Economie

Gabon : CITP, construire au-delà du béton

Libreville, Samedi 3 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Au Salon africain des infrastructures de Libreville, le CITP a choisi de montrer ce que l’on voit rarement derrière une route, un bâtiment ou un ouvrage livré.

Vendredi 2 octobre, sur son stand, un panel consacré aux différentes étapes de la construction a ramené le débat à sa réalité industrielle. Avant le premier coup de pelle, il faut étudier. Après les terrassements viennent les ouvrages, les finitions, les contrôles, la réception, les assurances et, surtout, la capacité à maintenir dans le temps ce qui a été construit. Une démonstration qui intervient alors que le Gabon cherche à accélérer la transformation de ses infrastructures et à renforcer la participation de ses entreprises au développement national.

De l’étude à la livraison, une industrie sous contraintes

Les échanges animés par les professionnels du CITP ont permis de détailler une chaîne souvent réduite, dans le débat public, à l’exécution des travaux. Un chantier commence par les études techniques et la préparation du site. Il se poursuit par les terrassements, les différents corps d’état, les équipements et les finitions, avant les opérations de contrôle et de réception. La qualité finale dépend donc autant de la conception et de la préparation que de la réalisation proprement dite.

Cette chaîne est également soumise à des contraintes qui ne sont pas toujours maîtrisables. Pour Nathan Moussounda, ingénieur et expert du CITP, les conditions climatiques constituent l’une des difficultés importantes des travaux publics. Pluviométrie, évolution des conditions météorologiques, nature des sols et caractéristiques propres à chaque environnement peuvent modifier les conditions d’exécution et imposer des adaptations techniques.

Cette réalité prend une importance particulière au Gabon, où les infrastructures doivent composer avec des territoires et des conditions naturelles très différents. Construire rapidement ne suffit donc pas. La performance d’un chantier se mesure aussi à sa capacité à intégrer les contraintes locales, à maîtriser les risques et à garantir la durabilité de l’ouvrage.

Le CITP a profité de cette rencontre pour présenter plusieurs de ses réalisations, parmi lesquelles le palais de justice de Ntoum et le complexe de Meyang, ainsi que différents travaux routiers. L’entreprise intervient également sur le chantier d’une voie d’environ 200 mètres destinée à relier Louis à Batterie IV à Libreville, avec l’objectif de contribuer à fluidifier la circulation et à désengorger le boulevard du Bord de mer. D’autres projets concernent une liaison d’environ 30 kilomètres entre le nord de Libreville et le Cap Santa Clara, puis entre le Cap Santa Clara et le Cap Estérias. Le Business Center du boulevard Jean-Paul II figure également parmi les opérations citées.

Le chantier comme écosystème économique

Mais l’un des enseignements du panel dépasse la seule technique. Un grand chantier ne fait pas travailler uniquement l’entreprise qui en porte le marché. Il entraîne une chaîne de sous-traitants, de fournisseurs, de techniciens et de prestataires. Dans cet écosystème, le CITP indique recourir notamment à des entreprises spécialisées dans l’électricité, les communications et d’autres métiers nécessaires à l’exécution des projets.

Cette organisation donne aux infrastructures une dimension économique plus large. Chaque ouvrage peut devenir un point d’entrée pour développer des compétences locales, structurer des PME et créer des emplois autour des grands projets. La question de la sous-traitance devient dès lors un sujet de politique industrielle autant qu’une nécessité opérationnelle.

Le CITP affirme également inscrire sa démarche dans la responsabilité sociétale des entreprises. Au-delà des chantiers, cette orientation se traduit, selon ses responsables, par des actions destinées aux populations, notamment à travers la réalisation de forages pour améliorer l’accès à l’eau, ainsi que par les initiatives portées par la Fondation Seydou Kane.

La même logique apparaît dans le domaine de la formation. Interrogé par un étudiant sur l’ouverture de l’entreprise aux stagiaires et sur la place des technologies numériques dans le génie civil, Nathan Moussounda a répondu favorablement. La présence, au sein du CITP, de deux étudiants de Master 2 arrivant au terme de leur stage illustre déjà cette volonté de rapprocher la formation et l’entreprise. Dans un secteur appelé à intégrer davantage la modélisation numérique, les outils de suivi, la gestion des données et les nouvelles technologies, cette passerelle entre université et chantier devient stratégique.

Produire localement pour construire durablement

Le débat a également abordé une question devenue centrale pour les grands projets africains, celle de la disponibilité des équipements et des matériaux. Dans un environnement international marqué par les perturbations des chaînes logistiques, les entreprises ne peuvent plus dépendre exclusivement des approvisionnements extérieurs. Les difficultés de circulation des marchandises liées notamment aux tensions géopolitiques autour des grandes routes maritimes rappellent la vulnérabilité de cette dépendance.

Pour l’expert du CITP, une partie de la réponse peut se trouver dans le marché local, où des acteurs spécialisés proposent déjà des équipements et engins nécessaires aux travaux, à l’image de Tractafric et Sodim TP. La question n’est donc pas seulement de construire davantage, mais de consolider autour des chantiers une capacité nationale d’approvisionnement, de maintenance et de services.

C’est aussi le sens de l’appel lancé par Nathan Moussounda à BTP Afrique, organisateur du SAIL, pour renforcer la communication autour du salon et toucher davantage d’entreprises du secteur. L’argument est simple mais décisif. Le volume des infrastructures à réaliser dépasse les capacités d’un acteur isolé. Routes, bâtiments, énergie, eau, mobilité et équipements publics constituent un chantier collectif qui suppose de fédérer les compétences.

À travers sa participation au SAIL, le CITP défend ainsi une conception du BTP qui dépasse la livraison d’ouvrages. Le défi gabonais est désormais de transformer les infrastructures en levier de souveraineté économique, de formation, d’emploi et de développement territorial. C’est à cette condition que les routes et les bâtiments cesseront d’être de simples réalisations pour devenir les fondations d’une économie mieux connectée à ses propres entreprises, à ses compétences et à ses territoires.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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