Politique

Gabon : la diplomatie change de valeur

Libreville, Jeudi 8 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Au Palais Léon Mba, l’enjeu dépassait largement l’examen de deux projets de loi. En défendant devant les députés l’Accord de Samoa et l’adhésion au Centre international des mangroves, la ministre des Affaires étrangères, Marie-Edith Tassyla-Ye-Doumbeneny, a exposé une même logique diplomatique. Pour le Gabon, il ne s’agit plus seulement d’entretenir des relations internationales, mais de transformer ses partenariats, ses ressources naturelles et sa position stratégique en instruments de développement, de financement et d’influence.

Le 2 octobre, devant la Commission des Affaires étrangères, de la Coopération, de la Défense et de l’Intégration régionale présidée par Blaise Louembé, la cheffe de la diplomatie gabonaise a défendu deux textes dont les finalités sont différentes mais dont la portée se rejoint. La Commission a rendu un avis favorable et les deux projets doivent désormais poursuivre leur parcours parlementaire.

Le premier dossier concerne l’Accord de Samoa, signé le 15 novembre 2023 entre l’Union européenne et les États membres de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique. Ce nouvel accord constitue le cadre de partenariat appelé à succéder aux précédents dispositifs de Lomé et de Cotonou et couvre notamment le développement durable, les échanges, la gouvernance, les droits humains, le climat, les océans, les migrations ainsi que la paix et la sécurité. Le Conseil des ministres gabonais avait déjà engagé en février la procédure permettant sa ratification.

Pour Libreville, le sujet est stratégique dans un contexte de diversification économique. Le Gabon cherche à multiplier ses sources de croissance et ses partenaires sans se couper de l’espace européen. Le dialogue avec l’Union européenne s’est d’ailleurs poursuivi en juin 2026, dans le cadre de l’Accord de Samoa, avec la volonté affichée de renforcer un partenariat produisant des résultats mutuellement avantageux.

La question essentielle sera désormais celle de la traduction concrète de ce cadre juridique en investissements, en accès aux financements et en débouchés pour l’économie gabonaise. La protection des filières locales et la préservation des intérêts souverains resteront, elles aussi, déterminantes. Un accord international n’a de valeur économique que si les acteurs nationaux disposent de la capacité d’en capter les bénéfices.

Le deuxième texte ouvre une autre porte, celle de la puissance environnementale.

Le projet d’adhésion au Centre international des mangroves place le capital naturel gabonais au cœur d’une stratégie diplomatique nouvelle. Le Gabon possède d’importants écosystèmes de mangroves, essentiels à la séquestration du carbone, à la protection des côtes et à la biodiversité. L’adhésion au Centre doit notamment permettre au pays de renforcer les échanges scientifiques et de rechercher de nouvelles sources de financement à travers la finance carbone et les mécanismes liés à l’économie bleue.

Le changement de perspective est majeur. Pendant longtemps, la diplomatie environnementale africaine a surtout consisté à défendre la conservation des écosystèmes et à solliciter des financements extérieurs. Le Gabon tente désormais de se positionner comme un acteur capable de valoriser son patrimoine écologique dans les négociations internationales.

Cette orientation rejoint d’ailleurs les priorités défendues récemment par Libreville sur la scène multilatérale. À New York, en septembre, la ministre des Affaires étrangères a notamment échangé avec le président de l’Assemblée générale des Nations unies sur les priorités du Gabon en matière de changement climatique, de durabilité et de multilatéralisme.

Les deux dossiers racontent ainsi une même transformation. Avec l’Europe, le Gabon cherche à sécuriser un cadre de coopération capable d’accompagner sa diversification économique. Avec les mangroves, il cherche à convertir un avantage écologique en capacité financière, scientifique et diplomatique.

La véritable ambition se situe précisément dans cette articulation. Une diplomatie utile ne se mesure plus seulement au nombre d’accords signés, mais à la capacité d’un État à transformer ces accords en investissements, en emplois, en technologies, en financements et en influence.

Pour le Gabon, la prochaine étape sera donc décisive. Ratifier les textes ne constituera que le commencement. Leur crédibilité se jouera dans leur mise en œuvre et dans la capacité de Libreville à négocier, protéger ses intérêts et capter effectivement la valeur créée.

Le message porté devant les députés est finalement simple. Le Gabon ne veut plus considérer séparément sa diplomatie économique et sa diplomatie environnementale. Il entend les utiliser comme deux instruments d’une même stratégie de souveraineté. Dans un monde où les alliances se recomposent et où le capital naturel devient un actif géopolitique, la question n’est plus seulement de savoir avec qui le Gabon coopère. Elle est de savoir ce que cette coopération rapporte durablement au pays.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

Copyright Infos Gabon

LIRE AUSSI Gabon : Oligui Nguema reprend la main

Related Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *