Economie

Gabon : Tourisme, le budget de la preuve

Libreville, Mercredi 28 Octobre 2026 (Infos Gabon) – Le Gabon dispose d’un patrimoine naturel capable de soutenir une véritable économie touristique. Mais entre la richesse de ses paysages, la diversité de ses écosystèmes et la promesse d’une destination internationale, un obstacle demeure déterminant, celui de la transformation du potentiel en activité économique réelle.

C’est dans cette perspective que le ministre du Tourisme durable et de l’Artisanat, Axel Jesson Denis Ayenoue, a défendu, le 27 octobre devant la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique de l’Assemblée nationale, un projet de budget de 5,363 milliards de FCFA pour 2027. L’enveloppe progresse fortement par rapport aux 2,337 milliards annoncés pour 2026. Cette hausse ouvre des possibilités, mais soulève une exigence immédiate de résultats.

Une ambition confrontée à l’exécution

Sur les crédits de l’exercice 2026, seuls 482,85 millions de FCFA avaient été exécutés en base caisse au 12 octobre, soit 24 % de l’enveloppe mentionnée. Ce niveau interroge la capacité du ministère à convertir les ressources disponibles en réalisations concrètes, particulièrement dans un secteur où les infrastructures, l’entretien des sites et l’accessibilité conditionnent directement l’activité.

Pour 2027, les prévisions comprennent 2,777 milliards de FCFA de dépenses de personnel et 1,324 milliard consacré aux investissements. Ces derniers doivent notamment soutenir le développement des infrastructures touristiques, la réhabilitation des sites existants et la promotion de la destination Gabon. Le solde de l’enveloppe relève d’autres postes de dépenses dont la ventilation détaillée mérite d’être précisée.

L’enjeu ne consiste donc pas simplement à augmenter les moyens financiers. Il s’agit de définir des priorités, de respecter des calendriers et de mesurer les effets des dépenses engagées. Dans le tourisme, un crédit mobilisé tardivement peut retarder l’ouverture d’un site, compromettre une saison de fréquentation ou empêcher des entrepreneurs locaux de développer leur activité. La qualité de l’exécution budgétaire devient ainsi un facteur déterminant de compétitivité.

L’accessibilité, condition de la rentabilité

Au cours de l’audition, la députée Nadine Murielle Ogoula épouse Obiang, élue du troisième siège du département de l’Ogooué et des Lacs, a interrogé le ministre sur les retombées économiques de la campagne touristique institutionnalisée. La question touche au cœur de la politique publique. Une campagne de promotion peut améliorer la visibilité d’une destination, mais son efficacité se mesure aussi au nombre de visiteurs attirés, à la durée de leurs séjours, aux dépenses effectuées et aux revenus générés pour les entreprises locales.

Le député Alban Stéphane Ossinga Onanga, élu du deuxième siège du premier arrondissement de Libreville, a pour sa part soulevé les difficultés d’accès à certains sites et interrogé le ministre sur l’implantation du futur marché artisanal. En réponse, Axel Jesson Denis Ayenoue a indiqué que les retombées majeures étaient attendues à l’horizon 2029, au terme des projets engagés. Il a également annoncé que le futur marché artisanal serait implanté à Mouila.

Ce choix peut contribuer à renforcer la visibilité des artisans et à structurer les circuits de commercialisation. Encore faudra-t-il assurer la viabilité du marché, son approvisionnement, sa fréquentation et son articulation avec les itinéraires touristiques. De même, l’amélioration des routes, de la signalisation, des services d’accueil et des équipements constitue une condition essentielle pour que les sites éloignés deviennent de véritables destinations économiques.

Faire du patrimoine une richesse partagée

L’appel du ministre à découvrir le « Gabon profond » traduit une ambition de valorisation territoriale. Pour produire des effets durables, celle-ci doit cependant associer les communautés locales, les guides, les transporteurs, les hébergeurs, les restaurateurs et les artisans. La protection des écosystèmes, qui fonde une partie de l’attractivité du pays, doit également rester compatible avec le développement des activités et la création d’emplois.

Le projet de budget 2027 s’inscrit ainsi dans une stratégie plus large de diversification économique. Mais l’horizon 2029 ne peut devenir une simple échéance de communication. Il doit s’accompagner d’indicateurs publics permettant de suivre les investissements réalisés, l’évolution de la fréquentation, les recettes générées et les emplois créés.

Le Gabon n’a pas seulement besoin de promouvoir ses paysages. Il doit bâtir une économie touristique organisée, accessible et capable de rémunérer durablement ceux qui la font vivre. La hausse budgétaire annoncée constitue une opportunité. Sa véritable portée dépendra de la capacité des pouvoirs publics à transformer les crédits en services, les sites en destinations et le patrimoine national en prospérité partagée.

FIN/INFOSGABON/SO/2026

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