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Gabon : SOS Éducation suspend la grève, mais l’unité des enseignants vacille

Libreville, Jeudi 15 Janvier 2026 (Infos Gabon) – Réunis en assemblée générale mercredi à l’école publique Martine Oulabou, à Libreville, les enseignants membres du collectif SOS Éducation ont annoncé la suspension de leur mouvement de grève avec effet immédiat.

Une décision majeure, prise à l’issue d’intenses négociations avec le gouvernement, mais qui laisse apparaître de profondes divisions internes, compromettant une reprise effective et homogène des cours sur le terrain.

Des avancées jugées significatives dans les négociations

Cette suspension intervient après une séance de dialogue social qualifiée d’« avancée notable » par les représentants du collectif. Selon Jean Chrisostome Ndong Békalé, porte-parole de SOS Éducation, le gouvernement s’est engagé de manière « résolue » à apporter des solutions durables à la précarité des enseignants, une revendication centrale du mouvement.

Parmi les principales mesures annoncées figurent la régularisation et la codification des situations administratives à la solde, ouvrant la voie à une augmentation salariale effective à compter du 25 février 2026. À cela s’ajoutent l’instauration d’une indemnité de logement pouvant atteindre 300 000 FCFA et d’une indemnité de transport plafonnée à 100 000 FCFA, des points longtemps réclamés par les enseignants.

Au regard de ces engagements, le collectif a appelé ses membres à reprendre le chemin des salles de classe, estimant que l’essentiel des revendications prioritaires avait été pris en compte.

Une commission de suivi pour garantir les engagements

Afin d’assurer la concrétisation des décisions arrêtées, le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a mis en place une commission de suivi et d’évaluation. Cette instance, qui a tenu sa première réunion mercredi à midi, est chargée d’accélérer la mise en œuvre des mesures et de fournir aux enseignants des comptes rendus réguliers sur l’état d’avancement des dossiers.

Pour les autorités, ce mécanisme vise à restaurer la confiance et à inscrire les engagements pris dans une dynamique de résultats concrets et vérifiables.

Sur le terrain, une reprise des cours incertaine

Malgré l’annonce officielle de la suspension de la grève, la reprise des cours reste très inégale dans plusieurs établissements. De nombreux enseignants n’ont pas suivi l’appel lancé par la direction du collectif, révélant des fractures internes au sein de SOS Éducation.

Selon certains grévistes, l’assemblée générale décisive devait initialement se tenir samedi, afin de permettre une évaluation plus large et inclusive des négociations. L’annonce anticipée de la suspension est perçue par une partie des enseignants comme un passage en force, d’où le maintien du mot d’ordre de grève dans plusieurs écoles.

SOS Éducation, un mouvement rattrapé par les divisions syndicales

Cette situation met en lumière une constante du syndicalisme éducatif gabonais : la difficulté à maintenir un front uni et durable. Après la CONASYSED et le SENA, c’est désormais SOS Éducation qui se retrouve confronté à des dissensions internes au moment crucial de décider de la suite du mouvement.

Historiquement, les grandes mobilisations du secteur de l’éducation ont souvent été marquées par des tensions internes, opposant partisans du compromis et tenants de la ligne dure. Si certaines avancées ont été obtenues au fil des années, ces divisions ont régulièrement affaibli l’impact des mouvements et retardé des solutions globales.

Entre pragmatisme et méfiance

Lors de l’assemblée générale de mercredi, deux lignes se sont clairement dessinées. D’un côté, les enseignants favorables à la suspension, majoritairement ceux impliqués dans les négociations, qui estiment que les concessions obtenues constituent une base suffisante pour reprendre les cours et limiter le préjudice subi par les élèves.

De l’autre, un courant plus sceptique, composé d’enseignants non associés aux discussions, qui dénoncent des promesses sans garanties immédiates et craignent qu’une reprise prématurée n’affaiblisse le rapport de force.

Cette divergence illustre à la fois une crise de confiance persistante envers les autorités et les fragilités structurelles de l’organisation syndicale dans le secteur éducatif.

Une année scolaire toujours sous tension

Alors que la grève, entamée début janvier, a déjà lourdement perturbé le calendrier scolaire, l’incertitude autour d’une reprise effective des cours continue de peser sur les élèves et les parents. La capacité de SOS Éducation à rétablir l’unité et à accompagner la mise en œuvre des engagements gouvernementaux sera déterminante pour éviter une année scolaire à nouveau fragmentée.

Dans un système éducatif déjà fragilisé, la sortie de crise ne dépendra pas seulement des annonces, mais de leur traduction rapide et concrète sur le terrain, condition indispensable pour restaurer durablement la confiance entre l’État et les enseignants.

FIN/INFOSGABON/SO/2025

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