Gabon : Russie-Afrique, le temps des résultats
Libreville, Vendredi 30 Octobre 2026 (Infos Gabon) – À Moscou, le troisième Sommet Russie-Afrique ouvre une nouvelle séquence diplomatique entre le continent et la puissance eurasienne. Pour le Gabon, représenté par Hermann Immongault, l’enjeu dépasse le rapprochement politique : il s’agit de mobiliser des investissements, d’accélérer la transformation locale des ressources et de consolider une souveraineté économique qui ne peut plus reposer sur les seules déclarations d’intention.
Les 28 et 29 octobre, Moscou a accueilli le troisième Sommet Russie-Afrique, avec des délégations de 48 pays africains, dont 22 conduites par des chefs d’État, selon les chiffres communiqués par le Kremlin. La rencontre, coprésidée par Vladimir Poutine et Évariste Ndayishimiye, président du Burundi et président en exercice de l’Union africaine, intervient dans un contexte de recomposition des alliances internationales et de concurrence accrue entre puissances pour les partenariats économiques et stratégiques du continent. Le Gabon y est représenté par le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, au nom du président Brice Clotaire Oligui Nguema.
Derrière le discours sur le multilatéralisme et l’émergence d’un ordre mondial multipolaire, une question domine : comment faire de cette relation un instrument de développement mesurable pour les économies africaines ? Moscou met en avant sa disponibilité à partager ses compétences dans les technologies, l’énergie, l’agriculture, les infrastructures et la sécurité. Les échanges commerciaux entre la Russie et l’Afrique ont dépassé 27 milliards de dollars en 2025, selon les chiffres présentés par la partie russe. Mais l’augmentation des flux commerciaux ne suffit pas à démontrer une transformation structurelle des économies partenaires. C’est précisément sur ce terrain que le sommet devra être jugé.
Le Gabon veut convertir le dialogue en investissements
À Moscou, Hermann Immongault a défendu une coopération qu’il souhaite équilibrée, fondée sur les intérêts réciproques et orientée vers des résultats. Dans son intervention, il a inscrit cette démarche dans la continuité du dialogue engagé à Sotchi en 2019, puis à Saint-Pétersbourg en 2023, tout en saluant les avancées du plan d’action 2023-2026. Libreville soutient les orientations du nouveau cadre de coopération 2027-2029 et entend renforcer les liens dans la formation, le transfert de technologies, la sécurité alimentaire, les énergies renouvelables et la coopération scientifique.
La feuille de route gabonaise embrasse un champ particulièrement large. Elle concerne la sécurité dans le golfe de Guinée, la lutte contre les menaces transnationales, l’agriculture, la pêche, les transports, les infrastructures, l’énergie, la santé, l’éducation et le numérique. Le potentiel hydroélectrique national, estimé à plus de 11 000 mégawatts dans les éléments présentés par la délégation, constitue notamment un levier de développement industriel. La production locale de médicaments et de vaccins, ainsi que la coopération autour de l’intelligence artificielle et de la souveraineté numérique, figurent également parmi les ambitions défendues par Libreville.
En marge du sommet, le vice-président du gouvernement a reçu plusieurs opérateurs économiques russes. Les échanges ont porté sur l’énergie, les services numériques, la valorisation des déchets, l’agroalimentaire, la pêche, le bois, le manganèse et le tourisme durable. Les investisseurs ont été invités à approfondir leurs propositions avec les administrations compétentes. Cette étape est déterminante : l’intérêt exprimé par des entreprises ne constitue pas encore un investissement engagé. Il faudra des études de faisabilité, des financements sécurisés, des calendriers d’exécution et des garanties de retombées pour l’économie nationale.
La souveraineté se mesure à la valeur créée
Le dossier du manganèse illustre le mieux cette exigence. Le Gabon prévoit de mettre fin à l’exportation du minerai brut à compter du 1er janvier 2029. Cette orientation suppose de développer sur le territoire national les capacités industrielles, énergétiques, logistiques et humaines nécessaires à sa transformation. Elle ouvre des perspectives de création de valeur ajoutée et d’emplois, mais impose également de mobiliser des capitaux importants et des technologies adaptées. La coopération russe peut contribuer à cet objectif, à condition que les partenariats garantissent un transfert réel de compétences et une place substantielle aux entreprises gabonaises.
La signature, le 28 octobre, d’un plan d’action 2027-2029 entre la Commission de l’Union africaine et la Fédération de Russie donne une traduction institutionnelle à cette volonté de continuité. Ce cadre couvre 19 domaines, notamment la paix et la sécurité, les sciences, l’intelligence artificielle, la cybersécurité, l’énergie, les transports, l’agriculture, la santé, l’éducation et les investissements. Il prévoit aussi un renforcement du dialogue politique et de la coopération au sein des Nations unies. Il s’agit toutefois d’un cadre de coopération entre la Commission de l’UA et la Russie, qui ne crée pas, à lui seul, d’obligations juridiques pour les États membres.
Le rapprochement avec Moscou s’inscrit par ailleurs dans un environnement géopolitique sensible. La Russie cherche à accroître son influence sur le continent, tandis que les gouvernements africains multiplient les partenariats pour élargir leurs marges de manœuvre. Cette diversification ne doit pas conduire à remplacer une dépendance par une autre. Elle doit permettre aux États de négocier davantage, de comparer les offres et de défendre leurs intérêts dans un cadre transparent. Les analyses de Chatham House soulignent d’ailleurs que l’engagement russe en Afrique demeure inégal au-delà du secteur sécuritaire, ce qui rappelle l’écart possible entre ambition diplomatique et capacité de réalisation.
Pour le Gabon, le véritable résultat de Moscou ne se lira donc pas au nombre de rencontres ni à la portée des déclarations. Il se mesurera aux projets financés, aux unités de transformation construites, aux emplois qualifiés créés, aux technologies maîtrisées et aux entreprises nationales intégrées aux chaînes de valeur. La souveraineté économique n’est pas une formule diplomatique : elle se construit dans les usines, les laboratoires, les infrastructures et les compétences. C’est à cette épreuve concrète que le partenariat russo-gabonais devra désormais répondre.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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