Société

Bourses d’études au Gabon : L’heure du recentrage patriotique a sonné

Libreville, Mercredi 23 Juillet 2025 (Infos Gabon) – La décision de la suppression des nouvelles bourses en direction des Etats-Unis, Canada et France ne fait qu’enfler la polémique. S’il est compréhensible de vouloir s’exiler quand les débouchés semblent absents, il serait beaucoup mieux de s’inscrire dans une vision éclairée en vue d’un virage maitrisé pour tous.

Il ne s’agit plus d’une simple annonce. Le gouvernement de la République est passé à l’action : la suppression des bourses aux Etats-Unis, au Canada et en France est désormais effective à compter de l’année académique 2025/2026 pour les nouveaux étudiants. Ainsi en ont décidé les autorités.

La raison ? Ceux qui finissent leurs études dans ces pays ne rentrent pas au bercail. Au sein de l’opinion, l’incompréhension nourrie par des nombreuses répliques justificatives est totale. Les étudiants et les familles concernées ne décolèrent pas.

Question centrale : les autorités gabonaises seraient-ils dans l’ignorance du fait que les nombreux pays comme la Chine, les Dragons d’Asie, les Emirats, le Koweït ou le Japon qui s’en sortent ont misé sur le capital humain et la formation comme principal atout pour décoller ? Rien n’est moins sûr !

Dans ce contexte, l’adage « On vous montre la lune avec le doigt, mais vous ne voyez que le doigt » illustre parfaitement la réaction d’une partie de l’opinion gabonaise face à la suppression des nouvelles bourses dans les pays cités.

Beaucoup se focalisent sur la douleur immédiate — la perte de l’opportunité d’étudier à l’étranger — sans chercher à comprendre l’objectif stratégique plus large : celui de faire revenir les élites au service de la Nation.

Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, en pointant la lune, montre une vision de souveraineté et d’investissement local dans le capital humain. Or, nombreux sont ceux qui ne voient que le doigt, c’est-à-dire la décision impopulaire, sans percevoir le dessein patriotique qui la sous-tend.

Voilà pourquoi au-delà de l’émotion et des interprétations hâtives, cette décision mérite de s’appréhender dans une logique de responsabilité, d’efficacité et de réajustement stratégique. Elle ne marque pas un désengagement de l’État, mais plutôt une volonté claire de mieux orienter l’investissement national vers les étudiants qui acceptent de lier leur destin personnel à celui du Gabon.

La position du président ne consiste pas tant à remettre en cause la formation des élites à l’étranger. Loin de là. Au contraire, il en fait un levier stratégique pour accélérer le développement. Ce qu’il rejette, c’est l’exportation de talents formés aux frais du contribuable gabonais, sans retour sur investissement pour le pays. À quoi sert une diaspora diplômée si elle n’apporte ni compétence, ni innovation, ni capital humain au développement national ?

L’urgence de mieux choisir les filières et les destinations

Il y a bien plus. Une autre exigence implicite de cette réforme est celle de la rationalisation des filières. Trop d’étudiants partent à l’étranger dans des domaines peu porteurs ou saturés : gestion, communication, sciences humaines, liste non exhaustive.

Le Gabon a besoin de mathématiciens, de physiciens, d’ingénieurs, de médecins, de technologues, d’agronomes, de data scientists, de spécialistes en énergies renouvelables et en intelligence artificielle. Ce sont ces profils scientifiques que le pays devra prioriser dans l’attribution des bourses.

De plus, le choix des universités à moindres coûts mais de qualité doit être encouragé. Plusieurs pays comme la Chine, la Corée, l’Egypte, la Turquie, la Malaisie, la Russie, le Maroc, l’Inde, la Tunisie ou même certains pays d’Europe offrant d’excellentes formations scientifiques ou techniques à des tarifs abordables. L’objectif n’est pas d’envoyer les étudiants dans les grandes capitales pour le prestige, mais de garantir une formation solide, utile et financièrement soutenable.

L’État doit aussi repenser son suivi des boursiers. Il ne s’agit plus seulement d’attribuer des bourses, mais de construire un véritable cadre de pilotage : création d’un guichet unique des étudiants à l’étranger, obligation de comptes-rendus semestriels, mentorat par des professionnels, conventions de retour signées avant le départ, et sanctions claires en cas de rupture d’engagement.

Ceux qui refusent de revenir peuvent être redevables de leur bourse sous forme de remboursement progressif. En revanche, ceux qui rentrent doivent bénéficier de voies d’intégration directe dans l’administration, les entreprises publiques ou les projets stratégiques du pays.

Le Gabon a besoin de ses cerveaux. À eux de répondre présents.

On ne peut pas vouloir faire la même chose et espérer avoir des résultats différents. Le message du président est un appel au patriotisme et à la responsabilité générationnelle. La bourse d’études ne peut plus être considérée comme un droit offert sans condition. Encore que derrière tout droit se cache un devoir. Elle est un contrat moral entre la République et ses enfants. Un contrat qui engage à servir, à transmettre, à bâtir.

Si les jeunes Chinois, Coréens ou Indiens ont pu transformer leurs pays grâce au savoir acquis à l’étranger, les jeunes Gabonais peuvent, eux aussi, incarner cette relève audacieuse. Il ne s’agit pas de punir, mais d’éveiller les consciences, de remettre la formation au cœur du projet national.

Au moment où le Gabon renégocie ses partenariats miniers et industriels en exigeant la transformation locale des ressources naturelles, il devient stratégique d’intégrer les jeunes diplômés dans cette dynamique. L’État peut conditionner les conventions avec les entreprises étrangères à l’obligation d’incorporer des Gabonais formés à l’étranger dans les phases techniques des projets.

Cela permettrait non seulement leur insertion professionnelle, mais aussi un véritable transfert de compétences et de technologies vers les nationaux. Ainsi, les entreprises installées sur le sol gabonais deviendraient des vecteurs de montée en compétence pour la jeunesse.

De ce point de vue, il ne sera donc plus acceptable pour un étudiant de brandir le manque de débouchés comme justification à son exil permanent comme cela semble argué dans des nombreux commentaires. Le pays a donc intérêt de créer désormais les conditions d’un retour utile, productif et patriotique.

La formation est l’arme la plus puissante pour transformer une nation, et les grandes puissances émergentes l’ont bien compris. La Chine, les dragons d’Asie, le Koweït, les Émirats arabes unis, Singapour ou encore les pays des BRICS ont bâti leur essor en misant sur leurs cerveaux formés à l’étranger, revenus mettre leur savoir au service de leur patrie. Plus proche de nous, le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et tout le Maghreb l’ont également réalisé.

C’est en cela que la vision portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema est proactive : faire de chaque étudiant gabonais un acteur central de la reconstruction nationale. Il ne s’agit plus seulement de partir pour apprendre, mais de revenir pour bâtir. Car le développement ne se fait pas en exil, il se construit sur le terrain, avec audace, discipline et engagement.

Le Gabon a besoin de talents, hic et nunc, qui osent construire ici ce que d’autres cherchent ailleurs, avec courage, créativité et sens du devoir. Plutôt que de fuir le désert, les jeunes formés sont appelés à venir faire pousser des oasis.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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