Bassin du Congo : la jeunesse au cœur de l’économie verte
Libreville, Mardi 6 Octobre 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, l’agriculture change de statut. Pendant sept jours, 30 jeunes venus de plusieurs pays du Bassin du Congo sont réunis autour d’un même objectif : transformer les ressources agricoles et forestières de la sous-région en activités économiques durables, capables de créer des revenus, des emplois et de la valeur.
Organisé par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avec le ministère gabonais de l’Agriculture, l’atelier de formation pratique et de mentorat ouvert lundi dépasse ainsi le cadre d’un simple programme de formation. Il pose une question stratégique : comment faire de la jeunesse un acteur de la transformation économique tout en préservant l’un des principaux réservoirs écologiques de la planète ?
Sortir l’agriculture de l’économie de subsistance
Durant une semaine, les participants sont confrontés aux différentes dimensions d’une agriculture appelée à répondre simultanément à plusieurs impératifs : produire davantage, préserver les sols, limiter les pressions sur les écosystèmes et assurer des revenus suffisamment solides pour retenir les jeunes dans les territoires.
Agroécologie, agroforesterie, bio-intrants, irrigation durable, agriculture intégrée ou encore innovations agroclimatiques figurent au programme. Mais la formation ne s’arrête pas aux techniques de production. Les participants doivent également apprendre à transformer une idée agricole en entreprise : construire un modèle économique, élaborer un plan d’affaires, identifier des débouchés et préparer l’accès au financement.
Cette articulation entre savoir-faire agricole et culture entrepreneuriale est essentielle. Dans de nombreux pays africains, l’agriculture demeure encore associée à une activité familiale ou de subsistance, alors même qu’elle constitue un secteur déterminant pour l’alimentation, l’emploi et l’aménagement des territoires.
À l’ouverture des travaux, le ministre gabonais de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a précisément voulu déplacer cette perception. « L’agriculteur est un entrepreneur. L’exploitation agricole est une entreprise. L’agriculture est une chaîne de valeurs », a-t-il déclaré, appelant les participants à faire émerger des entreprises agricoles capables de créer des emplois et de transformer durablement leurs territoires.
Le Bassin du Congo comme laboratoire économique
L’intérêt de l’initiative tient aussi à son ancrage géographique. Le Bassin du Congo concentre des ressources naturelles considérables et constitue un espace essentiel pour les équilibres climatiques mondiaux. Mais cette richesse écologique coexiste avec des besoins économiques et sociaux considérables, notamment pour une population jeune en quête d’activités, de revenus et de perspectives.
Le défi consiste donc à ne plus opposer développement et conservation. Une forêt préservée ne peut devenir un modèle économique durable que si les populations qui vivent autour d’elle disposent d’alternatives crédibles et de chaînes de valeur capables de rémunérer leur travail.
C’est précisément le changement de perspective défendu par l’OIF. Son représentant régional, Alphonse Waguena, a souligné la nécessité de faire émerger une génération d’acteurs économiques capables de démontrer que la protection de la nature et la création de richesses peuvent constituer « des impératifs complémentaires ».
Cette approche donne à la formation une portée qui dépasse les 30 bénéficiaires présents à Libreville. L’enjeu est de faire circuler des méthodes, des innovations et des modèles reproductibles dans plusieurs pays, afin que les initiatives individuelles puissent progressivement devenir des filières structurées.
Du projet individuel à la transformation des territoires
Le véritable indicateur de réussite ne sera donc pas le nombre de certificats délivrés à l’issue de l’atelier. Il se mesurera dans la capacité des participants à transformer les connaissances acquises en exploitations viables, en entreprises, en emplois et en solutions concrètes pour leurs communautés.
L’accès au financement restera toutefois déterminant. Former de jeunes entrepreneurs sans leur permettre ensuite d’accéder au crédit, aux marchés, aux équipements ou à l’accompagnement technique risquerait de réduire l’impact du programme. L’enjeu est désormais de construire tout l’écosystème qui permet à une idée agricole de devenir une activité rentable et durable.
Le message porté depuis Libreville est ainsi particulièrement clair : l’avenir de l’économie verte africaine ne se jouera pas uniquement dans les grandes conférences climatiques ou dans les mécanismes internationaux de financement. Il se construira aussi dans les exploitations, les coopératives, les PME agricoles et les territoires où une nouvelle génération doit apprendre à transformer durablement les ressources disponibles.
Pour le Bassin du Congo, cette évolution est stratégique. Faire de la jeunesse un moteur de l’agriculture durable revient à rapprocher trois impératifs longtemps traités séparément : sécurité alimentaire, création de richesses et protection des écosystèmes. C’est à cette condition que l’économie verte pourra cesser d’être un concept de politique publique pour devenir une réalité productive, capable de nourrir les populations, créer des emplois et donner une valeur économique durable à la préservation du patrimoine naturel.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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