Economie

Aviculture au Gabon : le pari des 150 fermes pour sortir de la dépendance

Libreville, Mardi 31 Mars 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon accélère sa stratégie de souveraineté alimentaire. Face à une dépendance massive aux importations de volaille, le gouvernement vient de lancer un appel à manifestation d’intérêt pour sélectionner 150 exploitations avicoles à fort potentiel.

Derrière cette initiative, une ambition claire : poser les bases d’une production locale capable, à terme, de réduire une facture extérieure qui pèse lourdement sur l’économie nationale.

Une dépendance devenue insoutenable

Le constat est sans appel. Aujourd’hui, près de 95 % du poulet consommé au Gabon provient de l’étranger, soit environ 100 000 tonnes chaque année. Une situation qui se traduit par une fuite de devises estimée entre 70 et 80 milliards de FCFA.

Pour les autorités, cette dépendance n’est plus viable. Elle expose le pays aux fluctuations des marchés internationaux, fragilise la sécurité alimentaire et limite le développement d’une filière locale pourtant riche en potentiel.

C’est dans ce contexte que les ministres Pacôme Kossy, en charge de l’agrivulture, de lélébage et du développement rural, et Zenaba Gninga Chaning, en charge du commerce, des PME-PMI et de l’entrepreneuriat de jeunes, ont officiellement lancé, le 26 mars, la phase de sélection des exploitants appelés à porter cette transformation.

Structurer une filière encore embryonnaire

L’appel à manifestation d’intérêt cible des profils déjà engagés dans l’activité : des éleveurs âgés de 21 à 65 ans, disposant d’au moins 1 000 têtes et justifiant de trois années d’expérience. L’objectif n’est pas de partir de zéro, mais de renforcer un tissu existant pour en faire une véritable filière structurée.

Les exploitations retenues bénéficieront d’un accompagnement significatif de l’État. Il s’agit notamment de la construction ou de l’extension de bâtiments modernes, pouvant accueillir jusqu’à 3 000 poulets de chair chacun, ainsi que de la fourniture d’intrants essentiels : poussins, aliments pour plusieurs cycles de production et kits vétérinaires.

À cela s’ajoute un volet formation, destiné à professionnaliser les pratiques et à améliorer les rendements. Une approche globale qui vise à agir simultanément sur les capacités de production, la qualité sanitaire et la compétitivité.

Le POUFA, levier d’une stratégie plus large

Cette opération s’inscrit dans le cadre du Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole (POUFA), adopté en Conseil des ministres fin février. Plus qu’un simple programme sectoriel, ce plan traduit une volonté politique de transformer durablement l’agriculture gabonaise.

L’enjeu est double : réduire la dépendance aux importations tout en créant de la valeur localement. Car au-delà de la production de poulet, c’est toute une chaîne économique qui peut émerger, notamment l’alimentation animale, la logistique, la transformation et la distribution.

En soutenant 150 fermes, le gouvernement espère enclencher un effet d’entraînement capable de structurer l’ensemble du secteur.

Un défi d’exécution plus que d’intention

Si l’ambition est claire, sa réussite dépendra de la mise en œuvre. L’histoire des politiques agricoles en Afrique montre que les programmes échouent rarement par manque de vision, mais souvent par déficit de suivi, de coordination et de financement durable.

Le défi sera donc d’assurer la continuité de l’accompagnement, la régularité des approvisionnements en intrants et l’accès aux marchés pour les producteurs. Sans cela, les infrastructures risquent de rester sous-exploitées et les objectifs de production hors d’atteinte.

Vers une souveraineté alimentaire réelle ?

Avec cet appel à manifestation d’intérêt, le Gabon envoie un signal fort : celui d’un pays qui entend reprendre le contrôle de son approvisionnement alimentaire. Mais la souveraineté ne se décrète pas, elle se construit dans la durée.

Si les 150 fermes sélectionnées parviennent à monter en puissance et à structurer une offre régulière, le pays pourrait amorcer un véritable tournant. Dans le cas contraire, la dépendance aux importations continuera de peser sur l’économie et sur le pouvoir d’achat des ménages.

Le compte à rebours est lancé. Entre ambition affichée et réalité du terrain, c’est toute la crédibilité de la stratégie agricole gabonaise qui se joue.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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