Guinée : Sidya Touré, une page de la vie politique guinéenne se referme
Libreville, Dimanche 27 Septembre 2026 (Infos Gabon) – La Guinée perd l’une de ses figures politiques les plus constantes. Sidya Touré, ancien Premier ministre et dirigeant de l’Union des forces républicaines, est décédé vendredi 25 septembre à Paris, à l’âge de 81 ans.
Hospitalisé depuis environ deux semaines à l’Hôpital américain après être tombé malade à Abidjan, l’ancien chef du gouvernement laisse derrière lui près de trois décennies d’engagement au sommet de la vie publique guinéenne.
Sa disparition intervient dans un moment particulièrement sensible pour la Guinée. Depuis le coup d’État de septembre 2021 qui a renversé Alpha Condé, le pays a progressivement vu se réduire l’espace politique ouvert aux formations traditionnelles. Sidya Touré avait choisi l’exil en Côte d’Ivoire après l’arrivée au pouvoir de la junte conduite par Mamady Doumbouya. Depuis Abidjan, il avait continué à diriger l’UFR, l’un des principaux partis d’opposition du pays, jusqu’à sa dissolution en mars 2026 parmi une quarantaine de formations politiques supprimées par les autorités.
Avant de devenir l’un des visages les plus identifiés de l’opposition guinéenne, Sidya Touré avait exercé les plus hautes responsabilités de l’État. Nommé Premier ministre par le président Lansana Conté en juillet 1996, il avait dirigé le gouvernement jusqu’en mars 1999. Son passage à la Primature avait marqué une période où une nouvelle génération de cadres cherchait à prendre davantage de place dans la conduite des affaires publiques.
Après son départ du gouvernement, il s’était progressivement installé dans l’opposition avant de fonder et de diriger l’UFR. Son parcours l’avait également conduit à occuper la fonction de haut représentant du président Alpha Condé, illustrant une trajectoire politique faite à la fois de confrontations, de rapprochements et de ruptures. Il avait ainsi traversé plusieurs séquences de la vie politique guinéenne sans jamais disparaître durablement de l’espace public.
Cette longévité donne à sa disparition une portée qui dépasse le seul destin de son parti. Sidya Touré appartenait à une génération d’acteurs qui ont connu la Guinée de Lansana Conté, les alternances politiques de l’après-2008, la présidence d’Alpha Condé, puis le retour des militaires au pouvoir. Son itinéraire épouse ainsi une partie des transformations d’un pays longtemps confronté à la question de la stabilité institutionnelle et de la place de l’opposition dans la construction démocratique.
Son dernier chapitre politique s’est écrit loin de Conakry. Installé en Côte d’Ivoire après le putsch de 2021, il continuait de porter la voix de l’UFR depuis l’extérieur. La dissolution de son parti, intervenue dans un contexte de restriction de l’activité politique, avait encore réduit l’espace institutionnel dans lequel il pouvait agir. Son décès survient alors que la recomposition politique guinéenne reste profondément marquée par l’héritage du coup d’État et par la place centrale prise depuis lors par les autorités militaires.
Au-delà des clivages, plusieurs responsables et anciens compagnons politiques ont déjà salué la mémoire d’un homme dont le parcours a traversé les frontières de la majorité et de l’opposition. L’ancien président Alpha Condé a notamment reconnu, malgré leurs divergences politiques, le rôle de Sidya Touré dans la vie publique guinéenne.
La Guinée entre désormais dans une nouvelle période sans l’un de ses acteurs politiques historiques. La disparition de Sidya Touré ne clôt pas seulement la trajectoire d’un ancien Premier ministre. Elle rappelle aussi la profondeur des transformations traversées par le pays depuis les années 1990, et la disparition progressive d’une génération qui avait fait de la compétition politique, de l’exercice du pouvoir et de l’opposition les principaux terrains de son engagement public.
FIN/INFOSGABON/SO/2026
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