Gabon : Nkoltang, le prix d’un nouveau modèle
Libreville, Mercredi 7 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Au Gabon, la construction du futur Centre de Traitement et de Valorisation des Déchets (CTVD) de Nkoltang franchit une étape décisive : 312 millions de FCFA viennent d’être versés à 41 familles affectées par l’aménagement de la voie d’accès au site. Derrière ces chèques se joue pourtant bien davantage qu’une opération foncière. Le pays tente de sortir de l’impasse de Mindoubé et de transformer la crise des déchets en chantier structurant pour les prochaines années.
Le 7 octobre, le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, a procédé à la remise officielle des indemnisations aux familles concernées par les emprises nécessaires à la réalisation de la voie d’accès au futur CTVD de Nkoltang. L’opération s’est déroulée en présence de la gouverneure de l’Estuaire et de l’entreprise adjudicataire Mika Service.
Au total, 41 familles et 75 biens recensés sont concernés. L’enveloppe globale atteint 312 millions de FCFA, avec des indemnisations individuelles pouvant aller jusqu’à 130 millions. Ces montants varient selon la nature et la valeur des biens affectés.
Cette étape peut sembler administrative. Elle est en réalité déterminante : sans libération des emprises et sans traitement équitable des personnes directement touchées, une infrastructure destinée à résoudre un problème collectif risque de créer une nouvelle fracture locale.
De Mindoubé à Nkoltang, changer d’échelle
Le projet de Nkoltang répond à une urgence désormais difficile à contourner. La décharge de Mindoubé, fortement sollicitée, se trouve à proximité de zones habitées et concentre des enjeux croissants de salubrité, de sécurité et de protection des populations.
Le futur CTVD doit précisément contribuer à réduire cette pression en introduisant une approche différente du traitement des déchets. Le choix du terme « valorisation » est ici stratégique : il ne s’agit plus seulement de déplacer ou d’enfouir les déchets, mais de tendre vers une chaîne capable de mieux les traiter et, lorsque cela est possible, d’en récupérer la valeur.
Cette évolution rejoint l’ambition plus large affichée par le Gabon autour de l’économie circulaire et de la dépollution. Elle suppose cependant des infrastructures adaptées, une organisation logistique fiable et une capacité à assurer la continuité du service dans la durée.
La question de Nkoltang dépasse donc largement la seule construction d’un équipement. Elle pose celle de la capacité du Gabon à moderniser la gestion d’un flux urbain qui augmente avec la croissance démographique et l’expansion du Grand Libreville.
Car déplacer la pression de Mindoubé vers un nouveau site ne constituerait pas une réforme. Le véritable changement devra intervenir dans toute la chaîne : collecte, transport, traitement, tri, valorisation et contrôle environnemental.
L’indemnisation, premier test de l’acceptabilité
Le versement des 312 millions de FCFA intervient dans cette équation comme un acte de responsabilité publique.
Les 75 biens concernés représentent autant de situations individuelles qu’il fallait intégrer à un projet présenté comme relevant de l’intérêt collectif. Une infrastructure publique ne peut durablement réussir si les populations qui supportent son coût territorial sont considérées comme une variable secondaire.
La présence des autorités locales et de l’entreprise chargée des travaux traduit également la volonté de faire de cette phase foncière une composante intégrée du projet.
Mais cette indemnisation ne clôt pas le dossier. Elle en ouvre une nouvelle étape : celle de l’exécution.
Les trois prochains enjeux seront la réalisation effective de la voie d’accès, l’avancement du CTVD et, surtout, la capacité du futur dispositif à fonctionner selon les standards annoncés. L’expérience montre qu’une infrastructure de traitement des déchets n’a d’impact réel que lorsqu’elle s’inscrit dans un système complet, avec des flux réguliers et une gouvernance claire.
Nkoltang devra également démontrer que le développement d’une infrastructure environnementale peut bénéficier au territoire qui l’accueille. Emplois, sous-traitance, services, activités de valorisation et opportunités pour les entreprises locales pourraient contribuer à faire du projet davantage qu’un simple site technique.
Le vrai chantier commence après les chèques
Le versement des indemnisations marque donc une avancée concrète, mais il ne constitue pas encore la réussite du projet.
Le Gabon est face à un problème classique des politiques urbaines : les infrastructures sont visibles, mais leur performance dépend d’un ensemble beaucoup plus discret — maintenance, financement, collecte, contrôle, données, discipline des acteurs et continuité opérationnelle.
Le futur CTVD devra ainsi être jugé sur sa capacité à réduire effectivement la pression exercée sur Mindoubé, à protéger les riverains et à améliorer le traitement des déchets du Grand Libreville.
Il devra aussi inscrire le Gabon dans une logique où le déchet cesse progressivement d’être considéré uniquement comme une nuisance à éliminer. Une partie peut devenir une matière valorisable, une activité économique, voire une source d’emplois et d’innovation.
Les 312 millions de FCFA versés aux familles constituent donc le prix immédiat de la libération des emprises. Le véritable investissement, lui, sera celui consenti pour faire de Nkoltang un système durable.
Si le Gabon réussit ce passage, Nkoltang pourra devenir davantage qu’un nouveau centre de déchets : un marqueur du changement de modèle urbain du pays. Dans le cas contraire, le risque serait simplement de déplacer la crise de Mindoubé sans résoudre sa cause profonde. L’enjeu, désormais, n’est donc plus seulement de construire Nkoltang, mais de faire fonctionner le modèle qu’il est censé incarner.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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