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Afrique : Le double verrou de l’énergie et de l’alimentation

Libreville, Lundi 19 Octobre 2026 (Infos Gabon) – L’Afrique subsaharienne ne pourra consolider sa croissance tant que l’électricité restera inaccessible à des centaines de millions de personnes et que l’approvisionnement alimentaire demeurera exposé aux chocs extérieurs.

En remettant ces vulnérabilités au centre du débat économique, le Fonds monétaire international souligne un défi stratégique qui dépasse les urgences sociales. Il interroge la capacité des États à financer leur développement, à protéger les ménages et à transformer leurs ressources en prospérité durable.

Deux dépendances, une même fragilité

Les crises successives ont révélé les limites d’un modèle économique trop sensible aux perturbations des marchés internationaux. La guerre en Ukraine, en 2022, a notamment exposé la dépendance de nombreux pays africains aux importations de céréales, d’huiles végétales et d’engrais. Face à la menace, la Banque africaine de développement a lancé un dispositif d’urgence de 1,5 milliard de dollars destiné à soutenir la production agricole, avec l’objectif d’accompagner 20 millions de petits exploitants et d’accroître les récoltes. Le déficit alimentaire estimé à l’époque atteignait au moins 30 millions de tonnes.

Cette réponse d’urgence n’efface toutefois pas les fragilités structurelles. Les fluctuations monétaires, les coûts de transport, le prix des intrants et les aléas climatiques peuvent rapidement renchérir les produits de première nécessité. La sécheresse qui a frappé l’Afrique australe en 2024 a rappelé combien la production agricole reste exposée aux variations pluviométriques. Lorsque les récoltes diminuent, les importations deviennent plus coûteuses et les ménages les plus modestes supportent une part disproportionnée du choc.

L’électricité constitue l’autre face de cette vulnérabilité. Selon l’Agence internationale de l’énergie, environ 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’avaient toujours pas accès à l’électricité en 2024, soit près de 47 % de la population régionale. AIE. Ce déficit ne se résume pas à l’absence de lumière dans les foyers. Il limite l’activité des entreprises, fragilise les services de santé, perturbe la conservation des aliments et réduit les possibilités de transformation agricole. Sans énergie fiable, produire davantage ne garantit ni la conservation des récoltes ni leur acheminement vers les marchés.

La contrainte financière au cœur du problème

Le défi est d’autant plus difficile que les gouvernements disposent de marges budgétaires réduites. Le poids du service de la dette, les besoins d’infrastructures et les dépenses sociales entrent en concurrence dans des budgets souvent contraints. Les restructurations engagées par plusieurs pays, dont le Ghana et la Zambie, illustrent la difficulté à financer simultanément les urgences et les investissements de long terme. Les subventions aux carburants, à l’électricité ou aux intrants agricoles peuvent amortir les chocs, mais elles deviennent difficiles à maintenir lorsqu’elles pèsent durablement sur les finances publiques.

L’alerte économique est donc double. Une facture énergétique élevée renchérit la production, tandis que des denrées plus chères alimentent les tensions sociales et peuvent compliquer la maîtrise de l’inflation. Les deux phénomènes réduisent le pouvoir d’achat et fragilisent la compétitivité. Ils peuvent aussi détourner les ressources publiques des investissements qui permettraient précisément de diminuer cette dépendance.

Dans ses perspectives publiées en octobre 2026, le FMI prévoit une croissance de 4,5 % en Afrique subsaharienne cette année, mais avertit que les tensions inflationnistes, le poids de la dette et les risques climatiques continuent de menacer la résistance des économies. Reuters, 15 octobre 2026. Une croissance positive ne suffit donc pas, à elle seule, à garantir une transformation durable si une part importante de ses gains est absorbée par les importations, les coupures d’électricité et les dépenses d’urgence.

Passer de la gestion des crises à l’investissement productif

Les leviers existent, à condition de les inscrire dans une stratégie cohérente. Dans l’agriculture, cela suppose de renforcer l’irrigation, l’accès aux semences et aux engrais, le stockage, la transformation locale et les circuits de distribution. Les réserves alimentaires régionales peuvent également aider à amortir les ruptures d’approvisionnement. Dans l’énergie, l’extension des réseaux doit avancer avec les mini-réseaux solaires, les solutions décentralisées et les interconnexions entre pays, afin de diversifier les sources et de réduire les risques liés à une dépendance excessive à une seule technologie.

Cette transition exige néanmoins une gouvernance crédible, des investissements bien ciblés et des tarifs conciliant viabilité financière et protection des ménages vulnérables. Les financements publics ne pourront suffire seuls. Ils devront attirer des capitaux privés sans abandonner l’objectif d’un accès abordable aux services essentiels.

Au fond, la sécurité alimentaire et l’accès à l’électricité ne sont pas deux dossiers parallèles. Ils forment l’infrastructure même de la souveraineté économique. Tant que les récoltes dépendront de chaînes d’approvisionnement fragiles et que les entreprises travailleront sans énergie fiable, la croissance africaine restera exposée aux chocs qu’elle ne maîtrise pas. Le véritable enjeu n’est plus seulement de répondre à la prochaine crise, mais de construire les capacités productives qui permettront au continent de moins la subir.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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