Forêts : le pari du terrain au Gabon
Libreville, Vendredi 27 Mars 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon change de méthode. Longtemps pensée depuis Libreville, sa politique forestière amorce un virage stratégique : celui de l’ancrage territorial.
En scellant un accord de financement de 11,48 milliards de FCFA avec l’Agence française de développement (AFD), les autorités franchissent une étape décisive, celle de transformer une ambition écologique reconnue en capacité opérationnelle sur le terrain.
Décentraliser pour exister
Au cœur de cette nouvelle dynamique, le programme RIMOSD, un projet au nom technique mais à l’enjeu politique clair : redonner de la présence à l’État dans les zones forestières. Car la réalité est connue : hors des grands centres urbains, l’administration peine encore à s’imposer face aux défis du terrain.
Ce projet vise à corriger cette faiblesse structurelle en dotant les services déconcentrés du ministère des Eaux et Forêts d’infrastructures et d’équipements adaptés. Casernes, bases logistiques et outils techniques. Selon les initiateurs du projet, l’objectif est simple, mais fondamental, c’est-à-dire permettre à l’État d’agir là où il était jusqu’ici trop souvent absent.
Transformer la promesse écologique en pouvoir réel
Le Gabon bénéficie depuis plusieurs années d’une image solide sur la scène internationale en matière de protection des forêts. Mais cette crédibilité repose sur une exigence incontournable : la capacité à passer du discours à l’action.
Avec le RIMOSD, cette transition s’opère. Lutte contre l’exploitation illégale, surveillance des ressources, gestion des conflits homme-faune : ces missions ne peuvent être assurées sans moyens concrets. En renforçant les capacités locales, le pays cherche à combler ce fossé entre engagement politique et réalité opérationnelle.
Une stratégie systémique en construction
Ce programme ne s’inscrit pas en vase clos. Il complète un dispositif plus large qui inclut la digitalisation du cadastre forestier, l’amélioration des systèmes de traçabilité et le renforcement du corps des agents des Eaux et Forêts.
L’enjeu est de bâtir une chaîne cohérente : surveiller efficacement, contrôler en temps réel et intervenir rapidement. Une approche globale qui vise à fermer les brèches exploitées par les réseaux illégaux, souvent mieux organisés que les administrations locales.
Derrière cette montée en puissance, on retrouve une logique assumée par le pouvoir en place. Il s’agit de structurer, financer et exécuter. La conversion de dette utilisée pour financer le projet illustre cette volonté de transformer des contraintes financières en leviers stratégiques.
Un test grandeur nature pour l’État
Reste l’essentiel : l’exécution. Car l’histoire des politiques publiques africaines est jalonnée de projets ambitieux freinés par des failles dans leur mise en œuvre. Former les agents, entretenir les infrastructures, coordonner les services : autant de défis qui détermineront le succès ou l’échec du RIMOSD.
Au-delà du Gabon, ce projet pose une question plus large, essentielle pour les Africains et les afrodescendants. Comment transformer les richesses naturelles du continent en véritable puissance politique et économique, sans les laisser échapper aux logiques d’exploitation externe ?
Le RIMOSD apporte un début de réponse : en réinvestissant le territoire, en renforçant l’État et en assumant une souveraineté écologique concrète.
Entre ambition et crédibilité
Le signal envoyé est clair : le Gabon ne veut plus seulement être un modèle écologique sur le papier, mais une puissance environnementale sur le terrain. Ce basculement, s’il est réussi, pourrait inspirer bien au-delà de ses frontières.
Car au fond, la question dépasse la seule gestion des forêts : un État peut-il réellement protéger ses ressources sans être physiquement présent là où elles se trouvent ? C’est à cette équation que le Gabon tente aujourd’hui de répondre. Et c’est sur ce terrain, précisément, que se jouera la crédibilité de toute sa stratégie verte.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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