Gabon : Libreville-La Havane, le pari des images et des idées
Libreville, Mardi 14 Juillet 2026 (Infos Gabon) – A l’heure où la souveraineté médiatique devient un enjeu stratégique aussi important que la souveraineté économique ou numérique, le Gabon et Cuba choisissent de renforcer un partenariat longtemps discret mais riche de perspectives.
Derrière l’audience accordée lundi à Libreville par le ministre de la Communication et des Médias, Germain Biahodjow, à l’ambassadeur de Cuba au Gabon, Alex González Garcia, se dessine une ambition plus large que la simple coopération institutionnelle. Celle de bâtir des ponts durables entre deux pays qui considèrent la communication, le cinéma et les industries culturelles comme des instruments d’influence, de développement et de rayonnement international.
Dans un monde où les récits façonnent désormais les rapports de force entre les nations, la rencontre entre les deux responsables intervient à un moment où le continent africain cherche à reprendre la maîtrise de son image, de sa production audiovisuelle et de ses contenus médiatiques.
Les échanges, qualifiés de « très fructueux » par le diplomate cubain, ont permis d’identifier plusieurs axes de coopération susceptibles d’ouvrir une nouvelle séquence dans les relations entre Libreville et La Havane. Au-delà des déclarations diplomatiques, cette rencontre pourrait marquer le début d’une stratégie culturelle et médiatique appelée à s’inscrire dans la durée.
Le cinéma comme nouvel outil d’influence
Parmi les sujets au cœur des discussions figure le développement de l’industrie cinématographique. Ce choix n’a rien d’anodin. Le cinéma est devenu l’un des principaux vecteurs d’influence culturelle dans le monde contemporain. Il façonne les imaginaires, diffuse les identités nationales et participe à la construction de la puissance douce des États.
Depuis plusieurs décennies, Cuba s’est imposée comme l’une des références du cinéma latino-américain grâce à une politique volontariste de formation et de soutien à la création audiovisuelle. L’île dispose notamment d’une école internationale de cinéma reconnue mondialement, qui a déjà formé de nombreux réalisateurs, techniciens et producteurs africains.
Pour le Gabon, dont le secteur cinématographique demeure encore en phase de structuration, cette expertise représente une opportunité stratégique. La possibilité évoquée de permettre à des étudiants gabonais d’intégrer ces formations pourrait contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de professionnels capables de raconter le Gabon avec des regards, des techniques et des standards internationaux.
Car la bataille des images est désormais une bataille économique autant que culturelle. Les industries créatives figurent aujourd’hui parmi les secteurs connaissant la croissance la plus rapide au niveau mondial.
Former les talents pour construire les médias de demain
La coopération envisagée ne se limite pas au cinéma. Les discussions ont également porté sur la formation des journalistes, des techniciens, des professionnels de la radio et de la télévision ainsi que sur les échanges d’experts entre les deux pays.
Cette dimension apparaît particulièrement stratégique dans un environnement médiatique bouleversé par la révolution numérique, l’intelligence artificielle et l’évolution rapide des usages de l’information. Les médias africains sont confrontés à une double exigence.
Moderniser leurs outils tout en préservant leur identité éditoriale et leur capacité à produire des contenus adaptés aux réalités locales. L’expérience cubaine dans les domaines de la formation audiovisuelle et de la communication publique pourrait ainsi constituer un levier précieux pour accompagner cette transformation.
Les deux pays ont également évoqué leur participation renforcée aux grandes rencontres internationales consacrées aux médias et à la communication ainsi qu’un rapprochement accru au sein des organisations internationales spécialisées dans ce secteur.
Cette approche traduit la volonté commune de renforcer leur visibilité dans les espaces mondiaux où se définissent désormais les normes et les politiques de communication.
Une coopération qui dépasse les médias
Si la communication constitue le point de départ de cette nouvelle dynamique, les perspectives identifiées dépassent largement le seul secteur médiatique. L’éducation, l’agriculture et la formation figurent également parmi les domaines appelés à bénéficier d’un approfondissement des relations bilatérales.
Cette transversalité rappelle la philosophie historique de la coopération cubaine sur le continent africain, souvent construite autour du partage de compétences humaines plutôt que de simples transferts financiers. Pour le Gabon, engagé dans un vaste mouvement de modernisation institutionnelle et économique, la diversification de ses partenariats internationaux constitue un élément essentiel de sa stratégie diplomatique.
Dans un monde devenu multipolaire, les États cherchent de plus en plus à multiplier les passerelles afin de renforcer leur autonomie stratégique et leur capacité d’action.
La première rencontre entre Germain Biahodjow et Alex González Garcia s’inscrit précisément dans cette logique. Elle ouvre la voie à une coopération fondée sur la formation, le transfert de savoir-faire et la circulation des compétences.
À l’heure où l’Afrique revendique davantage de maîtrise sur ses récits, ses images et sa production culturelle, le rapprochement entre Libreville et La Havane apparaît comme un signal fort. Car dans le XXIe siècle, les nations ne se distinguent plus seulement par leurs ressources naturelles ou leur puissance économique.
Elles se distinguent aussi par leur capacité à produire des idées, des talents et des récits capables de traverser les frontières. Entre le Gabon et Cuba, c’est précisément cette diplomatie des savoirs et des images qui commence aujourd’hui à prendre forme.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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