Gabon : Ali Bongo revisite 2016 et reconnaît le prix du silence
Libreville, Dimanche 23 Août 2026 (Infos Gabon) – Dix ans après la crise postélectorale de 2016, Ali Bongo Ondimba revient sur l’une des séquences les plus douloureuses de l’histoire politique récente du Gabon.
Dans un entretien accordé à Info241, l’ancien président ne cherche ni à effacer les responsabilités de l’époque ni à réécrire l’histoire. Il formule plutôt un regret politique qui résonne avec une particulière gravité aujourd’hui, celui de ne pas avoir accordé davantage de place au dialogue avant que la contestation ne bascule dans la violence.
La présidentielle d’août 2016, remportée officiellement par Ali Bongo devant Jean Ping, avait plongé le pays dans une crise majeure. La contestation des résultats avait rapidement dégénéré en affrontements, marqués notamment par des attaques contre des bâtiments publics, l’incendie de l’Assemblée nationale et l’assaut contre le quartier général de Jean Ping. Des vies avaient été perdues, tandis que le pays s’installait dans une fracture politique dont les traces demeurent sensibles.
Dix ans plus tard, Ali Bongo assume un regard différent sur cette séquence. « Chaque vie perdue était une vie de trop », affirme-t-il, renouvelant ses condoléances aux familles endeuillées. Une phrase simple, mais politiquement lourde, tant elle place désormais la valeur de la vie humaine au-dessus de toute victoire électorale ou de toute justification institutionnelle.
L’ancien chef de l’État rappelle que les autorités avaient alors été confrontées à des violences et à des attaques contre les institutions. Mais il reconnaît également que la proportionnalité de la réponse de l’État reste une question légitime. Cette nuance est importante. Elle ne constitue pas une reconnaissance de toutes les accusations formulées à l’époque, mais elle traduit une prise de distance avec une lecture exclusivement sécuritaire de la crise.
Surtout, Ali Bongo affirme qu’avec le recul, il aurait souhaité que le dialogue occupe une place plus importante afin d’empêcher l’escalade. « Aucun pouvoir ne vaut une vie gabonaise », dit-il. Cette formule résume probablement le principal enseignement qu’il tire aujourd’hui de 2016. Gouverner ne consiste pas seulement à défendre une légitimité institutionnelle. C’est aussi savoir mesurer le coût humain des décisions prises lorsque la société est au bord de la rupture.
Cette déclaration prend une dimension particulière dans le contexte politique actuel. Le Gabon a connu, depuis août 2023, une rupture institutionnelle majeure et une nouvelle architecture politique. Le débat national ne peut donc plus être enfermé dans l’affrontement entre les camps de 2016. La question devient celle de la mémoire collective et de la capacité du pays à tirer des leçons de ses crises sans transformer le passé en instrument de vengeance.
Ali Bongo dit ne pas vouloir « réécrire l’histoire ». C’est précisément là que son propos mérite d’être entendu. Une nation ne se réconcilie pas en effaçant ses épisodes douloureux, mais en acceptant de les regarder avec suffisamment de lucidité pour reconnaître les victimes, interroger les décisions prises et comprendre comment éviter leur répétition.
Les chiffres officiels de l’époque faisaient état de quelques morts, mais les violences de 2016 restent entourées de controverses et de récits divergents. Cette mémoire disputée constitue encore un obstacle à une véritable lecture apaisée de cette période.
Le regret exprimé aujourd’hui par l’ancien président ne changera pas le passé. Il peut néanmoins servir à quelque chose de plus utile. Rappeler aux responsables politiques, actuels comme futurs, qu’aucune conquête électorale, aucune institution et aucun pouvoir ne justifient que le dialogue soit abandonné jusqu’à ce que la violence devienne la seule langue encore audible.
Pour le Gabon, la véritable leçon de 2016 n’est peut-être donc pas de savoir qui avait raison, mais de comprendre pourquoi le dialogue n’a pas réussi à empêcher que des compatriotes en paient le prix.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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