaissance des grandes figures politiques du passé peut contribuer à construire une mémoire moins sélective, dans laquelle les parcours ne sont pas effacés par les anciennes appartenances ou les rapports de force.

C’est ici que le chantier de Ndendé prend une dimension nationale. Achever le mausolée de Pierre Mamboundou ne réécrira ni son histoire ni celle de l’UPG. Cela ne supprimera pas les débats qui ont marqué son parcours. Mais cela permettra de conserver une trace tangible d’une période essentielle de la vie politique gabonaise.

Le défi est donc double : tenir la promesse des trois mois et donner à cet espace une véritable vocation mémorielle. Un mausolée ne doit pas être seulement un bâtiment achevé ; il peut devenir un lieu où les générations futures comprennent qu’une République se construit aussi avec les voix qui l’ont contestée.

Quinze ans après sa disparition, Pierre Mamboundou n’a plus besoin d’être réhabilité politiquement. Son parcours appartient désormais à l’histoire. Ce que le Gabon doit désormais réussir, c’est à faire de cette histoire une mémoire nationale : suffisamment large pour honorer les bâtisseurs du pouvoir comme ceux qui ont choisi de lui résister. À Ndendé, l’achèvement du mausolée sera peut-être moins la fin d’un chantier que le commencement d’une nouvelle manière de regarder le passé.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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