Politique

À Shanghai, le Gabon veut changer de dimension économique

Libreville, Vendredi 6 Novembre 2026 (Infos Gabon) – À la tribune de la 9e Exposition internationale d’importation de Chine (CIIE), le Gabon n’est pas venu seulement présenter ses ressources. Il entend convaincre qu’il peut devenir une plateforme de production, de transformation et d’investissement en Afrique centrale.

Jeudi 5 novembre, à Shanghai, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a défendu cette ambition devant les représentants de 4 142 exposants internationaux, lors d’une cérémonie d’ouverture présidée par le vice-Premier ministre chinois Ding Xuexiang. Selon les informations communiquées par la délégation gabonaise, il était le seul chef d’État africain à prendre la parole à cette tribune. Une visibilité diplomatique importante, dont Libreville cherche désormais à tirer des retombées économiques concrètes.

Une vitrine pour attirer les investisseurs

La participation gabonaise marque une première avec l’installation d’un pavillon national à la CIIE. Coordonné par le Commissariat général aux expositions et l’Agence nationale de promotion des investissements, cet espace présente les essences de bois, la biodiversité et plusieurs produits du terroir sous une bannière ambitieuse, « Gabon, terre d’opportunités, de transformation, partenaire d’avenir partagé ».

Le choix de cette vitrine est stratégique. La Chine constitue un partenaire économique majeur pour de nombreux pays africains, mais la relation commerciale reste souvent structurée autour de l’exportation de ressources naturelles et de l’importation de produits manufacturés. En venant à Shanghai, le Gabon cherche à promouvoir une relation plus équilibrée, dans laquelle ses matières premières ne seraient plus seulement des marchandises à exporter, mais les premières étapes d’une chaîne industrielle développée sur son territoire.

Pour convaincre les investisseurs, le chef de l’État a mis en avant plusieurs instruments destinés à rendre le pays plus attractif. La zone économique spéciale de Nkok, le nouveau Code des investissements, le libre transfert des profits et la possibilité de créer une entreprise en ligne en 48 heures figurent parmi les arguments avancés. Les réformes annoncées dans les secteurs du travail, des mines et des hydrocarbures complètent ce dispositif. Le message est clair, Libreville veut réduire les obstacles administratifs et offrir davantage de visibilité aux opérateurs économiques.

Des ressources à transformer, un modèle à éprouver

Le catalogue des secteurs ouverts aux partenariats témoigne de l’étendue des ambitions gabonaises. Le bois, le manganèse, le gisement de fer de Belinga, l’énergie, l’eau, la santé, le numérique et l’agriculture ont été présentés comme des domaines d’opportunités. Le potentiel agricole, notamment, est mis en avant à travers cinq millions d’hectares de terres arables annoncés. L’économie verte et les crédits carbone complètent cette offre, à l’heure où les investissements internationaux intègrent de plus en plus les exigences environnementales.

Le président a également insisté sur la position géographique du Gabon, présenté comme une porte d’entrée atlantique vers un marché d’environ 200 millions de consommateurs en Afrique centrale. Cet argument peut renforcer l’intérêt des investisseurs, à condition que les infrastructures portuaires, routières, énergétiques et logistiques permettent réellement de desservir cet espace régional. Une position géographique favorable ne devient un avantage économique que lorsqu’elle s’appuie sur des capacités opérationnelles.

C’est là que se situe le véritable défi. La transformation locale des ressources suppose des capitaux, des infrastructures fiables, une main-d’œuvre qualifiée, des transferts de technologies et une politique industrielle cohérente. Elle exige aussi des garanties de stabilité réglementaire et une évaluation rigoureuse des projets. Attirer des investisseurs ne suffit pas. Encore faut-il négocier des partenariats qui créent des emplois, développent les compétences nationales et laissent une part significative de la valeur ajoutée dans le pays.

Le « Made in Gabon » face au test du marché chinois

La promotion du « Made in Gabon » constitue l’autre volet de cette offensive économique. L’accès sans droits de douane annoncé pour les produits africains sur le marché chinois depuis le 1er mai 2026 ouvre une perspective commerciale que Libreville souhaite exploiter. Mais une ouverture tarifaire ne garantit ni la présence des produits dans les circuits de distribution ni leur compétitivité. Les entreprises gabonaises devront répondre aux exigences de qualité, de volumes, de régularité des approvisionnements, de certification et de logistique propres au marché chinois.

La visite du pavillon gabonais par le chef de l’État, puis de plusieurs espaces consacrés aux nouvelles technologies, à l’énergie, à l’agriculture et à l’industrie, s’inscrit dans cette recherche de partenariats et de savoir-faire. Elle donne une dimension concrète au discours sur la diversification, en mettant en regard les ressources nationales et les capacités industrielles susceptibles de contribuer à leur valorisation.

À Shanghai, le Gabon a donc exposé bien davantage qu’un inventaire de richesses naturelles. Il a présenté une promesse de changement de modèle économique. Mais cette promesse sera jugée non à l’aune de la visibilité obtenue dans les grandes expositions internationales, mais aux résultats produits sur le territoire. La réussite se mesurera à la transformation effective des ressources, à la création d’emplois durables, à la montée en compétence des entreprises locales et à l’élargissement des exportations gabonaises. Le rendez-vous chinois peut ouvrir des portes. La responsabilité de Libreville sera de veiller à ce qu’elles conduisent à une économie plus productive, et non à une nouvelle dépendance fondée sur l’exportation des matières premières.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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