Gabon-Chine : Le pari industriel du ciment
Libreville, Lundi 19 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Derrière les 500 logements envisagés avec la Chine, un autre projet pourrait peser durablement sur l’économie gabonaise. L’implantation annoncée d’une cimenterie dans la zone des Neuf Provinces placerait la production de matériaux au cœur de la stratégie de construction du pays.
À l’approche de la visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema à Pékin, du 3 au 8 novembre 2026, l’enjeu dépasse le partenariat diplomatique. Il touche à la capacité du Gabon à bâtir davantage, à mieux maîtriser ses approvisionnements et à transformer ses investissements en capacités industrielles locales.
Le 14 octobre, le chef de l’État a reçu l’ambassadeur de Chine, Zhou Ping, pour préparer ce déplacement. Selon la Présidence, les discussions ont porté sur les investissements et plusieurs projets structurants, dont la construction de 500 logements dans la zone dite des Neuf Provinces et l’installation d’une cimenterie, envisagée sur un horizon de deux ans. Les modalités financières, techniques et opérationnelles restent toutefois à préciser. Présidence de la République gabonaise.
Le ciment, matière première de la transformation
Le choix d’une cimenterie répond à une logique économique claire. Le Gabon entend accélérer la construction de logements, de routes, de ponts, de ports, d’aéroports et d’autres infrastructures nécessaires à la circulation des personnes et des marchandises. Or, sans approvisionnement régulier en ciment à un coût maîtrisé, les ambitions immobilières et les grands chantiers peuvent se heurter à des contraintes d’offre, de prix et de délais.
Le ciment occupe une place stratégique dans cette chaîne. Associé au sable, au gravier et au fer, il permet de produire le béton indispensable aux fondations, aux bâtiments et aux ouvrages d’art. Le pays dispose de ressources en granulats et développe des activités sidérurgiques, tandis que les perspectives liées au minerai de fer de Belinga et de Milingui pourraient renforcer, à terme, la disponibilité de cette matière première. Mais la présence de ressources naturelles ne garantit pas automatiquement leur transformation locale ni leur disponibilité au bon prix. Tout dépendra des capacités industrielles, de la logistique, de l’énergie et de la régularité de la production.
L’intérêt d’une nouvelle unité serait donc de rapprocher la production des besoins du marché, de réduire certains coûts d’approvisionnement et de soutenir l’activité du bâtiment. Elle pourrait aussi créer des emplois directs et indirects, favoriser le transfert de compétences et offrir des débouchés aux entreprises gabonaises de transport, de maintenance et de distribution.
Une industrie à coordonner, pas seulement à construire
Le projet s’inscrit dans un secteur où le Gabon possède déjà des acteurs industriels. CIMAF est notamment implantée à Owendo et à Ntoum. En mars 2025, le ministère du Commerce indiquait que le groupe envisageait de porter sa capacité nationale de production de 850 000 à 1,85 million de tonnes par an grâce à une troisième ligne. Ministère du Commerce. Cette perspective rend indispensable une évaluation rigoureuse de la demande, des capacités effectivement disponibles et du calendrier de mise en service des nouvelles installations.
Une cimenterie supplémentaire ne sera un atout que si elle répond à un besoin identifié et s’intègre dans une politique industrielle cohérente. Il faudra connaître sa capacité de production, ses besoins énergétiques, son modèle de financement, ses débouchés et les garanties de qualité offertes aux utilisateurs. La réputation dont aurait bénéficié le ciment chinois auprès de certains professionnels de la construction peut nourrir l’intérêt du marché, mais la compétitivité devra être démontrée par des normes vérifiables, des prix accessibles et une disponibilité constante.
La question des importations mérite également une approche pragmatique. Le Gabon a déjà recouru à des restrictions temporaires pour protéger son industrie cimentière, tout en prévoyant des dérogations en cas d’insuffisance de la production locale. L’objectif ne peut cependant être de substituer une dépendance à une autre, mais de garantir un approvisionnement fiable au service des ménages et des entreprises.
De l’annonce à la capacité de produire
La visite en Chine devra permettre de préciser la portée des engagements et les conditions de leur réalisation. L’horizon de deux ans évoqué pour la cimenterie donne une indication, mais il ne constitue pas à lui seul une garantie de livraison. Les financements, les études techniques, les infrastructures d’accès, l’approvisionnement énergétique et la formation des personnels seront déterminants.
Le même impératif vaut pour les 500 logements. Leur impact se mesurera non seulement au nombre d’unités construites, mais aussi à leur qualité, à leur coût, à leur accessibilité pour les ménages et à leur raccordement aux services essentiels.
Le partenariat sino-gabonais offre ainsi une possibilité de relier diplomatie, habitat et industrialisation. Sa réussite dépendra toutefois d’un critère concret, celui de la valeur durable créée dans le pays. Une usine ne constitue pas une réussite par sa seule inauguration, pas plus qu’un logement par sa seule livraison. Le véritable résultat sera la capacité du Gabon à produire, construire et entretenir davantage avec des compétences locales, des approvisionnements fiables et des investissements économiquement viables. C’est à cette condition que le ciment pourra devenir bien plus qu’un matériau de construction, un levier de souveraineté productive.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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