Environnement

Gabon : le plastique devient une affaire d’État

Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon vient de franchir un cap dans sa bataille contre la pollution plastique. Avec le lancement, le 6 octobre à Libreville, de la Plateforme nationale d’action contre les plastiques, le pays tente de passer d’une logique de nettoyage à une véritable stratégie industrielle et environnementale. L’enjeu dépasse désormais la protection des plages, des mangroves ou des villes : il s’agit de construire une économie capable de transformer un déchet en ressource, tout en protégeant l’un des patrimoines naturels les plus importants d’Afrique.

La création du NPAP-Gabon intervient alors que le pays dispose déjà d’un arsenal réglementaire contre les plastiques à usage unique et d’une nouvelle feuille de route de développement. Le PNCD 2026-2030, premier plan quinquennal de la Ve République, inscrit en effet la croissance verte, la préservation du patrimoine naturel et la transformation économique parmi les priorités nationales.

Mais jusqu’ici, les réponses au problème des déchets sont restées dispersées entre réglementation, collecte, sensibilisation et initiatives privées. La nouvelle plateforme cherche précisément à réunir ces dimensions dans un même dispositif.

Passer de la pollution à la création de valeur

Le message porté par le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement, du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, est clair : aucune administration, aucune entreprise et aucune organisation ne pourra régler seule la question plastique.

Le NPAP-Gabon doit donc réunir autour d’une même table l’État, les collectivités, les industriels, les recycleurs, les opérateurs de terrain, la société civile, les chercheurs, les jeunes, les femmes, les entrepreneurs et les partenaires financiers. Sa première mission sera de construire une feuille de route nationale et de mettre en cohérence réglementation, données scientifiques, innovation, industrie et financement.

Cette approche correspond à une évolution importante : le déchet n’est plus seulement considéré comme un coût environnemental, mais comme une matière première potentielle.

Paul Alogui Revoula, directeur général de Revadac, propose ainsi de structurer une véritable Responsabilité élargie des producteurs. Le principe est simple : les producteurs et importateurs d’emballages doivent participer au financement de leur collecte, de leur tri et de leur valorisation. Une tarification transparente du plastique recyclé, calculée notamment au kilogramme selon les catégories de matière, pourrait ensuite créer une demande industrielle et donner une valeur économique à la récupération.

Afane Edou, du Réseau gabonais pour l’environnement et le développement durable, pousse le raisonnement plus loin. Pour rendre la lutte durable, il faut permettre à ceux qui collectent, trient, transforment et recyclent de gagner leur vie. Autrement dit, la transition écologique ne pourra devenir populaire que si elle devient également une économie.

C’est probablement là que se situe le véritable potentiel du dispositif : faire émerger une filière gabonaise du recyclage plutôt que financer indéfiniment l’élimination des déchets.

Une coalition pour changer les comportements

Cette transformation ne pourra toutefois pas reposer uniquement sur les entreprises et l’administration. Le directeur général adjoint de l’Environnement et de la Protection de la Nature, Judicaël Léonce Eugène Anvane-Obame, rappelle que le PNCD 2026-2030 fait de la croissance verte et durable un axe de la politique nationale. La troisième Contribution déterminée au niveau national du Gabon renforce également cette orientation en intégrant la réduction des impacts liés aux déchets et la perspective d’une économie circulaire.

Le cadre juridique existe lui aussi. L’interdiction des sacs plastiques à usage unique, encadrée par l’ordonnance de 2024 ratifiée par la loi n°009/2024, vise la production, l’importation, la commercialisation, l’utilisation et le rejet de ces produits, avec certaines exceptions. Le défi est désormais celui de l’application.

L’expérience de la Baie des Rois illustre cette volonté de passer aux actes. La zone est conçue comme un espace « zéro plastique », avec l’interdiction des plastiques à usage unique pour les promoteurs et des actions de sensibilisation menées avec des associations. Pour Martine Mvengou, responsable environnement de la Façade maritime du Champ Triomphal, la priorité reste néanmoins de réduire la production de déchets à la source.

Cette logique est essentielle. Recycler davantage ne suffira pas si la quantité de plastique mise en circulation continue d’augmenter.

Le PNUD, partenaire du dispositif avec le Partenariat mondial d’action contre les plastiques du Forum économique mondial, entend de son côté faciliter la coordination entre les acteurs et veiller à ce que les catégories souvent invisibles — récupérateurs, pré-collecteurs informels, petits entrepreneurs, jeunes et femmes — participent à la construction de la feuille de route. Le Gabon est présenté comme le premier pays d’Afrique centrale à rejoindre ce partenariat mondial.

Le test sera financier, pas diplomatique

Le lancement du NPAP donne au Gabon une architecture de dialogue. Il lui faut désormais construire une économie.

C’est le point critique. Une plateforme nationale, même soutenue par le PNUD, le Forum économique mondial et des partenaires internationaux, ne réduira pas à elle seule les déchets qui atteignent les cours d’eau, les mangroves, le littoral et les océans. Il faudra des infrastructures de collecte et de tri, des équipements, des débouchés industriels, des données fiables et surtout des financements capables de soutenir les investissements sur plusieurs années.

Le PNCD fournit précisément un cadre plus large dans lequel inscrire cette ambition : le document est conçu comme l’instrument de référence de la transformation économique, de la croissance durable et de la mobilisation des investissements publics et privés.

Le Royaume-Uni a déjà annoncé son soutien au partenariat, tandis que les acteurs internationaux associés au GPAP doivent contribuer à mesurer les progrès, les politiques publiques, les investissements et les résultats.

Le Gabon doit maintenant transformer cette coalition en mécanisme opérationnel. La réussite du NPAP-Gabon ne se mesurera donc pas au nombre de participants autour de la table, mais au nombre de tonnes de plastique évitées, collectées et valorisées ; aux entreprises créées ; aux emplois générés ; aux écosystèmes restaurés et aux financements effectivement mobilisés.

Pour un pays dont le patrimoine naturel constitue à la fois un capital écologique et un avantage stratégique, la bataille du plastique n’est finalement pas périphérique. Elle touche au modèle de développement lui-même. Le véritable enjeu est désormais de prouver qu’au Gabon, protéger la nature peut cesser d’être seulement une obligation environnementale pour devenir une industrie, une source d’emplois et un moteur de souveraineté économique.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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