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« Biens mal acquis » : Bruno Ben Moubamba « désabusé »

Libreville, 24 février 2013 (Infos Gabon) – C’est l’impression forte qui se dégage de la récente interview exclusive de Bruno Ben Moubamba à infosgabon.com

Ainsi Bruno Ben Moubamba qui a été l’un des meneurs sur le front de l’affaire des biens mal acquis, tient aujourd’hui un discours plus conciliant décliné en ces termes : « les chefs d’Etats africains gagneraient à rendre leur patrimoine plus discret, mieux protégé mais surtout en expliquer la légitimité. Tout le monde ne peut pas tranquillement disposer d’un compte bancaire bien garni non déclaré au japon ou au Qatar comme certains chefs d’Etats européens. Tout le monde ne peut non plus créer un fonds d’investissement de plus d’un milliard d’euros après un mandat présidentiel. »

Bruno Ben Moubamba semble ainsi dénoncer ce qui s’apparente au privilège du détournement discret ou noble des chefs d’Etas européens ; détournement discret s’agissant d’un compte bancaire bien garni et non déclaré au japon et au Qatar ; et détournement noble s’agissant de la création d’un fonds d’investissement d’un milliard d’euros après un mandat présidentiel.

Tout ceci par opposition aux acquisitions immobilières des chefs d’Etas africains en France : appartements chiques ; bâtiments à étages et hôtels ; certainement parce que ce sont des biens ostentatoires et non productifs économiquement.

Alors même, que ces chefs d’Etats africains payent les impôts fonciers en France et sont donc déclarés ; à la différence des chefs d’Etats européens dont les comptes bancaires seraient non déclarés au japon et au Qatar, ce qui voudrait dire qu’il s’agirait cumulativement ou individuellement, de fuite de capitaux, de fraude fiscale et d’évasion fiscale.

Ensuite Ben Moubamba ajoute que « la juge d’instruction française a écarté le plaignant Grégory Ngwa Mintsa de la procédure sur les biens mal acquis au motif qu’il n’avait pas +d’intérêt à agir+ en France. » ; que par contre, une organisation non gabonaise installée dans un pays tiers a un intérêt à agir dans cette affaire des biens mal acquis dirigé contres le défunt Chef d’Etat gabonais.

Par cette dernière nuance Bruno Ben Moubamba pose la problématique de l’instrumentalisation de cette affaire judicaire par des intérêts stratégiques divers.

D’abord, cette affaire des biens mal acquis est devenu une procédure judiciaire dont le seul plaignant est une organisation non gabonaise qui normalement ne poursuivrait donc pas des intérêts gabonais ; et s’agissant d’une organisation française ou installée en France, elle poursuivrait donc des intérêts français ; cela pose le problème de la légitimité de l’action de cette organisation non gabonaise contre ces biens supposés mal acquis parce que soupçonnés de provenir des deniers publics gabonais.

D’où que s’il y avait indemnisation entre les mains de cette organisation non gabonaise, ces fonds seraient-ils rapatriés au Gabon par cette organisation non gabonaise et sur quel fondement juridique ; bref, ne serait ce pas là le véritable détournement des ces fonds supposés en provenance des deniers publics gabonais ?

Ensuite, Bruno Ben Moubamba, explique que dans cette affaire des biens mal acquis, pour des questions « gestion du pays, la maitrise des fonds publics, l’exploitation des ressources énergétiques, on renvoie aux accords de certaines ONG avec certaines multinationales » ; ce qu’il reformule en ces termes plus clairs « la norme des biens mal acquis c’est l’émotion au service d’une politique contraire aux intérêts des peuples africains ».

Ces intérêts autres que ceux africains seraient ceux à qui profiterait de cette affaire des biens mal acquis, à savoir, à une convergence circonstancielle de certains intérêts.

La liste serait longue, mais il y aurait d’abord les intérêts de l’Etat français dans cette affaire des biens mal acquis qui exercerait une pression par le truchement de la justice française sur le patrimoine de la famille Bongo Ondimba dont le fils Ali est l’actuel Président du Gabon lancé dans une politique de diversification des partenaires au développement, qui fait craindre une réduction de la part des groupements d’intérêts économiques français dans l’économie gabonaise.

Ensuite, il y aurait les intérêts des ONG et des multinationales agissantes plus ou moins dans cette affaire par une sorte d’activisme judicaire qui permet d’entretenir ce procès et la pression commune (Etat français, ONG et multinationale) sur les dirigeants des Etats africains.

En outre, les opposants politiques aux pouvoirs en place dont les chefs sont inquiétés par ce procès, ont également intérêt dans cette pression judicaire exercée sur les biens personnels de leurs adversaires politiques ; en cela ils profitent de cette affaire pour discréditer leurs adversaires politiques au pouvoir.

Enfin, il y aurait les intérêts de peuples de ces pays si la preuve était faite que ces dirigeants se sont enrichis en détournant des deniers publics ; en revanche car il s’entend aisément en Afrique qu’un dirigeant resté longtemps aux affaires, plus de 40 ans pour Omar Bongo Ondimba, puisse se constituer un patrimoine de chef d’Etat africain, c’est-à-dire, exorbitant du droit commun ou du revenu commun.

Mais cette affaire des biens mal acquis ne resterait qu’un instrument tactique sans grande chance d’aboutir en droit faute des preuves de détournements recherchés par la justice française. En effet, ces preuves ne pourraient provenir que des documents fournis par les administrations et institutions internes aux Etats africains dont les chefs sont ainsi menacés dans leur patrimoine.

FIN/INFOSGABON/PK/MM/2013

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