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Gabon : Le cancer, la nouvelle fracture sanitaire africaine

Libreville, Lundi 18 Mai 2026 (Infos Gabon) – À Genève, dans les couloirs feutrés du Commonwealth Health Coordination Forum, une inquiétude s’est imposée avec force parmi les responsables de santé publique venus d’Afrique, d’Asie et des Caraïbes. Le cancer progresse désormais sur le continent africain à une vitesse qui menace d’ébranler des systèmes sanitaires encore largement construits pour combattre les maladies infectieuses.

Pour le Gabon, représenté par la ministre de la Santé, le Pr Elsa Nkana Joséphine Ayo-Bivigou, le message est clair. L’Afrique entre dans une nouvelle bataille sanitaire, plus silencieuse, plus coûteuse et potentiellement plus déstabilisatrice encore.

Pendant des décennies, les politiques sanitaires africaines se sont principalement concentrées sur le paludisme, le VIH/sida, la tuberculose ou encore les épidémies virales. Mais le continent connaît désormais une profonde transition épidémiologique. Les maladies non transmissibles, notamment les cancers, le diabète, l’hypertension ou les maladies cardiovasculaires, prennent progressivement le relais comme principales menaces sanitaires.

Cette évolution bouleverse les équilibres des systèmes de santé africains. Car contrairement aux maladies infectieuses, les cancers exigent des infrastructures lourdes, des équipements technologiques sophistiqués, des traitements coûteux et des personnels hautement spécialisés dont beaucoup de pays manquent encore cruellement.

L’Afrique face à une bombe sanitaire silencieuse

Les chiffres inquiètent désormais les organisations internationales. Dans de nombreux pays africains à revenus faibles et intermédiaires, les cancers sont diagnostiqués tardivement, souvent à des stades avancés où les chances de survie diminuent considérablement.

À Genève, les experts du Commonwealth ont alerté sur plusieurs facteurs aggravants, dont l’insuffisance des programmes de dépistage, l’accès limité à l’imagerie médicale, la pénurie d’oncologues, les coûts prohibitifs des traitements et les inégalités territoriales dans l’accès aux soins.

Le continent paie aujourd’hui plusieurs décennies de sous-investissement dans la prise en charge des maladies chroniques. Les infrastructures hospitalières africaines ont longtemps été conçues pour répondre aux urgences infectieuses et non à des pathologies nécessitant un suivi complexe et de longue durée.

Dans plusieurs États, les patients doivent parfois parcourir des centaines de kilomètres pour accéder à une chimiothérapie ou à un simple examen de dépistage.

Le Gabon face à l’urgence oncologique

Pour le Gabon, cette nouvelle réalité sanitaire devient progressivement un enjeu stratégique national. À travers sa participation au forum de Genève, Libreville cherche à inscrire la lutte contre le cancer parmi les grandes priorités des politiques publiques de santé. Le gouvernement veut notamment renforcer les capacités nationales en oncologie, améliorer l’accès au dépistage précoce et accélérer la modernisation des infrastructures hospitalières.

Le défi est immense. Comme dans de nombreux pays africains, les besoins dépassent encore largement les capacités disponibles. La prise en charge des cancers nécessite non seulement des équipements spécialisés, mais également des chaînes complètes de soins intégrant prévention, diagnostic, traitement, suivi psychologique et accompagnement social.

Le manque de spécialistes demeure également l’un des principaux obstacles. Former des oncologues, radiologues, chirurgiens spécialisés ou techniciens biomédicaux demande du temps, des ressources financières importantes et des partenariats internationaux durables.

Prévenir avant de guérir

À Genève, les discussions ont insisté sur un point essentiel : l’Afrique ne pourra pas gagner la bataille du cancer uniquement à travers les hôpitaux.

La prévention apparaît désormais comme l’arme la plus stratégique. Sensibilisation des populations, lutte contre les facteurs de risque, vaccination contre certains virus responsables de cancers, promotion des consultations médicales régulières et développement des campagnes de dépistage deviennent des priorités absolues.

Le cancer du col de l’utérus, par exemple, reste l’un des plus meurtriers en Afrique alors même qu’il peut être largement évité grâce à la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) et au dépistage précoce.

Mais ces politiques nécessitent une mobilisation globale impliquant les États, les institutions internationales, les professionnels de santé et les sociétés civiles.

Une question de souveraineté sanitaire

Au-delà de la dimension médicale, la montée des cancers pose désormais une question politique et économique majeure pour l’Afrique. Celle de la souveraineté sanitaire.

Chaque année, des milliers de patients africains sont contraints de quitter leur pays pour se faire soigner à l’étranger, principalement en Europe, en Asie ou au Moyen-Orient. Une dépendance qui accentue les inégalités d’accès aux soins et fragilise les finances publiques comme les familles.

Pour plusieurs gouvernements africains, l’objectif consiste désormais à construire des capacités médicales locales capables de réduire cette dépendance extérieure.

Cette réflexion sera d’ailleurs au cœur de la 79e Assemblée mondiale de la Santé qui s’ouvrira dans les prochains jours. Les débats porteront notamment sur le financement des systèmes de santé, la couverture sanitaire universelle et les stratégies internationales de lutte contre les maladies chroniques.

Le grand défi sanitaire du XXIe siècle africain

Le combat contre le cancer révèle finalement une transformation profonde de l’Afrique contemporaine. L’urbanisation accélérée, l’évolution des modes de vie, le vieillissement progressif des populations et les changements environnementaux modifient désormais les profils sanitaires du continent.

L’Afrique n’affronte plus uniquement les urgences infectieuses d’hier. Elle entre dans une ère où les maladies chroniques deviendront l’un des principaux déterminants de sa stabilité sociale, économique et humaine.

À Genève, le Gabon a voulu envoyer un signal politique fort. Celui d’un pays conscient que la modernisation d’une nation ne se mesure plus seulement à ses infrastructures ou à sa croissance économique, mais aussi à sa capacité à protéger durablement la santé de ses populations.

Car derrière les statistiques et les conférences internationales se joue désormais une question fondamentale pour l’Afrique. Celle de savoir si le continent sera capable de construire des systèmes de santé suffisamment solides pour affronter les pathologies du XXIe siècle sans laisser des millions de vies basculer dans le silence de maladies encore trop souvent diagnostiquées trop tard.

Rappelons que l’Organisation mondiale de la santé a ouvert ce lundi à Genève sa 79e assemblée annuelle qui se déroule à un moment où l’OMS a la lourde tâche de faire face à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda, et à la récente réapparition d’un hantavirus au Pérou et en Argentine.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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