Politique

Gabon : La transparence au défi de la valeur

Libreville, Vendredi 9 Octobre 2026 (Infos Gabon) – À Bruxelles, le Gabon ne vient pas seulement parler de transparence. Il vient exposer une nouvelle manière de regarder ses ressources naturelles, à un moment où le pétrole, le manganèse et les minerais stratégiques se trouvent au cœur des rivalités économiques, de la transition énergétique et des stratégies de souveraineté.

Les 8 et 9 octobre, la 10ème Conférence mondiale de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE), placée sous le thème « La transparence pour une prospérité partagée », offre ainsi à Libreville une tribune internationale, mais surtout un test de crédibilité.

Conduite par le ministre délégué chargé du Budget, Marc Abeghe, la délégation gabonaise participe aux échanges réunissant États producteurs, entreprises, institutions internationales et organisations de la société civile. Lors du Forum des dirigeants, le ministre a réaffirmé l’engagement du Gabon en faveur d’une gouvernance plus transparente des revenus issus du pétrole et des mines.

Cette présence intervient dans un contexte particulier. Après une première participation à l’ITIE entre 2004 et 2013, le Gabon a réintégré l’Initiative en 2021. Le pays siège désormais au Conseil d’administration en qualité d’administrateur suppléant. Ce retour traduit une volonté de réinscrire la gestion des ressources extractives dans un cadre international de contrôle, de dialogue et de publication de données.

De la transparence déclarée à la donnée vérifiable

Le véritable sujet n’est toutefois plus seulement celui de l’adhésion à des principes. Il est celui de la qualité de l’information produite et de la capacité de l’État à la rendre exploitable.

Le Gabon met notamment en avant la digitalisation de ses administrations, à travers le projet Gabon Digital, pour améliorer l’accès aux données et leur fiabilité. L’objectif est de mieux croiser les informations détenues par les administrations chargées de la collecte, du recouvrement et de la centralisation des recettes avec celles communiquées par les entreprises et les travaux de la Cour des comptes.

Cette évolution est déterminante. Dans les industries extractives, la transparence n’a de portée que si les données permettent de reconstituer une chaîne cohérente, depuis la production jusqu’aux revenus effectivement perçus par l’État. Une information disponible mais fragmentée, tardive ou difficilement vérifiable ne suffit pas à établir une véritable traçabilité.

La digitalisation peut précisément réduire ces zones d’ombre. Elle peut permettre de rapprocher les données fiscales, douanières, minières, pétrolières et budgétaires afin de mieux mesurer les flux et les recettes. Mais la technologie ne constitue qu’un outil. Son efficacité dépendra de la qualité des données, de la coordination administrative et de la capacité des institutions de contrôle à exploiter les informations disponibles.

L’extractif face à la nouvelle économie mondiale

La conférence de Bruxelles intervient également à un moment où la valeur stratégique des ressources naturelles évolue rapidement. La transition énergétique accroît la demande pour certains minerais, tandis que les États producteurs cherchent à ne plus rester cantonnés au rôle de fournisseurs de matières premières.

Pour le Gabon, cette mutation pose une question centrale : comment transformer davantage de ressources naturelles en valeur ajoutée nationale ?

La réponse ne se limite pas à augmenter les volumes extraits. Elle implique de mieux connaître les flux, de sécuriser les recettes publiques, de renforcer la transformation locale, de développer les compétences et d’accroître la part de valeur créée sur le territoire. La traçabilité devient alors un instrument économique autant qu’un outil de gouvernance.

Elle peut aussi renforcer la confiance des investisseurs. Dans un environnement international où les entreprises et les financeurs accordent une importance croissante aux critères de gouvernance, d’intégrité et de traçabilité, la qualité des informations publiques devient un élément de compétitivité.

Pour les pays producteurs, la transparence peut ainsi devenir un avantage lorsqu’elle permet de démontrer que les ressources sont exploitées dans un cadre prévisible, que les recettes sont identifiables et que leur utilisation peut être contrôlée.

Le véritable test sera national

Le Gabon peut tirer de Bruxelles des enseignements, des partenariats et une meilleure compréhension des nouvelles exigences internationales. Mais la portée de cette participation se mesurera surtout au retour, lorsque les principes discutés dans les enceintes internationales devront se traduire dans les administrations, les entreprises et les territoires.

L’enjeu dépasse donc la réputation du pays. Il concerne directement sa souveraineté économique. Mieux connaître ses ressources, leurs revenus et leurs circuits de valorisation donne à l’État davantage de capacité pour négocier, planifier et orienter son développement.

C’est dans cette perspective que la transparence prend tout son sens. Elle ne doit pas être conçue comme une obligation imposée de l’extérieur, mais comme une infrastructure de confiance au service de la politique économique.

La participation du Gabon à la 10e Conférence mondiale de l’ITIE constitue ainsi une étape dans un processus plus large. Le pays affirme vouloir renforcer l’intégrité, la bonne gouvernance et la rigueur dans la gestion publique. La prochaine étape sera de démontrer que ces principes produisent des données fiables, des recettes mieux maîtrisées et davantage de valeur pour l’économie nationale.

À Bruxelles, le Gabon parle de transparence. Mais son véritable rendez-vous est ailleurs : dans sa capacité à faire de cette transparence un instrument de souveraineté, de crédibilité et de prospérité partagée.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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