Economie

Gabon : Etéké, l’or devra aussi profiter à la Ngounié

Libreville, Mardi 29 Septembre 2026 (Infos Gabon) – À Etéké, dans la Ngounié, le véritable enjeu du projet aurifère ne sera pas seulement la quantité d’or extraite du sous-sol. Il se mesurera à ce que cette richesse laissera derrière elle.

Alors que Managem engage une nouvelle étape avec l’actualisation de l’étude d’impact environnemental et social et le lancement des consultations publiques, le projet entre dans une phase où les promesses devront progressivement céder la place aux résultats mesurables.

Pour les populations riveraines, la question est désormais concrète. Combien d’emplois seront réellement accessibles aux Gabonais de la province ? Quelle part des marchés ira aux PME locales ? Les infrastructures construites pour la mine bénéficieront-elles aussi aux villages voisins ? Et quelles recettes resteront durablement dans les territoires concernés ? Derrière ces interrogations se joue une question plus large pour le Gabon, celle de la capacité à transformer l’exploitation des ressources naturelles en développement économique partagé.

Le premier gisement de valeur sera humain

Le calendrier annoncé prévoit une phase de chantier sur 2026 et 2027, avec une exploitation organisée autour de plusieurs zones du gisement. Les premières productions d’or n’interviendront qu’après l’aménagement et la mise en service des installations. Cette progression par étapes est essentielle à comprendre. L’actualisation des études et les consultations ne constituent pas encore le démarrage de la production, mais elles doivent permettre d’en fixer les conditions techniques, environnementales et sociales.

L’emploi sera l’un des premiers indicateurs de réussite. Une mine moderne mobilise des géologues, métallurgistes, ingénieurs, techniciens de maintenance, conducteurs d’engins, spécialistes de la sécurité ou encore logisticiens. Le nombre de postes annoncés importera donc moins que leur qualité et leur accessibilité. Si les fonctions les plus qualifiées sont durablement occupées par une main-d’œuvre venue de l’extérieur, l’effet sur le tissu économique régional restera limité.

À l’inverse, des programmes de formation construits en amont peuvent permettre à Etéké de faire émerger un véritable bassin de compétences dans la Ngounié. L’enjeu dépasse alors la durée de vie de la mine. Il s’agit de donner à une génération de travailleurs des qualifications réutilisables dans d’autres secteurs industriels.

Les PME locales seront un autre test décisif

L’impact économique d’un complexe minier ne se lit pas uniquement dans sa masse salariale. Il se vérifie aussi dans ses achats. Transport, restauration, gardiennage, maintenance, fournitures, construction ou services techniques représentent autant de marchés susceptibles de faire grandir les entreprises locales.

Pour les PME de la Ngounié, l’arrivée d’un opérateur industriel de cette dimension peut constituer un accélérateur de croissance. Encore faut-il qu’elles puissent accéder aux marchés, répondre aux standards exigés et disposer des capacités financières et techniques nécessaires. La responsabilité sera donc partagée entre l’exploitant, qui devra favoriser un véritable contenu local, et les entreprises régionales, qui devront se préparer à ces exigences.

La même logique vaut pour les infrastructures. Une mine doit disposer de routes, d’électricité, d’eau et de télécommunications. Si ces investissements sont conçus uniquement pour la concession, leur effet territorial restera limité. S’ils sont pensés avec les pouvoirs publics pour servir également les communautés voisines, ils peuvent contribuer au désenclavement et faciliter l’émergence d’autres activités, notamment agricoles et commerciales.

L’or devra se mesurer à ses conséquences

L’autre dossier sensible concerne les orpailleurs artisanaux. L’installation d’un complexe industriel modifie nécessairement les conditions d’accès au foncier et aux zones d’exploitation. La création d’emplois formels peut offrir de nouvelles perspectives, mais elle peut aussi fragiliser des activités informelles qui font vivre certaines familles. Une transition durable suppose donc des solutions crédibles de reconversion ou d’intégration.

La question environnementale sera tout aussi déterminante. L’extraction et le traitement de l’or exigent un contrôle strict des procédés utilisés et de leurs effets potentiels sur les sols, les eaux, les forêts et la santé des populations. L’actualisation de l’EIES et les consultations publiques doivent précisément permettre d’identifier ces risques et de définir les mécanismes de prévention et de surveillance. Mais la crédibilité du dispositif se jugera surtout pendant l’exploitation, à travers la régularité et la transparence du contrôle.

Au fond, le projet d’Etéké sera évalué sur des données beaucoup plus parlantes qu’une production annuelle d’or. Il faudra regarder la proportion de Gabonais dans les effectifs et l’encadrement, la valeur des contrats attribués aux entreprises locales, l’état des infrastructures partagées, les taxes et redevances effectivement perçues ainsi que la protection durable de l’environnement et des populations.

C’est à cette condition que l’or d’Etéké pourra devenir davantage qu’une richesse extraite du sous-sol. Le véritable succès du projet se jouera dans sa capacité à convertir une ressource minière en compétences, en entreprises, en infrastructures et en revenus durables pour la Ngounié et, au-delà, pour l’économie gabonaise.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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