Gabon : un marché du travail sous tension malgré un chômage en recul
Libreville, Vendredi 1er Mai 2026 (Infos Gabon) – Des chiffres en amélioration, mais une réalité sociale toujours fragmentée. Le Gabon affiche une amélioration statistique de son marché de l’emploi, mais les données dévoilées par l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage (ENEC 2024) révèlent surtout une économie encore profondément déséquilibrée.
Présentés à Libreville le 29 avril, les résultats indiquent un recul du chômage à 17,4 %, contre 20,4 % en 2010. Une évolution positive en apparence, mais qui masque des fractures structurelles persistantes, notamment chez les jeunes et les femmes.
Une jeunesse toujours en première ligne de la précarité
Le chiffre le plus préoccupant reste celui du chômage des 15-24 ans, qui atteint 34,5 %. Une proportion qui confirme la difficulté chronique d’intégration des jeunes sur le marché du travail. Les femmes ne sont pas épargnées : leur taux de chômage s’établit à 21,4 %, traduisant une inégalité persistante dans l’accès à l’emploi et aux opportunités économiques.
Au total, l’étude recense environ 109 733 personnes sans emploi au Gabon, soit 17,4% de sa population active, un indicateur qui, bien qu’inférieur à certaines projections régionales, reste révélateur d’un marché du travail sous pression.
Une économie dominée par l’informel
Au-delà du chômage, c’est la structure même de l’emploi qui interroge. L’ENEC 2024 révèle que 86,5 % des emplois relèvent du secteur informel. Une proportion massive qui limite la protection sociale, la stabilité des revenus et la capacité de planification économique à long terme.
Autre donnée clé : moins d’un actif sur deux participe effectivement au marché du travail. Ce déséquilibre souligne une sous-utilisation importante du potentiel productif national.
Une enquête stratégique pour orienter les politiques publiques
Réalisée par la Direction générale de l’emploi, cette deuxième édition de l’enquête depuis 2010 a été conduite entre novembre et décembre 2024, avant une phase de traitement statistique et de validation technique rigoureuse.
Selon le directeur général de l’Emploi, Jean Bosco Obame Ndong, le dispositif méthodologique a été conçu pour garantir la fiabilité des données et leur exploitation dans les politiques publiques. Le rapport final sera transmis au président de la République afin d’éclairer les orientations gouvernementales en matière d’emploi et de développement économique.
Un outil de gouvernance au-delà des chiffres
Pour les autorités, l’enjeu dépasse la simple photographie statistique. La ministre du Travail, Jacqueline Ilogue-Bignoumba, insiste sur le rôle stratégique de ces données dans la conduite de l’action publique.
Elle rappelle que la statistique n’est pas un exercice technique isolé, mais un instrument central de pilotage de l’État, essentiel pour mesurer l’efficacité des politiques et ajuster les réformes.
L’enquête couvre également des dimensions plus larges : urbanisation, scolarisation, alphabétisation, politiques de population et adéquation entre formation et emploi. Une approche globale qui met en lumière les décalages entre le système éducatif et les besoins réels de l’économie.
Formation, insertion et diversification : les défis structurels
Si les chiffres du chômage montrent une légère amélioration sur plus d’une décennie, ils soulignent surtout la persistance de blocages structurels.
Le manque d’adéquation entre formation et emploi, la prédominance de l’informel et la faible participation au marché du travail dessinent un système économique encore en transition, où la croissance ne se traduit pas pleinement en création d’emplois formels.
Face à cette réalité, les autorités évoquent plusieurs pistes : renforcement de la formation professionnelle, soutien accru à l’entrepreneuriat et politiques ciblées en direction des jeunes et des femmes.
Une amélioration statistique, mais un défi générationnel intact
Le recul du chômage au Gabon ne doit pas masquer l’essentiel : le pays reste confronté à un défi structurel majeur, celui de transformer une économie largement informelle en un marché du travail inclusif et productif.
Derrière les moyennes nationales, une réalité s’impose : une génération entière cherche encore sa place dans un système économique qui peine à absorber son dynamisme.
L’ENEC 2024 agit ainsi comme un révélateur plus que comme un constat rassurant. Elle met en lumière une équation politique centrale pour les années à venir : comment transformer des progrès statistiques en opportunités réelles, durables et équitables pour la population active gabonaise.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
Copyright Infos Gabon
LIRE AUSSI Gabon : L’An II sous pression

















