Crevettes royales : l’or bleu du Gabon
Libreville, Lundi 27 Avril 2026 (Infos Gabon) – Au large des côtes gabonaises, une opportunité économique prend forme. Le débarquement récent de dix tonnes de crevettes royales à Port-Gentil n’est pas un simple fait divers halieutique : il révèle, en filigrane, le potentiel stratégique d’un secteur encore sous-exploité mais porteur d’avenir.
Un signal fort venu de la mer
Cette opération, issue d’une campagne exploratoire de six mois dans la zone économique exclusive du Gabon, met en lumière l’abondance des ressources marines, notamment en crustacés de fond. Présent sur le terrain vendredi dernier, le ministre de la Mer, Aimé Martial Massamba, a tenu à mesurer concrètement la capacité du secteur privé à structurer une filière industrielle compétitive.
Au-delà du volume débarqué, c’est la démonstration d’un potentiel encore largement inexploité qui retient l’attention. Le Gabon, riche de ses eaux poissonneuses, pourrait faire de la pêche industrielle un pilier de diversification économique.
Une filière à construire
Mais entre promesse et réalité, le chemin reste long. Le principal défi réside dans la structuration de la chaîne de valeur. Infrastructures de débarquement insuffisantes, capacités de stockage limitées, logistique perfectible : autant de maillons faibles qui freinent l’essor du secteur.
Dans ce contexte, la coopération entre l’État et les opérateurs privés apparaît déterminante. L’enjeu n’est plus seulement d’exploiter la ressource, mais de la transformer localement, de la valoriser et de l’inscrire dans une dynamique industrielle durable.
Des obstacles persistants
Car les contraintes sont bien réelles. Le coût élevé du carburant pèse lourdement sur la rentabilité des campagnes de pêche. À cela s’ajoute la concurrence des importations à bas prix, qui fragilise les producteurs locaux. Enfin, certaines zones de pêche, vieillissantes ou surexploitées, nécessitent une gestion plus rigoureuse.
Les difficultés financières rencontrées par plusieurs opérateurs en 2025 témoignent de ces déséquilibres. Sans ajustement, le potentiel identifié risque de rester théorique.
Une ambition stratégique
Face à ces défis, les autorités gabonaises affichent une volonté claire : mieux réguler le secteur pour protéger la production nationale et encourager les investissements. L’objectif est ambitieux : faire de la pêche industrielle un levier de croissance, créateur d’emplois et générateur de valeur ajoutée.
Dans un pays encore dépendant des hydrocarbures, cette orientation s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique. L’« or bleu » pourrait ainsi compléter, voire renforcer, d’autres secteurs clés.
Transformer l’essai
Le signal envoyé par cette première opération est encourageant. Mais il ne constitue qu’un point de départ. Pour transformer l’essai, le Gabon devra investir, réguler et innover. Structurer une filière, c’est aussi garantir sa durabilité, préserver les ressources et assurer une compétitivité à long terme.
La mer gabonaise recèle des richesses indéniables. Reste à savoir si le pays saura les exploiter avec méthode et vision. Car dans ce secteur comme ailleurs, le potentiel n’a de valeur que s’il est concrétisé.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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