Au Gabon, qui fixe les règles de la construction ?
Libreville, Dimanche 4 Octobre 2026 (Infos Gabon) – La question paraît technique. Elle est pourtant au cœur de la sécurité des routes, des bâtiments, des ponts et des ouvrages qui façonnent aujourd’hui le Gabon. À l’occasion du Salon africain des infrastructures (SAIL 2026), organisé du 1er au 3 octobre à la Baie des Rois, une interrogation posée lors d’un panel a permis de soulever un sujet rarement exposé au grand public : selon quelles normes les infrastructures gabonaises sont-elles conçues et construites ?
La réponse apportée par Nathan Moussounda, ingénieur et expert de la société CITP, a placé un nom au centre de la discussion : AFNOR. Homme de terrain, passé notamment par l’Agence nationale des grands travaux et d’investissements (ANGTI), avant de poursuivre son activité d’expertise au sein de CITP, il a résumé en quelques mots une réalité technique plus complexe. Car AFNOR n’est pas à proprement parler « la norme gabonaise ». Il s’agit d’un organisme français de normalisation dont les référentiels peuvent servir de base technique, notamment à travers les normes NF, les NF DTU et les normes européennes.
Derrière cette distinction se trouve toute l’architecture de la qualité des infrastructures au Gabon.
AFNOR, une référence qui ouvre sur un ensemble de règles
Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, les référentiels AFNOR couvrent un champ considérable. Les NF DTU, par exemple, proposent des clauses techniques types pour l’exécution de nombreux travaux du bâtiment. Ils encadrent notamment les pratiques de mise en œuvre et les exigences techniques associées aux ouvrages. AFNOR précise toutefois que les NF DTU ne sont pas, par eux-mêmes, des règlements : leur caractère applicable dépend notamment des textes ou des clauses contractuelles qui les rendent pertinents pour un marché donné.
À cela s’ajoutent les Eurocodes, qui constituent une famille de normes européennes consacrées à la conception et au dimensionnement des structures. Ils couvrent notamment le béton, l’acier, le bois, la maçonnerie, la géotechnique ou encore les différentes actions exercées sur les structures.
Cette précision est importante. Parler de « norme AFNOR » comme d’un référentiel unique simplifie une réalité beaucoup plus vaste : selon la nature de l’ouvrage, les documents contractuels et le cadre réglementaire, plusieurs niveaux de normes et de prescriptions techniques peuvent intervenir.
Le véritable sujet est donc celui de la conformité : un ouvrage doit être conçu, exécuté et contrôlé conformément aux exigences qui lui sont applicables.
Le Gabon ne se construit pas sans ses propres normes
L’autre partie de l’équation se trouve au niveau national. Le Gabon dispose depuis 2014 d’un organisme public chargé de la normalisation : l’Agence gabonaise de normalisation (AGANOR). Elle est officiellement l’organisme national de normalisation, mais aussi d’évaluation de la conformité et de métrologie.
Cela signifie que le pays n’est pas condamné à appliquer mécaniquement des standards étrangers. Des Normes gabonaises (NGA) sont élaborées à travers des comités techniques réunissant les parties prenantes concernées, puis soumises à enquête, homologation et publication au Journal officiel.
Un exemple est particulièrement révélateur dans le domaine du BTP : la NGA 18500-3:2020, consacrée aux éléments de maçonnerie en béton, a été rendue d’application obligatoire sur l’ensemble du territoire gabonais. Cette décision montre que la construction au Gabon relève aussi d’un corpus normatif national, susceptible de rendre certaines prescriptions obligatoires.
La coexistence entre normes nationales, référentiels français, normes européennes et prescriptions propres à chaque marché n’est donc pas une anomalie. Elle impose en revanche aux maîtres d’ouvrage, bureaux d’études, entreprises et contrôleurs de savoir précisément quelle règle s’applique à quel ouvrage.
La norme ne vaut que si elle est contrôlée
C’est probablement le point le plus important soulevé indirectement par le débat du SAIL 2026. Une norme n’est pas une garantie abstraite. Elle doit se traduire par des études, des essais, des contrôles et une traçabilité à chaque étape du chantier.
C’est ici qu’intervient le Laboratoire du bâtiment et des travaux publics du Gabon (LBTPG). L’organisme intervient notamment dans les études géotechniques et le contrôle des travaux de bâtiments, routes, ouvrages d’art, aérodromes, ports ou barrages. Il vérifie notamment la conformité des travaux aux prescriptions des cahiers des charges et le respect des plans d’assurance qualité.
Cette chaîne est déterminante dans un pays où les infrastructures doivent composer avec une forte pluviométrie, l’humidité, la diversité des sols et des contraintes environnementales différentes selon les territoires. Le choix d’une norme n’est donc que le début du processus. Encore faut-il que les matériaux soient conformes, que les essais soient réalisés, que les fondations soient adaptées au sol, que les prescriptions soient respectées et que les contrôles soient effectifs.
C’est ce qui donne une portée particulière à l’intervention de Nathan Moussounda. En plaçant AFNOR au cœur de son explication devant les professionnels réunis au SAIL, cet expert de terrain a ouvert une porte sur une question beaucoup plus large : le Gabon dispose-t-il d’une culture suffisamment forte de la norme pour garantir la durabilité de ses investissements ?
La question concerne toutes les entreprises, gabonaises comme internationales. Elle concerne aussi les pouvoirs publics, les bureaux d’études, les laboratoires, les maîtres d’ouvrage et les organismes de contrôle.
Car construire beaucoup ne suffit pas. Pour un pays qui investit dans les routes, les logements, les ports, les ouvrages publics et les équipements structurants, la véritable performance se mesure dans le temps : résistance, sécurité, maintenance et durée de vie.
À l’heure où le Gabon accélère ses investissements infrastructurels, la norme ne devrait donc plus apparaître comme une affaire réservée aux ingénieurs. Elle est une question de sécurité publique, de qualité de la dépense et de souveraineté technique. Derrière chaque route inaugurée, chaque bâtiment livré ou chaque pont mis en service, une même exigence devrait prévaloir : savoir selon quelles règles il a été conçu, vérifier qu’elles ont été respectées et pouvoir démontrer, des années plus tard, que l’ouvrage était réellement fait pour durer.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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