Politique

Gabon – Oligui Nguema : l’heure des preuves

Libreville, Lundi 4 Mai 2026 (Infos Gabon) – Un an après son élection et trois ans après sa prise de pouvoir, le président gabonais trace une ligne claire : transformer l’élan politique en résultats concrets. Mais entre ambitions affichées et réalités structurelles, le défi reste immense.

Un anniversaire sous haute attente

Le 3 mai 2026 n’est pas une date anodine au Gabon. Elle marque à la fois le premier anniversaire de l’installation de Brice Clotaire Oligui Nguema après sa brillante élection et une étape symbolique, trois ans après sa prise de pouvoir.

Dans un entretien accordé au quotidien L’Union, le chef de l’État dresse un bilan lucide, à la frontière entre satisfaction prudente et reconnaissance des urgences. « Un an, c’est à la fois beaucoup et très peu », confie-t-il. Beaucoup, dit-il, pour avoir posé les bases de la Ve République. Très peu, surtout, face à « des attentes immenses et légitimes ».

Le ton est donné : pas d’autosatisfaction affichée, mais une volonté de s’inscrire dans l’action.

Refonder l’État : une légitimité revendiquée

Au cœur du discours présidentiel, une affirmation centrale : le retour à l’ordre constitutionnel. Nouvelle Constitution, élections organisées, institutions réinstallées, Brice Clotaire Oligui Nguema insiste sur ce socle qu’il considère désormais « incontestable ».

Cette séquence politique vise à refermer la parenthèse de la transition et à installer durablement un nouvel équilibre institutionnel. Mais au-delà de la légitimité formelle, c’est la capacité de l’État à produire des résultats palpables qui conditionnera la suite.

Eau, électricité : le test de crédibilité

C’est sans doute sur ce terrain que se joue une part essentielle de son mandat. Interrogé sur les délestages, le président ne cherche pas à minimiser : « c’est inacceptable ».

Le diagnostic est sévère : déficit énergétique estimé à 60 mégawatts, infrastructures vieillissantes, dettes accumulées, et même des détournements désormais soumis à audit. En toile de fond, les difficultés structurelles de la SEEG.

Face à cette situation, l’exécutif avance un plan d’urgence 2025-2028, avec un objectif ambitieux : porter la capacité à 850 mégawatts grâce notamment à de nouveaux projets énergétiques, dont la centrale à gaz et le barrage de Kinguélé Aval.

Autre réforme clé annoncée : la séparation de la gestion de l’eau et de l’électricité, présentée comme une condition de survie du système.

Vie chère : un problème structurel

Sur le front social, le constat est tout aussi direct. Malgré les mesures engagées, la vie chère demeure une réalité pesante. Le président reconnaît les limites des politiques actuelles : « elles ont atténué la hausse, mais ne l’ont pas éliminée ». En cause, un modèle économique fortement dépendant des importations.

Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, la réponse ne peut être que structurelle : produire localement. Une orientation qui renvoie à un chantier plus large, celui de la diversification économique, incluant la transformation des ressources comme le manganèse et la relance de l’appareil productif.

Justice, gouvernance : la ligne de fermeté

Sur les questions judiciaires, notamment l’affaire impliquant Alain-Claude Bilie By Nze, le chef de l’État se veut catégorique : séparation stricte des pouvoirs. « Que la justice soit juste pour tous et ferme pour tous », insiste-t-il, rejetant toute accusation de politisation.

Même fermeté sur la gestion des fonds publics, notamment les enveloppes attribuées aux provinces durant la transition : « l’argent du contribuable n’est pas négociable ». Les dossiers ont été transmis à la justice, et les conclusions seront rendues publiques.

Une majorité politique à structurer

Fort de la montée en puissance de sa formation politique, l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), désormais première force politique du pays, le président appelle toutefois à la prudence.

« C’est encourageant, mais insuffisant », prévient-il. Pour lui, un parti ne se limite pas à ses élus : il doit s’ancrer dans les idées, le terrain et la formation. Le congrès à venir est présenté comme une étape stratégique pour structurer cette majorité et renforcer la discipline militante.

Gouverner sans adversaire ?

Fait notable : Brice Clotaire Oligui Nguema refuse de se définir par rapport à une opposition politique. Ses « adversaires », dit-il, sont ailleurs : précarité, chômage, accès à l’eau et à l’électricité.

Une posture qui traduit une volonté de dépassement des clivages, mais qui interroge aussi sur la place du débat démocratique dans la nouvelle architecture politique.

Entre promesse et réalité : un tournant décisif

À travers cet entretien, le président esquisse une vision : celle d’un État reconstruit, d’une économie transformée et d’une gouvernance plus rigoureuse.

Mais la séquence qui s’ouvre est celle de la vérification. Car si les fondations institutionnelles sont posées, les défis restent massifs : infrastructures défaillantes, dépendance économique, pression sociale persistante.

L’épreuve du réel

Un an après son élection, Brice Clotaire Oligui Nguema entre dans la phase la plus exigeante de son mandat : celle où les promesses doivent se traduire en résultats mesurables.

L’histoire récente du Gabon montre que la légitimité politique ne suffit pas. Elle doit s’accompagner d’une capacité à transformer durablement le quotidien des citoyens. Plus qu’un bilan, cet anniversaire marque un basculement : celui du temps des engagements vers le temps des preuves.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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