Economie

Gabon : Énergie, la CEMAC veut reprendre le contrôle de sa donnée

Libreville, Mardi 22 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Libreville, la CEMAC tente de résoudre un problème moins visible que les déficits d’électricité, mais tout aussi déterminant pour l’avenir énergétique de l’Afrique centrale. Depuis le lundi 21 septembre, des experts des six États membres travaillent à la construction d’un système régional capable de faire parler des données aujourd’hui dispersées entre administrations, opérateurs et institutions.

Derrière cette initiative soutenue par la Commission africaine de l’énergie, AFREC, et ses partenaires techniques et financiers, se joue une question essentielle pour la région, celle de sa capacité à connaître précisément ses ressources, ses besoins et ses vulnérabilités afin de mieux décider et mieux investir.

Le projet de Système d’information énergétique de la CEMAC ne consiste donc pas à créer une nouvelle base de données supplémentaire. Il vise à construire une architecture commune reliant les systèmes nationaux au dispositif communautaire, puis au système continental porté par l’AFREC. Électricité, hydrocarbures, biomasse, renouvelables, infrastructures, prix, consommation ou échanges doivent pouvoir être recensés selon des méthodes compatibles et produire des informations comparables. C’est précisément cette absence d’harmonisation qui complique aujourd’hui la lecture régionale du secteur énergétique.

Une infrastructure invisible mais stratégique

L’enjeu est considérable. Une politique énergétique crédible commence par une connaissance fiable de l’existant. Sans statistiques cohérentes, il devient plus difficile d’anticiper la demande, de mesurer les déficits, de planifier les réseaux, d’évaluer les besoins d’investissement ou de comparer les performances entre pays.

Pour la CEMAC, l’objectif est donc de transformer la donnée en infrastructure décisionnelle. Les États conserveraient la responsabilité de produire et de garantir leurs informations, tandis que l’échelon communautaire établirait les standards communs, assurerait la consolidation et la comparabilité. L’AFREC apporterait son expertise méthodologique et faciliterait l’intégration au système continental.

Cette organisation répond aussi à une question de souveraineté. Mieux documenter les ressources et les dépendances énergétiques permet aux États de disposer d’une base plus solide pour définir leurs politiques et défendre leurs intérêts dans les négociations internationales. La donnée devient alors un actif stratégique au même titre que les infrastructures qu’elle permet de planifier.

Le vrai test sera celui de l’exécution

Libreville accueille cette étape après une mission de benchmarking menée à Alger du 5 au 7 avril 2026, destinée notamment à tirer des enseignements du fonctionnement du système africain d’information énergétique. Les experts réunis cette semaine doivent désormais passer de l’expérience comparée à un dispositif adapté aux réalités institutionnelles et techniques de la CEMAC.

Le calendrier est particulièrement exigeant. Les travaux doivent aboutir à un rapport consolidé, à des plans d’action nationaux clarifiés et budgétisés, à un dispositif communautaire finalisé ainsi qu’à une feuille de route régionale assortie d’échéances et d’indicateurs. Une déclaration ministérielle commune doit également être préparée pour la réunion de haut niveau des 24 et 25 septembre.

C’est ici que se situe la principale difficulté. La région ne manque pas seulement de données. Elle doit surtout garantir leur qualité, leur actualisation, leur circulation et leur financement dans la durée. Nicolas Beyeme Nguema, commissaire de la CEMAC, a précisément insisté sur la nécessité de transformer la base de travail existante en un dispositif opérationnel, pérenne et durable.

De la statistique à la souveraineté énergétique

Le projet intervient dans un contexte où les États d’Afrique centrale cherchent à renforcer leur planification énergétique et à mobiliser davantage de financements pour leurs infrastructures. La Banque mondiale accompagne par ailleurs des travaux de planification énergétique au Gabon, notamment sur l’actualisation du schéma de production, transport et distribution électrique à l’horizon 2045.

La démarche de Libreville pourrait ainsi dépasser largement le cadre statistique. Si elle aboutit, la CEMAC disposera d’un langage commun pour mesurer son système énergétique, identifier ses écarts et orienter ses investissements. Elle pourra aussi mieux articuler les politiques nationales avec les ambitions continentales.

Le véritable succès ne sera toutefois pas la création d’une plateforme. Il se mesurera à la capacité des administrations à produire régulièrement des données fiables, à les partager selon des règles communes et surtout à les utiliser pour prendre de meilleures décisions. Dans une région où les ambitions énergétiques sont considérables mais où les contraintes d’infrastructures et de financement demeurent fortes, savoir précisément ce que l’on possède, ce que l’on consomme et ce qui manque constitue déjà une forme de puissance. À Libreville, la CEMAC tente désormais de transformer cette connaissance en instrument de politique énergétique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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