Economie

Gabon : Transgabonais, le pari d’une renaissance sur 648 km

Libreville, Mercredi 14 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon engage une transformation majeure de son principal axe ferroviaire. Sur les 648 kilomètres reliant Owendo à Franceville, 457 kilomètres de voie sont déjà équipés de traverses en béton, tandis que 186 kilomètres disposent de rails lourds. Derrière ces avancées techniques se joue un enjeu stratégique pour le pays, celui de sécuriser une infrastructure essentielle à l’économie, de désenclaver les territoires et de renforcer la fiabilité du transport des marchandises comme des voyageurs.

Longtemps confronté à l’usure des installations et aux besoins d’investissement, le Transgabonais entre dans une nouvelle phase de modernisation. Cette ligne constitue un maillon déterminant de l’activité nationale. Elle contribue à l’acheminement du manganèse et du bois, au fonctionnement des chaînes logistiques et au déplacement de près de 300 000 passagers par an, dont certains dépendent du train pour rejoindre des localités difficiles d’accès. Selon les données avancées par la SETRAG, son importance économique dépasse le seul secteur ferroviaire et s’inscrit au cœur des équilibres productifs du Gabon.

Le financement constitue l’un des principaux leviers de cette relance. Le 20 juillet 2026, à Paris, Proparco, la Société financière internationale et la Société d’exploitation du Transgabonais ont conclu un accord de 312 millions d’euros, soit environ 204,6 milliards de francs CFA, destiné à la troisième phase du Programme de modernisation et de sécurisation. L’enveloppe comprend 147,5 milliards de francs CFA de financements nouveaux et 55,7 milliards consacrés au refinancement des phases précédentes. L’opération associe les actionnaires de la SETRAG, Eramet Comilog, qui détient 51 % du capital, Meridiam avec 40 % et l’État gabonais avec 9 %.

Cette contribution privée complète un engagement public de 133 milliards de francs CFA autorisé en Conseil des ministres le 30 avril 2026. Ce financement repose sur un prêt de 113,4 milliards de francs CFA de l’Agence française de développement et une subvention de 19,6 milliards de l’Union européenne. Le programme soutenu par l’AFD doit s’étendre jusqu’en novembre 2031. L’ampleur de ces ressources traduit la nécessité d’inscrire la rénovation ferroviaire dans la durée, plutôt que de multiplier des interventions ponctuelles sans effet structurel.

Sur le terrain, les progrès sont déjà mesurables. La SETRAG indique que plus de 84 kilomètres ont été entièrement renouvelés en 2025, notamment sur les sections Milolé-Lastourville et Lifouta, dans la province de l’Ogooué-Lolo. Le remplacement des traverses et la pose de rails plus lourds visent à améliorer la résistance de la voie, à limiter les risques liés à son vieillissement et à renforcer les conditions de circulation. Les kilomètres traités constituent toutefois une étape, et non une garantie suffisante à eux seuls. La performance finale dépendra également de la maintenance, de la qualité des travaux et de la régularité des investissements.

Depuis novembre 2025, les voyageurs subissent des retards et des ralentissements liés aux interventions sur la ligne. La direction générale de la SETRAG, conduite par Christian Magni, présente ces contraintes comme la contrepartie temporaire d’un chantier destiné à prévenir les incidents et à fiabiliser le réseau. Cette justification ne dispense pas l’entreprise de communiquer clairement sur les perturbations, de mieux informer les usagers et de limiter autant que possible leurs conséquences.

La réussite du programme se mesurera finalement à des résultats concrets, notamment une meilleure ponctualité, une réduction des temps de parcours, davantage de sécurité et un confort accru. Au-delà de l’activité minière, le Transgabonais doit aussi servir les populations, soutenir les échanges intérieurs et faciliter l’accès aux territoires enclavés. Sa modernisation ne sera pleinement réussie que si les investissements consentis se traduisent par un service plus fiable et plus accessible. Pour le Gabon, restaurer son chemin de fer, c’est renforcer une infrastructure économique, mais aussi reconquérir une part essentielle de sa souveraineté logistique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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