Economie

Gabon : La bataille de la crédibilité

Libreville, Vendredi 29 Mai 2026 (Infos Gabon) – Cent jours après l’installation du gouvernement gabonais, un ministère concentrait toutes les attentes, toutes les inquiétudes et une grande partie des espoirs économiques du pays. Celui de l’Économie et des Finances.

Face aux journalistes de Gabon 1ère, le ministre Thierry Minko et le ministre délégué chargé du Budget, Marc Abeghe, se sont livrés à un exercice aussi politique que technique. Celui d’un premier bilan destiné à convaincre une opinion publique confrontée à la hausse persistante du coût de la vie, aux lenteurs administratives et à l’exigence d’un redressement économique rapide.

Loin d’un simple exercice d’autosatisfaction, cette séquence a surtout révélé la complexité du passage engagé par les nouvelles autorités gabonaises. Car derrière les annonces de réformes, les opérations commerciales et les ambitions affichées, se dessine une bataille beaucoup plus profonde autour de la crédibilité financière de l’État, de la modernisation de l’administration et de la capacité du pouvoir à restaurer la confiance.

Thierry Minko a d’ailleurs choisi d’assumer une posture de réalisme politique. « En 100 jours, tout ne pouvait pas être fait », a-t-il reconnu publiquement. Une phrase qui résume à elle seule l’équilibre délicat entre urgence sociale et contraintes budgétaires.

Vie chère, pouvoir d’achat et défi social

Le dossier le plus sensible reste celui du pouvoir d’achat. Dans un pays où les prix de denrées alimentaires demeurent élevés malgré les annonces gouvernementales, la pression populaire reste forte. Tomates, viande, huile alimentaire, riz ou produits importés continuent de peser lourdement sur les ménages.

Le gouvernement affirme néanmoins avoir engagé plusieurs mesures correctives. Première décision symbolique, la suspension de la taxe de 5 % sur les produits de première nécessité introduite dans la loi de finances 2026. Une mesure présentée comme un frein immédiat à l’inflation alimentaire.

Dans la même logique, l’exécutif a lancé une Centrale d’achat destinée à réduire les coûts d’approvisionnement et à casser certains circuits spéculatifs. Le « Méga Marché » organisé au stade d’Angondjé a servi de vitrine à cette politique. Le sac de riz de 44 kilos y était proposé à 20 000 FCFA contre parfois près de 28 000 FCFA dans les circuits classiques.

Le gouvernement veut désormais transformer cette expérience ponctuelle en dispositif durable grâce à un réseau de commerces partenaires labellisés « Centrale d’achat », déjà opérationnel à Libreville, Port-Gentil et dans plusieurs villes de l’intérieur.

Mais Thierry Minko reconnaît lui-même que les effets restent encore insuffisamment perceptibles pour une grande partie de la population. Le ministre évoque un déficit de communication mais aussi les difficultés logistiques qui continuent d’affecter l’approvisionnement du marché national.

FMI, dette et retour de la crédibilité financière

Au-delà de la vie chère, le gouvernement joue une autre bataille, moins visible mais décisive. Celle de la crédibilité financière internationale du Gabon.

Après plusieurs mois d’incertitude, Libreville a renoué officiellement le dialogue avec le Fonds monétaire international (FMI). Une délégation du FMI s’est rendue dans la capitale gabonaise et un accord préliminaire autour d’un futur programme économique a été obtenu.

Pour Thierry Minko, cette reprise de coopération constitue un signal majeur adressé aux marchés financiers et aux bailleurs internationaux. Le ministre assume pleinement ce rapprochement avec une institution souvent contestée dans l’opinion publique africaine. Selon lui, le FMI demeure un « partenaire sérieux et crédible » capable de restaurer la confiance des investisseurs.

Dans le même temps, le gouvernement tente d’assainir les finances publiques. Audit de la dette contentieuse, contrôle des dépenses administratives, réforme des procédures budgétaires, réduction des loyers publics, régularisation de plus de 14 000 situations salariales et paiement de près de 70 milliards FCFA de rappels de solde figurent parmi les principaux chantiers engagés.

Le stock de la dette publique atteint désormais environ 8 700 milliards FCFA. Un niveau élevé mais que le ministre considère comme « maîtrisable » à condition que l’endettement finance des projets productifs et structurants.

Le mégaprojet ferroviaire Belinga-Mayumba accompagné d’un port en eau profonde illustre cette doctrine. Selon les projections gouvernementales, ce corridor pourrait générer près de 10 000 emplois directs et transformer durablement la géographie économique du pays.

Digitalisation, réformes et bataille contre les lenteurs administratives

L’autre pilier du programme gouvernemental repose sur la modernisation numérique de l’administration financière. Le lancement du SYFIP, nouveau Système intégré de gestion des finances publiques appelé à remplacer l’ancien logiciel Vectis, symbolise cette ambition.

L’objectif est clair. Interconnecter les impôts, les douanes, le Trésor et la gestion de la dette afin d’améliorer la traçabilité des opérations et de réduire les risques de corruption.

Mais là encore, le chantier reste immense. Le système Digitax demeure partiellement déployé, la dématérialisation douanière reste incomplète et plusieurs modules du système Sydonia World ne sont pas encore totalement opérationnels.

Le gouvernement revendique néanmoins des progrès sur le climat des affaires. La création d’entreprise serait désormais ramenée à 48 heures contre près de deux mois auparavant. Les PME gabonaises bénéficient également d’une réservation de marchés publics pouvant atteindre 150 millions FCFA.

Pourtant, plusieurs dossiers stratégiques demeurent inachevés. Réforme du système de retraite, fonds sectoriels dédiés à l’agriculture, à l’énergie ou aux infrastructures, restructuration de la filière avicole et sécurisation complète de la dette publique figurent encore parmi les grands chantiers en attente.

À travers ce premier bilan, une réalité apparaît clairement. Le ministère de l’Économie et des Finances porte désormais une part essentielle de la crédibilité politique du pouvoir gabonais. Entre urgence sociale, exigences des bailleurs internationaux et ambitions de transformation économique, Thierry Minko et Marc Abeghe avancent sur une ligne étroite.

Le gouvernement affiche déjà une ambition spectaculaire, porter à terme la croissance économique du Gabon à 10 %, après une projection de 4 % en 2026, supérieure à la moyenne sous-régionale estimée à 2 %.

Reste désormais l’épreuve décisive. Transformer les annonces techniques en résultats visibles pour une population qui attend moins des promesses que des changements concrets dans son quotidien.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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