Côte d’Ivoire : le pari agricole change d’échelle
Libreville, Mardi 04 Août 2026 (Infos Gabon) – La Côte d’Ivoire veut désormais transformer son agriculture en véritable moteur de compétitivité industrielle. À Grand-Béréby, le 31 juillet, le gouvernement a donné le signal d’un nouveau cycle pour deux filières à fort potentiel mais confrontées depuis des années à des handicaps structurels, le palmier à huile et la noix de coco.
Derrière le lancement du programme intérimaire de développement se dessine une ambition plus vaste, celle de reconstruire une filière coco fragilisée, d’augmenter les rendements du palmier à huile et, surtout, de faire davantage de la production agricole un levier de transformation locale, d’emplois et de revenus.
Le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, présente cette phase comme un test grandeur nature. Son succès doit permettre de consolider les stratégies nationales actuellement en préparation et de les déployer ensuite à une échelle beaucoup plus importante. Le choix de Grand-Béréby n’est donc pas anodin. Il traduit la volonté de replacer les territoires agricoles au centre d’une politique qui ne peut plus se limiter à l’augmentation des volumes produits.
Le cocotier comme nouvelle frontière agricole
Le chantier le plus spectaculaire concerne la filière coco. Plus de 100 000 hectares de nouveaux vergers sont envisagés sur dix ans. L’objectif répond à une réalité connue des producteurs, la faible productivité des plantations existantes et les difficultés d’accès aux exploitations villageoises.
Mais le gouvernement mise également sur un facteur nouveau. Les progrès de la recherche agronomique permettent désormais d’identifier des variétés capables d’être implantées dans plusieurs régions ivoiriennes. Cette évolution pourrait modifier la géographie même de la production et ouvrir de nouvelles perspectives à des exploitants jusqu’ici éloignés des principales zones de culture.
Le défi sera toutefois moins de planter que de construire une filière durable autour de ces plantations. La disponibilité des plants, leur certification, l’accompagnement technique, l’accès aux financements, les infrastructures rurales et les débouchés industriels devront suivre. Sans cet écosystème, l’extension des surfaces risquerait de produire davantage de terres cultivées sans garantir une hausse équivalente de la valeur créée.
C’est précisément sur cette question de la valeur ajoutée que se joue l’avenir. Le gouvernement ivoirien veut éviter que l’augmentation de la production ne se traduise uniquement par davantage de matières premières exportées.
Le palmier à huile sous pression de compétitivité
Pour le palmier à huile, l’ambition financière est encore plus considérable. Une nouvelle stratégie d’appui au développement est annoncée pour un coût global de 1 077 milliards de francs CFA.
L’équation est connue. La compétitivité passe d’abord par l’amélioration des rendements. L’accès aux engrais et aux plants certifiés doit permettre de renouveler et moderniser les vergers, tandis que la réhabilitation des pistes de desserte agricole doit réduire l’isolement de certaines plantations. Le crédit doit, lui, donner aux producteurs les moyens d’investir dans des outils de production plus performants.
Cette stratégie révèle surtout un changement de logique. L’enjeu n’est plus seulement de soutenir une filière agricole existante, mais de lui donner les moyens de résister à la concurrence et de monter en gamme. La transformation locale devient alors indispensable. Plus une partie importante de la production est transformée sur place, plus le pays peut retenir de valeur, créer des emplois industriels et augmenter les revenus associés aux chaînes de production.
Félix Anoblé, président du conseil d’administration du Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco, a ainsi insisté sur la nécessité pour les pépiniéristes de fournir des plants certifiés. Il a également placé la transformation locale au cœur de l’équation économique.
Produire davantage ne suffira plus
Le message politique porté à Grand-Béréby est finalement plus large que celui du seul développement de deux cultures. La Côte d’Ivoire cherche à passer d’une agriculture de production à une agriculture capable de structurer des chaînes industrielles complètes.
C’est là que se mesurera le véritable succès du programme. Les 100 000 hectares annoncés pour le coco et les 1 077 milliards de francs CFA mobilisés pour le palmier à huile ne produiront leur plein effet que si les producteurs disposent des infrastructures, des financements, des plants de qualité et des marchés nécessaires pour transformer leurs récoltes en revenus durables.
La promesse est donc importante, mais elle impose une obligation de résultat. La Côte d’Ivoire dispose déjà d’un poids agricole majeur. Elle veut désormais convertir ce potentiel en puissance industrielle. Pour y parvenir, il faudra moins compter sur les annonces que sur la continuité de l’investissement, la discipline de l’exécution et la capacité à faire bénéficier les producteurs de la valeur créée.
Grand-Béréby aura ainsi marqué le lancement d’un programme. Le véritable rendez-vous sera celui des prochaines années, lorsque les hectares annoncés, les financements promis et les ambitions de transformation devront se traduire dans les plantations, les usines et, surtout, dans le revenu des agriculteurs ivoiriens.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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