Eramet au cœur de la nouvelle guerre des minerais
Libreville, Samedi 13 Juin 2026 (Infos Gabon) – Pourquoi Washington, Abu Dhabi et Libreville se disputent désormais l’avenir du géant minier français ?
Pendant longtemps, Eramet était perçu comme un acteur industriel majeur mais relativement discret du paysage minier mondial. Cette époque semble révolue. Les discussions révélées ces derniers jours autour d’une éventuelle entrée d’investisseurs soutenus par les États-Unis et les Émirats arabes unis dans le capital du groupe français témoignent d’une réalité nouvelle. Eramet est devenu une pièce stratégique de l’échiquier mondial des matières premières critiques.
Derrière les négociations en cours se joue bien davantage qu’une opération financière. Ce qui se dessine est une confrontation silencieuse entre grandes puissances pour le contrôle des chaînes d’approvisionnement en minerais indispensables à la transition énergétique, aux technologies numériques, à l’industrie automobile et à la souveraineté industrielle du XXIème siècle.
À Paris, à Washington, à Abu Dhabi comme à Libreville, chacun a compris qu’Eramet n’est plus simplement une entreprise minière. Elle représente désormais un actif géostratégique.
Un groupe devenu indispensable
Le regain d’intérêt pour Eramet intervient alors que le groupe traverse une phase complexe de son histoire. Affectée par les turbulences du marché du nickel, par des réorganisations internes et par une pression accrue sur certaines de ses activités, l’entreprise a engagé un vaste processus de renforcement financier et de révision stratégique de son portefeuille d’actifs.
Pourtant, malgré ces difficultés conjoncturelles, Eramet conserve des atouts considérables.
Le groupe contrôle des positions majeures dans plusieurs minerais devenus essentiels à l’économie mondiale. Son leadership dans le manganèse, sa présence dans le nickel, le lithium et les sables minéralisés lui confèrent une importance croissante au moment où les États cherchent à sécuriser leurs approvisionnements face à la domination chinoise sur de nombreuses chaînes de valeur.
L’intérêt manifesté par le consortium Orion Critical Mineral Consortium, soutenu par des capitaux américains et émiratis, s’inscrit précisément dans cette logique. Créé pour financer des projets stratégiques liés aux minerais critiques, ce véhicule d’investissement dispose déjà de plusieurs milliards de dollars destinés à renforcer les chaînes d’approvisionnement des pays alliés.
L’éventualité d’une prise de participation dans Eramet montre à quel point le groupe français est désormais considéré comme un maillon clé de cette nouvelle architecture mondiale des ressources.
Le Gabon, centre de gravité du dossier
Si cette bataille financière intéresse autant les grandes puissances, c’est aussi parce qu’une partie importante de l’avenir d’Eramet se joue au Gabon.
À travers sa filiale Comilog, le groupe exploite l’un des plus importants gisements de manganèse au monde. Cette activité représente historiquement une source essentielle de revenus pour l’entreprise. Mais le contexte a profondément évolué.
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema a engagé une politique visant à renforcer la souveraineté économique du pays sur ses ressources naturelles. L’annonce de l’arrêt programmé des exportations de minerai brut à partir de 2029 et la volonté affichée de développer davantage de transformation locale traduisent cette nouvelle orientation.
Loin d’être une menace pour Eramet, cette évolution peut être interprétée comme une opportunité historique.
Depuis plusieurs décennies, le groupe a démontré sa capacité à investir durablement au Gabon, à développer des infrastructures majeures comme le Transgabonais et à contribuer à l’industrialisation progressive du pays. Les discussions engagées récemment entre Libreville et la direction d’Eramet témoignent d’une volonté commune de construire un nouveau partenariat davantage fondé sur la création de valeur locale, l’emploi qualifié et la transformation industrielle.
Dans cette perspective, la montée du Gabon au capital du groupe apparaît comme le prolongement logique d’une relation économique qui dépasse désormais le simple cadre de l’exploitation minière.
Une bataille qui dépasse l’entreprise
L’avenir d’Eramet ne concerne plus uniquement ses actionnaires. Il touche aux équilibres industriels de l’Europe, aux ambitions stratégiques des États-Unis, aux investissements croissants du Golfe dans les minerais critiques et aux aspirations du Gabon à maîtriser davantage la valeur créée à partir de ses ressources naturelles.
La question centrale n’est donc plus de savoir pourquoi Eramet attire autant de convoitises. Elle est de comprendre ce que représente désormais l’entreprise dans la compétition mondiale pour les ressources du futur.
À l’heure où les métaux critiques deviennent aussi stratégiques que le pétrole l’était au siècle dernier, Eramet apparaît comme l’un des rares groupes capables de relier les besoins des économies développées aux ambitions industrielles de l’Afrique. C’est précisément cette position unique qui explique aujourd’hui l’attention croissante de Washington, d’Abu Dhabi, de Paris et de Libreville.
Dans ce nouvel ordre économique mondial, Eramet n’est pas un acteur en difficulté que l’on cherche à sauver. C’est un acteur stratégique que les puissances cherchent à accompagner, à sécuriser et à intégrer dans la grande recomposition des chaînes d’approvisionnement du XXIème siècle.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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