Gabon : Comilog, le bilan d’une transformation
Libreville, Lundi 21 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Moanda, le changement de direction annoncé le 16 septembre 2026 ouvre une nouvelle séquence pour Comilog. À compter du 1er janvier 2027, Issempedjeno Ngaka succédera à Léod-Paul Batolo à la tête de la filiale gabonaise d’Eramet, après près de huit années de direction.
Au-delà de la succession des dirigeants, le passage de relais invite surtout à regarder ce que Comilog a construit entre 2019 et 2026. Production en hausse, sécurité profondément renforcée, nouveaux gisements, investissements industriels, emplois, infrastructures et développement communautaire dessinent le bilan d’une entreprise qui a changé d’échelle tout en consolidant son poids dans l’économie gabonaise.
Une croissance industrielle accompagnée d’un changement de méthode
Le premier marqueur est celui des volumes. Selon le bilan de la période, la production est passée de 4,6 millions de tonnes en 2019 à 6,9 millions en 2026, soit une progression d’environ 50 %. Les volumes embarqués ont parallèlement progressé de 4,6 à 6,6 millions de tonnes. Cette trajectoire s’est appuyée notamment sur l’entrée en production d’Okouma en 2020 et le lancement de Jeroboam en 2022, deux développements qui ont contribué à élargir la capacité minière.
L’année 2022 constitue un autre jalon avec un rythme de production et d’embarquement atteignant, en fin d’exercice, l’équivalent de 10 millions de tonnes annuelles selon le bilan transmis. La modernisation ne s’est cependant pas limitée aux volumes. Digitalisation, pilotage à distance, renouvellement des équipements, modernisation du rail et amélioration des standards opérationnels ont accompagné cette montée en puissance.
L’un des indicateurs les plus significatifs concerne la sécurité. Le TF2, indicateur de fréquence des accidents avec arrêt, est passé de 3,3 en 2019 à 0,12 en 2026, soit une baisse annoncée de 96 %. Cette évolution est importante parce qu’elle ne mesure pas seulement une performance industrielle. Elle traduit aussi la transformation des pratiques de prévention, de formation et de responsabilisation sur les différents sites de l’entreprise.
De la mine aux territoires
Le bilan de Batolo ne se résume toutefois pas à la production de manganèse. Une partie importante de la période aura été consacrée à la relation entre l’activité minière et les territoires. En 2020, Comilog et l’État gabonais ont ainsi conclu un addendum à la convention minière créant deux mécanismes dédiés au développement des communautés locales, avec un fonds alimenté par une partie des taxes versées par l’entreprise et un fonds RSE porté par Comilog.
Les résultats présentés pour 2019-2026 font état de trois opérations majeures de relocalisation, de 417 logements livrés à la Cité Lekolo 2 et de 1 236 personnes concernées. Plus de 300 projets auraient également été financés par le Fonds d’Amorçage en 2024 et 2025, avec 308 emplois créés directement dans les communautés. À cela s’ajoutent 88 projets d’investissement communautaire recensés entre 2021 et 2025.
Cette politique répond à une question centrale pour une industrie extractive. Comment transformer une ressource non renouvelable en bénéfices durables pour les populations qui vivent autour des sites d’exploitation ? Fablab de Moanda, initiatives entrepreneuriales, infrastructures, formation et diversification économique participent de cette volonté de construire un écosystème qui ne dépende pas exclusivement de la mine.
L’impact économique national constitue l’autre dimension du bilan. Le dossier fait état de 575 millions d’euros investis entre 2018 et 2025 et de 813 milliards de FCFA de taxes et redevances versées à l’État sur la même période. Les effectifs seraient passés de 1 906 à 2 135 équivalents temps plein entre 2019 et 2026. Comilog demeure par ailleurs un actif central du portefeuille gabonais d’Eramet et l’entreprise indique représenter en moyenne 47 % de l’EBITDA du groupe sur la période considérée.
Le passage de témoin et le prochain défi
Cette transformation s’inscrit dans une histoire plus longue que les seules années Batolo. Elle prolonge les investissements, les infrastructures et les choix industriels engagés par les équipes précédentes ainsi que la stratégie d’Eramet au Gabon. Le bilan de 2019-2026 doit donc être lu comme une étape supplémentaire dans une trajectoire industrielle construite sur plusieurs décennies.
Les dernières années ont également préparé de nouveaux chantiers. Comilog affirme vouloir poursuivre la réduction de son empreinte environnementale, renforcer le dialogue avec les communautés et inscrire ses activités dans des standards internationaux plus exigeants. L’entreprise prévoit notamment que l’ensemble de ses activités soit audité d’ici 2027 selon le standard IRMA, consacré à l’évaluation des pratiques minières responsables.
Mais le défi majeur de la prochaine période se situe ailleurs, dans la transformation locale du minerai. Le Gabon cherche désormais à dépasser le simple rôle de producteur et à accroître la valeur créée sur son territoire. Pour Comilog, cela signifie poursuivre la transformation métallurgique du manganèse, développer les compétences, renforcer les infrastructures et améliorer la part de valeur captée localement.
C’est précisément sur cette nouvelle étape que sera attendu Issempedjeno Ngaka. Son mandat commencera avec un héritage industriel renforcé, des outils modernisés, une performance de sécurité nettement améliorée et une présence économique consolidée. Le véritable enjeu du passage de témoin ne sera donc pas de recommencer l’histoire, mais de transformer les acquis des huit dernières années en un nouveau cycle de croissance plus intégré au tissu économique gabonais.
Le bilan 2019-2026 laisse ainsi une entreprise plus productive, plus structurée et davantage engagée dans ses territoires. La prochaine bataille sera de faire de cette puissance minière un levier encore plus important de transformation locale. C’est là que se mesurera la portée réelle de la succession ouverte en 2027.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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