Economie

Gabon, la fibre gagne du terrain

Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon ne construit plus seulement un réseau de télécommunications. Il cherche à bâtir une infrastructure capable de rapprocher ses territoires, d’accélérer la transformation de son économie et de réduire les écarts numériques entre les provinces. La mise en service, mardi à Fougamou, du centre technique du tronçon de fibre optique Lambaréné-Mouila marque une nouvelle étape de cette stratégie.

Long de 196 kilomètres, ce raccordement doit désormais intégrer plus fortement la Ngounié au Backbone national et ouvrir la voie à une extension future vers Tchibanga.

La cérémonie a été présidée par le ministre de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation, Mark-Alexandre Doumba. Réalisé et préfinancé par Moov Africa Gabon Télécom à travers Gabon Fiber, le tronçon permet de raccorder effectivement Fougamou et Mouila au réseau national. Pour l’opérateur, cette nouvelle dorsale doit accroître les capacités de transmission et améliorer la qualité des services numériques proposés aux populations, aux entreprises et aux administrations.

L’enjeu dépasse toutefois la seule performance technique. Dans un pays où les disparités territoriales restent un défi de développement, chaque nouvelle liaison à haut débit modifie potentiellement les conditions d’accès aux services publics, à l’éducation, aux activités économiques et aux investissements.

La fibre comme nouvel outil d’aménagement

L’arrivée de la fibre à Fougamou et Mouila change la nature de la connectivité disponible dans ces territoires. Les anciennes liaisons radio peuvent progressivement être relayées par une infrastructure offrant des capacités de transmission supérieures et davantage de possibilités pour développer des usages numériques.

Pour les administrations, cela signifie notamment de meilleures conditions pour déployer des services dématérialisés. Pour les entreprises, une connexion plus fiable peut faciliter les échanges de données, les transactions, le travail à distance ou encore l’accès aux marchés. Pour les populations, elle peut favoriser l’accès à l’information, à la formation et à de nouveaux services.

Le directeur général de la Société de patrimoine des infrastructures numériques, Mahoukou Bitchinda, a présenté cette réalisation comme une étape importante du processus de transformation numérique. Selon les responsables du projet, huit provinces sont désormais connectées à la fibre optique.

Cette progression doit néanmoins être appréciée avec une exigence particulière. Une infrastructure numérique ne produit sa pleine valeur que lorsqu’elle est effectivement utilisée. Le défi sera donc de transformer les kilomètres de fibre construits en services accessibles, en entreprises connectées, en activités nouvelles et en gains réels de productivité.

Un modèle fondé sur l’investissement partagé

Le projet Lambaréné-Mouila illustre également une évolution dans la manière de financer les infrastructures numériques. Son préfinancement et sa réalisation par Moov Africa Gabon Télécom à travers Gabon Fiber montrent que l’accélération du déploiement repose aussi sur la capacité à mobiliser le secteur privé aux côtés de l’État.

Cette approche prend toute son importance au regard de l’ambition affichée. Le programme d’extension du Backbone prévoit 1 651 kilomètres supplémentaires. À terme, le réseau national doit passer de 1 782 à 3 433 kilomètres de fibre optique.

Le véritable défi sera donc de garantir la cohérence de cet ensemble. Construire rapidement ne suffira pas. Il faudra assurer l’interconnexion des infrastructures, leur maintenance, leur sécurisation et leur exploitation dans la durée. La puissance publique devra également veiller à ce que les investissements servent une logique d’équilibre territorial et ne se concentrent pas uniquement sur les zones présentant le meilleur potentiel commercial.

Le centre technique de Fougamou prend ici une importance particulière. Il doit sécuriser les flux de données et distribuer la capacité numérique vers Fougamou et Mouila. Il constitue aussi un point d’appui pour la prochaine extension envisagée vers Tchibanga, dans la Nyanga.

De la couverture numérique à la souveraineté

Cette progression du réseau doit finalement être replacée dans une ambition plus large. Pour le Gabon, disposer d’un Backbone national étendu et sécurisé participe désormais à la souveraineté numérique. Les infrastructures qui transportent les données sont devenues aussi stratégiques que celles qui acheminent l’électricité, l’eau ou les marchandises.

Un pays qui veut moderniser son administration, développer ses entreprises, attirer des investisseurs et faire émerger une économie numérique ne peut durablement dépendre d’une connectivité inégalement répartie. La fibre devient donc un outil de compétitivité, mais aussi un instrument d’intégration territoriale.

La mise en service de Lambaréné-Mouila ne doit ainsi pas être considérée comme l’aboutissement d’un chantier isolé. Elle constitue une pièce d’un programme plus vaste dont la réussite dépendra de la capacité du Gabon à transformer ses infrastructures en usages et ses usages en valeur économique.

Le prochain indicateur ne sera donc pas le nombre de kilomètres supplémentaires posés, mais ce que ces kilomètres permettront de produire. Si la fibre rapproche effectivement les administrations, stimule les entreprises, facilite l’accès aux services et crée de nouvelles opportunités dans les provinces, alors le Gabon aura franchi une étape décisive. La véritable révolution numérique ne se mesure pas dans les câbles enterrés, mais dans la capacité d’un territoire à devenir plus connecté, plus productif et plus autonome.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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