Economie

Gabon : Remue-méninges autour du franc CFA

Libreville, Lundi 3 Juin 2019 (Infos Gabon) – Des experts ont cogité le 1er juin dernier à Libreville, sur l’avenir de cette monnaie à la faveur d’une conférence-débat organisée par l’association Imagine Gabon.

Le sujet est digne d’intérêt et tient en haleine la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) et l’Union économique et monétaire ouest-africains (UEMOA), les espaces qui utilisent cette monnaie.

Hantés par le spectre d’une nouvelle dévaluation du franc CFA, les ressortissants de ces deux communautés sous-régionales ont pris le sujet à bras-le-corps.

Pour les uns, cette monnaie constitue non seulement un véritable handicap au développement pour les pays où elle est en circulation du fait de sa surévaluation, mais est aussi perçue comme un héritage colonial.

Les autres, par contre, estiment que son arrimage à l’euro assure plutôt une stabilité monétaire et celle des prix. Pour ces derniers, le franc CFA garantit la sécurisation des échanges commerciaux et des investissements directs étrangers (IDE) et incite l’intégration régionale.

Pour mieux édifier l’opinion sur le sujet, un panel d’experts s’est réuni le 1er juin dernier à Libreville au Gabon à la faveur d’une conférence-débat. Placé sous le thème : «Quel avenir pour le Franc CFA dans les pays de la Cemac ?», cet échange organisé par  l’association Imagine Gabon a connu la participation d’éminences grises des questions économiques.

Le Pr Daniel Cohen, agrégé des sciences économiques, directeur du département d’économie de l’École normale supérieure et vice-président de l’École d’économie de Paris, le Pr Jean Jacques Ekomie, vice-recteur de l’Université Omar-Bongo, agrégé des facultés des Sciences économiques et membre du Comité de politique monétaire de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Fidèle Magouangou, docteur nouveau régime en Économie mathématique et économétrie et inspecteur général des Services au ministère de l’Économie et Cédric Mbeng Mezui, fonctionnaire international, analyste financier et membre fondateur du Think-Tank Finance Afrika, ont croisé le verbe sur le sujet.

Pour l’économiste français du panel, « il y a une montée du protectionnisme, il y a une rivalité très intense entre les États-Unis et la Chine, l’Europe cherche sa place. Mais chacun sait que le grand continent du 21e siècle sera l’Afrique. Ce sera l’Afrique par sa croissance démographique, sa jeunesse».

Il a tenu à relever que 40% de la jeunesse planétaire sera africaine dans une trentaine  d’années. «Tout ça, c’est d’immenses défis. Il faut comprendre lesquels. Il faut comprendre si l’attachement à la zone euro peut les aider. Est-ce que les pays africains qui ont d’immenses besoins d’investissement pourront trouver un adossement à l’Europe dans ce cas, ça vaut peut-être la peine de continuer. Mais, si les financements viennent d’ailleurs, alors la question de leur attachement à la zone euro se posera», a indiqué Daniel Cohen.

Dans ce choc des idées, le Pr Jean Jacques Ekomié propose que ce débat soit abordé avec sérénité, tandis que le Dr Fidèle Magouangou se dit favorable à la création d’une monnaie nationale. Selon ce dernier, les conditions d’une zone monétaire optimale ne sont pas réunies. Cédric Mbeng Mezui souhaite avant toute chose, une intégration communautaire parce que, dit-il, la CEMAC sera tôt ou tard entourée de grands ensemble. Pour lui, une cryptomonnaie serait plutôt recommandée dans le but de renoncer à la convertibilité.

Au terme des échanges, le Pr Daniel Cohen s’est dit satisfait de la qualité des échanges. « On a eu des discussions très ouvertes. Aucun débat n’a été escamoté : le débat avec les autres pays de la CEMAC, le rapport avec la France, avec la zone euro, la question du développement à long terme d’une économie comme celle du Gabon. Et indépendamment du contenu lui-même, ce qui est tout à fait réjouissant c’est de voir qu’on peut parler de ces questions en toute liberté et avec beaucoup d’ouverture d’esprit, en soupesant le pour et le contre», a-t-il affirmé.

Il ajoute aussi que «la zone Franc comme la zone euro est soumise toujours et constamment, et c’est normal, à des questions presque existentielles et que si on ne les traite pas, alors le remède sera pire que le mal».

Modérée par Régis Immongault Tatagani, ministre d’Etat en charge de l’Habitat et membre fondateur de l’association Imagine Gabon, cette conférence a connu la présence d’un important parterre de personnalités et d’étudiants.

FIN/INFOSGABON/SM/2019

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Lire : Monnaie : Les éloges d’Attijariwafa Bank pour le F CFA

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